Newsletter

Crise financière, crise économique : comprendre pour agir
Adhérez !
Faites un don !

Archive : décembre 2008

Le bon et le mauvais protectionnisme

Par Thomas MAZIERE le 21/12/2008

Nous sommes en 1930. La crise de 1929 vient d’éclater mais nulle part la crise sociale n’a encore débouché sur la barbarie. En 1930, le chômage augmente dans tous les pays occidentaux mais rien d’irréversible ne s’est produit. En 1930, Pierre Mendes France écrit que pour éviter le chaos “une course de vitesse est engagée” et pour gagner cette “course de vitesse“, Mendès affirme qu’il faut créer très vite une monnaie unique européenne avec une gestion clairement politique et que tous les bénéfices de cette politique doivent être utilisés pour un projet social. L’idée est lumineuse ! Hélas, Mendès France n’est pas écouté. Et Trois ans plus tard, après l’arrivée de Hitler, plus personne ne proposera un sursaut européen… En 1930, il était encore possible d’agir. Trois ans plus tard, il était trop tard.
Nous sommes en 2008. Comme en 1930, la bulle a éclaté. Le miracle libéral tourne au cauchemar… Après 30 ans de crise sociale, dans tous nos pays ce qui va aux salaires est trop faible pour maintenir la consommation. Et Plutôt que d’augmenter les salaires, on a poussé les ménages à s’endetter. A s’endetter toujours plus. Jusqu’à ce que la bulle éclate.
Rien d’irréversible ne s’est encore produit mais nul ne peut nier la gravité de la crise. Et nul ne peut garantir que ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 30 ne se passera pas en Chine dans les années qui viennent avec Taïwan dans le rôle de l’Alsace Lorraine. Comme en 1930, une course de vitesse est engagée. Nous autres socialistes européens, nous avons une responsabilité historique.
Voilà pourquoi nous voulons provoquer un sursaut européen et nous voulons que l’Europe agisse vite et fort pour changer les règles du commerce mondial. Et pour cela nous avançons des propositions concrètes. Elles ont été souvent caricaturées comme protectionnistes. Comme si le protectionnisme était forcément une abomination.

Le protectionnisme c’est comme le cholestérol. Il y a le bon et le mauvais. Le mauvais protectionnisme, ce serait de dire : dès aujourd’hui, sans avertissement, l’Europe met des taxes à ses frontières. Immédiatement, on arrête d’acheter les produits qui viennent de Chine. Alors que la croissance est déjà en train de s’effondrer en Chine et que les tensions sociales sont de plus en plus graves, une telle politique serait totalement irresponsable.

chinese worker ©Xiaming
Par contre, rien ne nous empêche d’agir pour obliger la Chine à respecter les conventions sociales qu’elle a signées avant d’adhérer à l’OMC. La Chine a signé 22 Conventions sociales au B.I.T. Plus que les Etats-Unis ! Officiellement, personne en Chine ne devrait travailler plus de 8 heures par jour. Officiellement, Tous les salariés devraient avoir un salaire et un logement décent… La Chine a signé 22 Conventions sociales mais elle n’en respecte quasiment aucune ! Voilà pourquoi tant d’entreprises délocalisent vers la Chine. Si nous ne réagissons pas, une grande partie de notre industrie va disparaître. Il faut obliger la Chine à respecter ses engagements.

Ce que nous demandons, ce n’est pas que l’Europe ferme ses frontières, c’est qu’elle ouvre les yeux et sorte de sa naïveté. Aujourd’hui, l’Europe est le premier client de la Chine. Quand on est le premier client, on a un vrai pouvoir de négociation : L’Europe doit fixer un calendrier contraignant pour obliger la Chine à respecter les conventions sociales qu’elle a signées.
Voilà le discours à tenir au Président chinois : Monsieur Hu Jintao, nous savons quelles difficultés vous affrontez. Nous ne ferons rien pour les aggraver. Mais, dans 3 ans, si vous ne respectez pas vos engagements, dans 3 ans, si vous n’avez pas fait des progrès considérables en matière sociale et écologique, nous taxerons tous vos produits.

Si l’Europe tenait ce discours, les délocalisations chuteraient immédiatement : plus aucun industriel ne prendrait le risque de délocaliser vers la Chine. D’ici 3 ans, soit les salaires ont augmenté, soit les produits seront taxés. Dans les deux cas, l’Europe a sauvé son industrie.

Si l’on sort des caricatures, si l’on débat vraiment de nos propositions, qui peut s’y opposer ? Après tout, ce que nous proposons, c’est simplement de généraliser ce qui a existé pendant 40 ans en Europe : des montants compensatoires. Pendant 40 ans, l’Europe a fonctionné avec un système de montants compensatoires entre l’Italie, la France, le Bénélux et l’Allemagne. Ce système a permis aux 6 pays fondateurs de l’Europe de converger lentement mais sans douleur vers un marché unique et une monnaie unique. C‘est tout simplement ce système que nous voulons que l’Europe mette en place dans ses relations commerciales avec la Chine.

Pierre Larrouturou

Congrès de Reims du Parti Socialiste, novembre 2008

>> 47 commentaires

Attention danger travail

Par Boris Faure le 15/12/2008

La révolte de la jeunesse en Grèce, “la génération des 600 euros“, vient rappeler la précarité au travail de la jeunesse européenne, bien souvent condamnée, au nom du “bizutage de classe”, à traverser un véritable parcours du combattant précaire (stages, CDD à répétition, interim), avant
de trouver un emploi stable et rémunérateur.

En France, même le diplôme n’est plus autant protecteur, au point qu’on parle désormais “des intellectuels précaires” pour évoquer ces diplomés du supérieur qui ne trouvent plus d’emplois correspondants à leur niveau de qualification dans les métiers de la recherche, de l’éducation, ou de la
culture et doivent se contenter de sous emplois mal rémunérés et soumis à une forte précarité.

Plus généralement, une nouvelle classe sociale apparait : celle des “travailleurs pauvres” qui bien qu’insérés dans le monde du travail, se retrouvent marginalisés socialement, car soumis à de grandes difficultés de logement, à des temps de transport à rallonge, à un accès difficile à la formation et à un pouvoir d’achat déficient.

Certaines personnes font d’ailleurs désormais le choix délibéré de renoncer à ces emplois précaires, les fameux “Mc job” décrits par Douglas Coupland il y a déja 10 ans dans “génération X”, pour déserter le marché du travail en acceptant de vivre, très chichement mais librement, du revenu minimum. Pierre Carles a pu évoquer dans le documentaire “attention danger travail” les portraits de ces nouveaux utopistes descendants de Lafargue.

Il est urgent donc de repenser notre rapport au travail et de repenser plus généralement la place de la valeur travail dans notre société. Ce discours est bien évidemment difficile à tenir dans une période de crise économique aboutissant à une crise sociale majeure où chacun, individuellement, cherche à s’accrocher à son emploi, même mal rémunéré et soumis à de fortes pressions, quel qu’en soit le prix, pour tout simplement “sauver sa peau” et son revenu.

Mais c’est aussi dans les époques de grand changement social et économique que peuvent naitre les vrais changements politiques.

Comme l’affirme le sociologue Michel Mafesolli et de nombreux penseurs de la post modernité, il est temps de changer notre rapport au travail “en valorisant la notion de création, en mobilisant le festif, le ludique, le reve et l’imaginaire”, y compris dans le cadre de l’entreprise, pour “sortir
de l’idéal du plan d’épargne logement” qui n’en est pas un.

Le “partage du temps de travail”, dernière grande idée de gauche du gouvernement Jospin, et injustement réduit à l’application des “35 heures” en France, doit également retrouver un sens dans nos argumentaires politiques comme le souhaite Pierre Larrouturou, le passage aux 32h étant potentiellement créateur de 1.6Millions d’emplois.

Les loupés des 35h doivent aujourd’hui nourrir notre réflexion politique : le loupé sur les bas salaires qui désiraient plus de pouvoir d’achat et non pas nécessairement plus de temps libre, le loupé de l’application dans les Hopitaux publics, qui a déstabilisé largement des hopitaux qui n’ont pu embaucher pour faire face aux contraintes nouvelles de gestion des effectifs créé par la loi, le loupé de l’allègement de charge aux entreprises sans contrepartie d’embauche (essentiellement du fait de la deuxième loi des 35 heures qui introduisait énormément de souplesse d’application des dispositions de la loi…).

Ces 3 ratés majeurs doivent nous inciter à mieux penser et réaliser ce qui pourrait être, demain, une grande réforme de gauche du PS revenu au pouvoir.

Travailler moins pour travailler mieux“, voilà une belle utopie de gauche à porter.

Rémunérer mieux les travailleurs modestes“, en voilà une seconde toute aussi belle.

Boris Faure
Varsovie

 

>> 3 commentaires

Crise financière et économique : comprendre pour agir

Par Thomas MAZIERE le 05/12/2008

Vous êtes tous cordialement invités à la soirée-débat intitulée “Crise financière et économique : comprendre pour agir” qui aura lieu à Bruxelles le jeudi 11 décembre de 19h30 à 21h30 à l’ULB (salle Dupréel, avenue Jeanne 44), en présence d’Elio Di Rupo (président du PS belge francophone), Poul Nyrup Rasmussen (président du Parti Socialiste Européen et député européen) et Pierre Larrouturou (économiste et auteur de l’ouvrage “Le livre noir du libéralisme“).

Si vous ne pouvez pas vous rendre en Belgique, sachez que le débat sera diffusé en direct sur www.nouvellegauche.fr

Plus d’informations : iev@iev.be - 02/548 32 11 - www.ps.be

>> 10 commentaires

L’Offre Raisonnable d’Emploi

Par Alain Monnin le 01/12/2008

L’Offre Raisonnable d’Emploi : nouvelle attaque de ce gouvernement contre les acquis salariaux

En développant la précarité et le chômage de masse depuis 5 ans les gouvernements de droite avaient déjà fortement écorné le niveau des salaires. Pour faire oublier cette vérité notre omniprésident nous a agité devant les yeux travailler plus pour gagner plus. Mais comment travailler plus quand il y a moins de travail, quand la croissance est négative, et que hors spéculation le PIB ne progresse quasiment plus en Europe ?


Toutes les personnes en recherche d’emploi savent qu’elles ont dû rabattre de 20 à 30% leurs légitimes prétentions salariales depuis ces 5 dernières années, même quand des conventions collectives étaient censées les protéger, tant la précarité voulue, et orchestrée par la droite, a défavorisé les salariés face aux employeurs.

Ce n’était pas assez, l’ordonnance du 13 octobre 2008, mettant en œuvre l’Offre Raisonnable d’Emploi (ORE) est un nouveau coup de couteau dans les revenus des salariés.

Non seulement elle impose aux demandeurs d’emploi au chômage depuis plus de 4 mois de s’engager par écrit à accepter une offre proposant 95% de leur ancien salaire, et 85% au 7e mois, tout cela à moins d’une heure de trajet du domicile du salarié. Et bien sur rien n’interdit de baisser encore plus…

Mais en plus, comme cette ordonnance est bien faite, elle crée une faute professionnelle pour les agents de l’ex-ANPE qui ne contractualiseraient pas systématiquement cette obligation avec le demandeur d’emploi.
Et comme Pôle Emploi (fusion des ASSEDIC et de l’ANPE) a désormais un statut privé, ses ex-agents de l’état, devenus salariés de droit commun, seront désormais beaucoup plus licenciables s’ils mettaient de la mauvaise volonté à appliquer ces règles.

Les conséquences en sont transparentes : les employeurs ont tout intérêt à proposer des salaires les plus bas possibles, foin des conventions collectives et des accords de branches, les chômeurs n’ont plus le droit de revendiquer un juste salaire pour leur travail.
Sinon, pas d’ambiguïté, les sanctions sont prévues : suppression temporaire au 1er refus puis définitive des allocations de chômage. Et comme ce sont les fainéants de chômeurs qui refusent de travailler, auront-ils droit aux aides sociales RMI, ASS ?
Personne ne peut le garantir à ce jour. Il s’agira de la bonne volonté, et des finances disponibles des décideurs politiques locaux.

Bien évidemment les employeurs deviennent les rois du marché, l’offre est pléthorique et la demande très bien contrôlée par le MEDEF et ses obligés politiques.
L’entretien d’embauche deviendra explicite : tu veux bosser ? OK tu baisses ton salaire de 20%, sinon je te dénonce (des employeurs le pratiquent déjà régulièrement), et en plus je prends un chômeur de longue durée qui lui n’a même plus le droit de discuter.

Encore quelques projets comme celui-là et le SMIC deviendra un idéal au lieu d’une exigence minimale.

Alain MONNIN