Newsletter

Vaincre le chômage

[argumentaire développé]

icon-chomage1Après trente ans de crise, nous n’avons plus le choix. La gravité de la situation est telle qu’il faut arrêter les rustines, arrêter les replâtrages et construire du neuf. Ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on a inventé l’ampoule électrique. Ce n’est pas en gérant la croissance d’une société structurellement inégalitaire que l’on pourra l’humaniser.

Priorité absolue : vaincre le chômage et la précarité


Pour s’attaquer au chômage, il faut essayer d’en comprendre les causes. Il est rare qu’un médecin arrive à guérir une maladie s’il ne pose pas d’abord le bon diagnostic. Le chômage est-il vraiment dû à un « manque de compétitivité »? C’est ce que nous disent les néo-libéraux : nos économies ne sont pas compétitives. C’est pour cela qu’il y a tant de chômeurs. C’est pour cela qu’il faut accepter la stagnation des salaires et la diminution de la protection sociale… Est-on sûr de la validité du diagnostic ? Les 17 ou 18 millions de chômeurs européens sont-ils dus à un manque de compétitivité ?


L’an dernier, l’Allemagne a battu deux records historiques : l’excédent du commerce extérieur allemand a dépassé les 160 milliards d’euros. C’est du jamais vu. Mais, hélas, l’Allemagne a aussi dépassé la barre des 5 millions de chômeurs. Malgré la multiplication des stages et des petits boulots organisée par la réforme Hartz 4, l’Allemagne a fini 2005 avec 5 millions de chômeurs. 160 milliards d’excédent commercial mais 5 millions de chômeurs… Cherchez l’erreur !


Le chômage en France est-il dû à un manque de compétitivité ? Rien n’est jamais définitivement acquis. Il nous faut toujours agir pour rester dans le peloton de tête (on va en reparler plus loin) mais il serait évidemment faux de dire que les 4 millions de chômeur français sont dus à un défaut de compétitivité. Certes, l’an dernier, notre balance commerciale a été déficitaire. Mais la facture pétrolière explique la moitié du déficit et le ralentissement très fort de la consommation en Allemagne et en Italie (ce sont les premières destinations de nos exportations) explique aussi largement les mauvais chiffres de 2005.


Nul ne peut douter de la compétitivité globale de notre économie. Les investisseurs internationaux ne s’y trompent pas : la France est depuis plusieurs années parmi les 3 pays qui accueillent le plus d’investissements étrangers. En 2005, la France a reçu 49 milliards de dollars d’investissements étrangers. Seule la Chine est devant nous avec 60 Mds.


Avant que le pétrole n’augmente fortement, l’excédent commercial de la zone euro était, en 2004, de 70 Milliards d’euros. A titre de comparaison, l’excédent de la Chine (dont on admire tant la puissance) était de 28 Mds d’euros seulement. Malgré la forte hausse de l’euro, l’excédent commercial européen était deux fois plus important que l’excédent chinois ! N’en déplaise au Medef et aux libéraux, le chômage ne s’explique pas globalement par un défaut de compétitivité.


Certes, il y a des entreprises qui délocalisent (et c’est toujours un traumatisme pour les salariés et pour les territoires concernés) mais il y a aussi des relocalisations et des investissement de développement sur notre territoire. Certes, les investissements dans le secteur des services sont plus faibles chez nous que chez certains de nos voisins mais, au total, la France est, depuis plusieurs années, parmi les deux ou trois pays du globe qui attirent le plus d’investissements étrangers sur leurs territoires.


Comprendre le chômage d’abondance


Nous vivons dans des sociétés de plus en plus riches économiquement. Jamais nous n’avons connu une telle abondance mais jamais non plus nous n’avons connu autant de chômage et de précarité. Comment expliquer ce paradoxe ?


Nous sommes en train de vivre une révolution telle que l’humanité n’en a jamais connue. Alors qu’il avait fallu 140 ans pour que la productivité soit multipliée par deux (entre 1820 et 1960), elle a depuis été multipliée par CINQ. La révolution industrielle du XIXème ou l’invention du travail à la chaîne (en 1917) sont des gains de productivité presque ridicules au regard de ceux réalisés depuis 1960.


C’est une vraie révolution : en trente ans, le niveau d’intelligence collective a considérablement augmenté dans notre pays. Le nombre d’étudiants est passé de 800.000 en 1970 à quelques 2.300.000 cette année ! Des milliards sont investis chaque année dans la formation continue (d’autant plus efficacement qu’on a investi dans la formation initiale). Grâce à la multiplication des robots et des ordinateurs, la productivité du travail humain a progressé de façon inouïe.


La France est l’un des pays du monde
qui a la meilleure productivité du travail :


« J’ai fait un calcul rarement effectué. J’ai divisé le PIB français par la productivité d’un travailleur britannique ou japonais. Avec leur niveau de productivité qui est largement inférieur au nôtre, il nous faudrait 5 millions de travailleurs en plus pour produire la même chose. Autant dire que le chômage ne serait plus un problème… »


Jacques Marseille
Professeur à Paris Panthéon Sorbonne
Le Figaro 2 février 2004


C’est un point fondamental. Absolument fondamental pour comprendre l’«exception française» : nous avons une productivité très forte. Les Anglais ou les Japonais (qui ne sont pas des imbéciles) ont une productivité nettement plus faible que la notre. Selon Eurostat, si la productivité horaire du travail est en moyenne de 100 pour l’Europe des 15, elle est de 118,6 en France et de 95,3 seulement en Grande Bretagne. L’écart de productivité est de l’ordre de 20% entre nos deux pays. L’OCDE confirme : le PIB par heure travaillée en France est supérieur de 20% à celui du Royaume-Uni et supérieur de 32% à celui de l’Italie (Etude OCDE citée par Le Nouvel Observateur 1 décembre 2005).


Et Thomas Piketty, directeur d’études à l’EHESS, enfonce le clou (Libération 27 juin 2005) « On ne le répètera jamais assez : la production par heure travaillée est aujourd’hui encore 25% plus faible en Grande Bretagne qu’en France ou en Allemagne… Vint-cinq ans après l’arrivée de Margaret Thatcher et de ses réformes supposées salvatrices, le Royaume uni demeure un pays sous-formé et faiblement productif (l’écart de productivité avec la France n’a quasiment pas diminué). Un pays contraint d’adopter des méthodes de pays pauvre (dumping fiscal et longues heures de travail). La modernisation de l’enseignement supérieur est plus avancée outre-Manche mais la France dispose avec son système d’enseignement primaire et secondaire d’un socle solide offrant une formation de masse de qualité enviable.»


« Avec le niveau de productivité des Anglais ou des Japonais, qui est largement inférieur au nôtre, il nous faudrait 5 millions de travailleurs en plus pour produire la même chose. Le chômage ne serait plus un problème… » affirme Jacques Marseille, économiste réputé (mais pas réputé très à gauche…)


Si la France et l’Allemagne ont une productivité horaire très supérieure à celle de la Grande Bretagne, de l’Italie ou du Japon, est-il absolument inconcevable que nous ayons une gestion de nos horaires différente de ces pays ? La nouvelle pensée unique (« la mondialisation nous oblige à nous couler dans le même moule que les voisins ») nous rend-elle aveugle au point de ne pas voir des différences de productivité pourtant considérables (25% avec la Grande Bretagne, 32% avec l’Italie) ?


Oui, c’est une vraie révolution : en trente ans, l’économie française produit 70% de plus avec 10% de travail en moins. Depuis 1974, le total des heures travaillées (tous secteurs confondus) est passé de 41 milliards d’heures à 36,9 Mds (Insee). Mais, dans le même temps, la population active disponible passait de 22,3 à 27,4 millions de personnes. Le travail nécessaire à l’économie baisse de 10% mais le nombre de personnes disponibles augmente de 23%. Un écart de 33% s’est creusé entre l’offre et la demande de travail.


En soi, ces évolutions sont 3 bonnes nouvelles : Jamais nous n’avons connu une telle abondance ! Jamais nous n’avons été aussi efficaces ! Jamais nous n’avons été aussi nombreux capables de travailler ! Mais comme la durée du travail a très peu baissé depuis trente ans (et que la crise amène les uns et les autres à des réflexes de crispation plus que de changement), cette accumulation de bonnes nouvelles aboutit à un scandale, à un non-sens absolu : au lieu de profiter à tous, ce surcroît d’intelligence collective, fruit de l’effort de tous, débouche sur un chômage massif pour certains et sur une stagnation des salaires et un stress croissant pour d’autres.


Paradoxe inexplicable ! Jamais nous n’avons injecté autant d’intelligence dans le système économique, jamais nous n’avons paru si dépourvus d’intelligence pour faire évoluer le système social. Il faut sortir de ce non sens. Il faut mettre fin au scandale. Le dossier du temps de travail doit être réouvert et débattu sans tabou.


Cet écart est en effet la principale explication du chômage. Si, dans le même temps, la durée individuelle du travail avait baissé de 33%, le chômage serait resté à son faible niveau de 1974. Mais, hélas, notre contrat social est bloqué. La durée du travail pour un emploi normal a très peu baissé : si l’on tient compte des heures supplémentaires, la durée réelle du travail a baissé de moins de 5% entre 1997 et 2002 (Insee 2005) et elle a sans doute un peu remonté depuis à cause de la contre-réforme Fillon.


C’est donc un « partage du travail » assez sauvage qui s’est mis en place :


• 4 millions de personnes font 0 heure par semaine (les chômeurs);


• 19 millions travaillent plein pot (parfois trop);


• 3 millions sont à temps partiel (via les CDD ou l’intérim).


Dans le même temps, l’espérance de vie a augmenté de 5 ans et l’arrivée sur le marché du travail a été retardée de 3 ans en moyenne. Pour les plus jeunes d’entre nous, il est donc difficile de s’arc-bouter sur le maintien de la retraite à 60 ans. La retraite à 60 ans était légitime en 1971 quand elle est devenue la revendication de nombreux syndicats et partis de gauche. Trente cinq ans après, pour rester fidèles à nos valeurs, pour assurer un bon revenu à tous les retraités, il faut faire évoluer le contrat social. Travailler un peu plus longtemps pour sauver les retraites mais travailler beaucoup moins chaque semaine ou chaque année pour casser le chômage et vivre autrement…


33,7 heures, durée moyenne du travail aux Etats Unis


Une des inégalités les plus choquantes du système libéral est l’inégalité dans l’accès au travail. La durée du travail est supérieure à 40 heures pour tous ceux qui ont un bon job.


Mais si la durée moyenne (sans compter les chômeurs) est de 33,7 heures (Source Secrétariat d’Etat au travail, octobre 2006), c’est que des millions de salariés n’ont que des miettes de travail. Aux Etats-Unis, il n’y a pas eu de débat ou de négociation sur la RTT. C’est le marché qui répartit le travail : des bons jobs pour certains (40 ou 42 heures par semaine) et pour d’autres des miettes (8 ou 10 heures par semaine)… Comment peut-on faire vivre sa famille avec 10 heures de travail par semaine ? Est-ce ainsi que nous voulons vivre ?


La durée moyenne du travail est de 29,9 heures aux Pays-Bas et 35,1 heures en Grande Bretagne (Eurostat). Tous les pays qui ont des taux de chômage inférieur au nôtre ont des durées moyennes du travail inférieures à la notre.


Vus les gains de productivité réalisés dans toutes nos économies, le débat n’est pas pour ou contre la RTT ? mais plutôt quelle RTT ? RTT organisée par le marché (précarité, stress et concurrence permanente) ou RTT organisée par le débat, le référendum et la négociation ?


Les 4 jours, ça marche !


Plusieurs centaines d’entreprises sont déjà passées à 4 jours : Fleury Michon, Monique Ranou, Mamie Nova (Coop Even) ou Télérama mais aussi des centaines de PME inconnues : une auto école à Rouen, un fabricant de logiciels à Chambéry, un charpentier prés de Bordeaux, un laboratoire d’analyse biologiques à Pau, une concession Peugeot dans le Var, un libraire, un chauffagiste et une agence de pub à Paris… A partir de l’effet sur l’emploi observé chez ces 400 pionniers (de taille et de métiers différents), une étude du Ministère du Travail estimait en 1997 qu’un mouvement général vers les 4 jours créerait 1.600.000 emplois en CDI (sans parler des métiers émergents autour du temps libre et de l’impact sur la croissance qu’aurait la création de 1.600.000 emplois et donc le surcroît de consommation de 1.600.000 familles).


Comment financer le passage à 4 jours sans augmenter les coûts de production ? La source de financement principale est à chercher du côté de l’activation des fonds de l’Unedic. Avant même l’Etat et les collectivités locales, ce sont les caisses de chômage qui sont les premières bénéficiaires de l’effet sur l’emploi d’une RTT massive. Fleury Michon, Mamie Nova, Monique Ranou et toutes les entreprises passées déjà à 4 jours ont créé entre 10 et 15% d’emplois nouveaux en CDI sans augmenter d’un centime leurs coûts de production (et sans toucher aux plus faibles salaires).


Pour augmenter l’effet sur l’emploi et pour limiter la pression mise sur les salariés, il faut absolument que les exonérations soient conditionnées à des créations d’emplois. « Pas d’exonération sans une baisse effective de la durée du travail. Pas d’exonération s’il n’y a pas 10% au moins d’embauche en CDI. » Tels sont deux des Facteurs Clefs de Succès que devront avoir en tête les négociateurs.


Réorganiser le travail


Les questions d’organisation du travail sont négociées entreprise par entreprise, service par service. Sous la même étiquette de « 4 jours à la carte », sous la même durée légale de 32 heures, on peut trouver un grand nombre d’organisations différentes : 4 jours sur 5 (pour la plupart des salariés), 4 jours sur 6 (chez un concessionnaire automobile, ouvert du lundi au samedi), 4 jours sur 7 (dans un hôpital ou un aéroport), alternance systématique de semaines de 3 jours et de semaines de 5 jours (dans une entreprise de transports routiers), 1 mois libre sur 5 (pour des programmeurs informatiques), 1 année sabbatique tous les 5 ans (pour des chercheurs),…


Partager le pouvoir dans l’entreprise


Les actionnaires doivent-ils être les seuls à décider ? Ne doit-il pas y avoir un dialogue avec ceux et celles qui apportent leur intelligence, leur temps, leur force ? La négociation sur les 4 jours doit également porter sur cette importante question. L’actionnariat salarié n’est pas la solution. Il ne s’agit pas de donner un strapontin aux salariés en leur permettant d’avoir 3% du capital. Il s’agit de leur donner une vraie place, en tant que salariés. Inspirons-nous de l’Allemagne où le personnel est représenté aux conseils de surveillance, en tant que personnel. La cogestion permet aux salariés de mieux connaître la stratégie de l’entreprise pour pouvoir soit l’infléchir, soit montrer qu’avec une même stratégie industrielle, plusieurs stratégies « Ressources humaines » sont possibles. Pour relancer l’axe franco-allemand et donner consistance à un modèle social européen, la voie d’une cogestion à la française paraît toute indiquée…


La semaine de 4 jours : quel impact macro-économique ?


Patrick Artus, directeur des Etudes économiques à la Caisse des dépôts, a vérifié que le passage à 4 jours (avec le financement que nous proposons) n’a pas d’inconvénient macro-économique : «Patrick Artus a exploré le bouclage macro-économique de la formule Larrouturou. » écrivait Options finances le 15 novembre 1993. « Sa conclusion est formelle : il tient ! Il maintient le potentiel de production, la stabilité des coûts, la stabilité (ou la hausse) du revenu disponible de l’ensemble des ménages. Il n’aggrave pas le déficit public. Ce qui ne présage en rien de sa faisabilité pratique, précise-t-il.» Mais comme 400 entreprises sont maintenant passées à 4 jours, la faisabilité pratique est attestée ! Le chantier est énorme mais il n’est pas dangereux pour notre économie. Le chantier est énorme et beaucoup se sentent désarmés devant un tel chantier mais qui peut croire que l’on sortira de la crise en accumulant les rustines ? Qui ne sent le besoin d’inventer du neuf ?


La semaine de 4 jours, une idée populaire


En 1997, quand la Sofres interrogeait les salariés sur les 35 heures, ils avaient de gros doutes sur l’effet qu’auraient les 35 heures sur l’emploi : 69% des Français pensaient que les 35 heures ne créeraient pas d’emplois (Le Monde 2 octobre 1997) alors que 68% pensaient que la semaine de 4 jours pourrait créer des emplois (sondage CSA / La Vie 5 mai 1997) et 67% des personnes interrogées acceptaient de perdre jusqu’à 5% de salaire en échange d’une journée entière de liberté.


« J’en ai parlé avec ma femme. Même s’il fallait perdre 5% de salaire, nous avons envie de passer à 4 jours. Cela fait 20 ans que je travaille dans la même entreprise (une PME de moins de 10 salariés). Cela fait 20 ans que je n’ai pas mis le nez dans un livre. 20 ans sans un heure de formation. A chaque fois qu’on en parle au patron, il nous dit que c’est une bonne idée mais que c’est trop compliqué à organiser. Il ne sait pas comment nous remplacer si nous partons en stage.


Je sais très bien que, si je suis licencié, je suis bon pour le chômage de longue durée car je ne suis plus au niveau qu’on demande maintenant quand on embauche quelqu’un. Et ce n’est pas le soir, quand je suis fatigué, ou le week-end, quand il y a les enfants, que je peux me former. Si on passe à 4 jours, j’aurais du temps pour me former, même si le patron n’est pas d’accord. » Un ouvrier, dans un débat public, près d’Orléans


On sous-estime sans doute l’envie de formation que ressentent beaucoup de nos concitoyens, qui ont un faible bagage scolaire : une étude publiée par la CGT révèle que plus de 70% des salariés seraient prêts à consacrer une partie de leur temps libre à se former. 60% seraient même d’accord pour participer au financement de cette formation. Permettre à tous (et toutes) de se former sur le temps libre « même si le patron n’est pas d’accord », c’est un chantier considérable mais tout à fait fondamental.


La semaine de 4 jours « à la carte » n’est évidemment pas le seul outil à notre disposition pour lutter contre le chômage. Pour créer de nouveaux emplois, l’Europe doit investir plus massivement dans la recherche et le développement. Pour éviter les délocalisations intra-européennes et favoriser une convergence économique rapide des dix pays qui nous ont récemment rejoint, l’Europe doit aussi, dans un double mouvement, faire bénéficier ces pays d’un véritable Plan Marshall et définir des normes sociales et fiscales qui s’imposent à tous (voir notre proposition d’un impôt européen).


Pour favoriser l’emploi et répondre à des attentes fondamentales, il faut aussi investir massivement dans la construction de logement. Aux Pays Bas, une grande partie du fonds de réserve des retraites a été investie dans la construction de logement social (et non pas sur les marchés financiers). Pourquoi ne pas faire de même en France ? Après le chômage, la question du logement est un des principaux problèmes de notre pays : beaucoup sont très petitement logés et doivent payer chaque mois des loyers de plus en plus exorbitants, ce qui diminue d’autant l’argent disponible pour d’autres dépenses utiles à la famille… Une vraie politique du logement pourrait créer massivement des emplois et, en faisant baisser les loyers, favoriser la consommation des ménages.


Une vraie politique d’économie d’énergie (absolument urgente quand on a conscience des problèmes environnementaux et des problèmes de coût du pétrole) pourrait, elle aussi, créer massivement des emplois. Si l’on décidait de diviser par deux en quelques années la consommation d’énergie de tous les bâtiments (publics et privés), combien d’emplois pourrions-nous créer ? On a supprimé la vignette auto. Ne vaudrait-il mieux pas (avec le produit d’une éco-taxe), favoriser les créations d’emplois dans tous les domaines qui touchent au développement durable ?


Pour favoriser la création d’entreprises, ne faut-il pas réfléchir à un Small Business Act à la française ? Aucun de nous ne donne la même nourriture à un bébé, à un enfant et à un adulte. Pourquoi ne pas réfléchir aux adaptations administratives et fiscales qui seraient les plus favorables au développement des petites entreprises ?


Pour lutter contre la précarité, une simplification drastique du code du travail s’impose. Ses 1.500 pages ont de quoi donner des frayeurs à quiconque envisage d’embaucher un CDI. Une RTT massive doit faire massivement reculer le chômage et donc rééquilibrer la relation entre entreprises et salariés. Il convient, dans le même temps, de simplifier le code du travail et la fiscalité pesant sur les entreprises.


Pour déprécariser l’emploi toujours, il faut négocier, branche par branche, un bonus-malus précarité, qui incite les entreprises à transformer en emplois stables leurs emplois précaires : les entreprises qui auront moins d’emplois précaires que la moyenne de la branche paieront un peu moins de cotisations. Celles qui ont d’avantage d’emplois précaires que la moyenne devront payer plus. Un tel bonus-malus a permis de diviser par deux les accidents du travail. Pourquoi ne pas encourager aussi les entreprises à déprécariser leur organisation ?


Pour faire reculer la précarité, ne faut-il pas également regarder ce qui se fait au Danemark en matière de sécurité et d’accompagnement des chômeurs ? Il n’y a que 3% de salariés en dessous du seuil de pauvreté au Danemark contre 8% en France. Le système d’indemnisation des chômeurs danois leur assure un bon accompagnement et 90% de leur ancien salaire (pendant 4 ans si nécessaire !) du moment qu’ils recherchent effectivement un emploi. De ce fait, ils ne sont pas obligés d’accepter de petits boulots comme le font souvent des chômeurs français mal indemnisés ou en fin de droit.


Entre ceux qui veulent importer intégralement le modèle danois et ceux qui le refusent en bloc, n’y a-t-il pas de place pour le débat et (peut-être) l’expérimentation ? Retenons en tous cas que le nombre de salariés pauvres est trois fois plus faible dans ce pays que dans le notre alors que son économie est bien plus largement « ouverte à la mondialisation » que la nôtre…


Pour muscler notre économie, il faut aussi favoriser les groupements d’employeurs et la mise en réseau des PME (sur le modèle italien). On a su regrouper les communes. Pourquoi ne pas inciter les PME à mettre en commun leur effort de recherche ou de marketing ?


En même temps que la RTT, devra être négociée la formation tout au long de la vie. Au delà des slogans, comment permettre à tous d’accéder réellement à la formation ? Dans beaucoup de PME, la formation sur le temps de travail est très difficile à organiser : envoyer un salarié en stage quand on en a que 8 ou 9, c’est mettre l’équipe en difficulté. Passer à 4 jours, gagner (en moyenne) un jour de libre par semaine, peut-être l’occasion de construire un nouveau droit à la formation pour les salariés. Comment assurer aussi le droit à la formation des chefs d’entreprise (en particulier des créateurs d’entreprise) ? Investir dans la formation (des salariés comme des patrons), c’est aussi donner à notre économie une nouvelle source de compétitivité…


Voir « 20 propositions pour un nouveau contrat social » dans le livre Urgence sociale, publié chez Ramsay


Augmenter l’effort de recherche, financer un vrai Plan Marshall pour les nouveaux états membres, avoir une vraie politique du logement et une vraie politique d’économie d’énergie, simplifier le code du travail, instaurer un bonus-malus anti-précarité, prendre dans le système danois tout ce qui a fait reculer la précarité, favoriser les groupements d’employeurs, construire un vrai droit à la formation tout au long de la vie… La semaine de 4 jours n’est évidemment pas la seule arme contre le chômage mais c’est un outil indispensable : quel autre levier permettrait de créer plus d’un million d’emplois CDI en quelques années ?


«Il faut passer à 32 heures. Cela obligera toutes les entreprises à créer des emplois. » affirmait Antoine Riboud en 1993. Il n’a guère été entendu. En période de crise, il est plus facile de jouer sur les peurs et de parler au cerveau reptilien que de parler à l’intelligence et au cerveau citoyen.


En 1917, quand Henry Ford affirmait qu’il fallait des règles collectives pour augmenter les salaires (afin d’augmenter la consommation), quand Kellog passait ses usines à 30 heures (et augmentait les salaires de 12%) pour « donner du travail à 300 chefs de famille », ils ont été moqués par les autres patrons américains. En période de crise, le bon sens ne veut-il pas que l’on travaille plus en gagnant un peu moins ? Ce bon sens reptilien a conduit à la crise de 1929.


Ce même bon sens inspire aujourd’hui les leaders de la droite quand ils incitent chacun à travailler plus. En réalité, le seul moyen de rééquilibrer le marché du travail pour augmenter vraiment les salaires, le meilleur moyen de relancer la croissance, le meilleur moyen aussi de sauver les retraites, c’est de s’attaquer frontalement au chômage. Ce qui passe (entre autres actions) par une forte baisse du temps de travail.


Beaucoup, à gauche, ont peur d’être ridicules en parlant à nouveau du temps de travail : on en a déjà tellement parlé. Et puis, faut-il vraiment faire le bilan des 35 heures ? Les 35 heures devaient être une étape vers les 4 jours - 32 heures, mais qui s’en souvient ?


Oui, on a peur d’être ridicule. On a peur de faire « réchauffé ». Mais la peur n’est pas forcément bonne conseillère. Serons-nous capables de nous ressaisir et d’ouvrir un vrai débat sur cette question cruciale avant que la précarité généralisée ne débouche sur une crise majeure ?

1 • La semaine de 4 jours « à la carte »

picto-product1ou la création 1 600 000 emplois en CDI à temps plein.

FAISABILITÉ

CE QU’ILS EN PENSENT

2 • Investir massivement dans la construction de logements

picto-loge-dur3pour favoriser l’emploi et répondre à des attentes fondamentales. Tripler le budget du logement en utilisant Le Fond de Réserve des Retraites comme l’on fait les Pays-Bas (3,5 millions de personnes mal logées dont 600 000 personnes sans logis en France) peut créer entre 100 000 et 150 000 emplois.

3 • Une vraie politique d’économie d’énergie

icon_energie_verte1elle aussi, peut créer massivement des emplois. Le Bureau International du Travail (BIT) estime que la France peut créer 300 000 empois verts.

4 • Réfléchir aux adaptations administratives et fiscales

picto-calculette1qui seraient les plus favorables au développement des petites entreprises.

Exonérer complètement de cotisations le 1er emploi.

5 • Créer un bonus-malus précarité

icon-precaritequi incite les entreprises à transformer en emplois stables leurs emplois précaires.

6 • Favoriser les groupements d’employeurs

icone-cvet la mise en réseau des PME (sur le modèle italien). On a su regrouper les communes. Pourquoi ne pas inciter les PME à mettre en commun leur effort de recherche ou de marketing ?

7 • Investir dans la formation

icon-formation-21(des salariés comme des patrons) c’est aussi donner à notre économie une nouvelle source de compétitivité…

8 • La cogestion dans l’entreprise

icon-cogestion2Le personnel est représenté aux conseils de surveillance en tant que personnel.
Favoriser la création de scops et d’associations.