La droite a-t-elle faim
de la fin de l’état de droit ?
Il a suffi que le verni mondain de notre ex-Premier ministre poète bonapartiste, Dominique de Villepin, s’écaille définitivement pour que la droite française révèle son vrai visage. L’ancien locataire de Matignon et son élégance aristocratique ont dû laisser la place après un duel fratricide. La chiraquie flanquée de ses énarques a plié bagages. Une nouvelle génération s’est installée au levier du pouvoir. Décomplexée et sans scrupule, elle ne s’embarrasse plus des états-d’âme de la droite gaulliste républicaine. Les chiens sont lâchés. L’heure a sonné pour la droite-pitbull.
La droite-pitbull. N’hésitant pas à convoquer Jaurès et Guy Moquet sous la plume opportuniste d’Henri Guaino afin de s’offrir quelques vertus humanistes de façade, la droite fricote allègrement avec l’extrême droite. De Villiers devrait annoncer courant septembre son entrée au comité de liaison de la majorité présidentielle. Patrick Buisson, l’un des conseillers politiques les plus influents auprès de Nicolas Sarkozy est un ardent partisan du rapprochement avec le FN. C’est d’ailleurs sur ses conseils que Nicolas Sarkozy est parvenu à siphonner une partie de l’électorat frontiste, un électorat que Buisson connaît bien pour avoir dirigé le journal Minute. Celui-ci n’hésite pas d’ailleurs à se présenter comme appartenant à «la génération Occident». Tiens ! comme son collègue Patrick Devedjian, ministre de la relance qui lui aussi a fait ses classes dans le groupuscule d’extrême droite.
Sarkozy a finalement réussi ce que tout le monde redoutait : banaliser l’extrême droite, la rendre fréquentable. Il fut un temps où la droite gaulliste parlait de « cordon sanitaire » avec cette frange de son électorat. Aujourd’hui, la nouvelle droite appelle à la délation et pioche dans le programme sécuritaire de l’extrême-droite au détriment des libertés individuelles les plus fondamentales : Ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigration, fichages génétiques, caméras de surveillance bientôt déployées dans tout Paris, projet de contrôle d’Internet (ADOPI) rejetée par la Commission Européenne et le Conseil Constitutionnel, brutalités policières exercées en toute impunité comme en témoigne Jamel le CRS après 3 années d’enquête. Ce dernier livre des informations terrifiantes : humiliation dans des commissariats, violences contre des étrangers, dopage des élèves policiers, comportements racistes, homophobes et antisémites, passe-droits accordés aux policiers…. Mais aussi prisons surpeuplées, conditions de détention condamnées par Amnistie Internationale, chasse aux enfants d’immigrés et j’en passe… Tout ça pour aboutir à “une nouvelle confirmation de la hausse de la délinquance violente et même, cette fois-ci, à une explosion des cambriolages“.
Un certaine idée du pouvoir. La collusion avec les partis d’extrême droite et leurs idées nauséabondes s’arrête-t-elle à des alliances stratégiques ou s’accompagne-t-elle d’un véritable tournant dans l’exercice du pouvoir ? On peut malheureusement constater qu’elle ne se limite pas à des méthodes musclées à l’attention des minorités rebelles. Les principes républicains sont dévoyés avec une rare intensité : limitation du droit d’amendements au Parlement pour l’opposition. Mais aussi omniprésence de la parole présidentielle éclipsant le débat démocratique, mise sous tutelle présidentielle des chaînes de télévision publique au nom de la suppression de la publicité, inflation galopante du budget de l’Élysée pour arroser son aréopage, auto augmentation de 172 % du salaire présidentiel et le bouquet final avec 14 milliards de cadeaux fiscaux (loi TEPA) redistribuant les deniers de l’État à une centaine de millionnaires suffisamment indécents pour encaisser un chèque de 1,15 million d’euros en moyenne au moment où les Français se serrent la ceinture en période de crise.
Un modèle social en faillite. Combien de temps pourrons-nous supporter l’obscénité de cette mascarade démocratique ? Et que peut faire la gauche devant un tel jeu de massacre ? Que peut-elle espérer face à une telle débauche d’agressivité et de stratégies pernicieuses ? Rien ou si peu tant qu’elle n’acceptera pas de dire la vérité : le chômage de masse ne se résoudra pas en renouant avec la croissance. Les gains de productivité réalisés par la France ces 30 dernières années ont été confisqués par les actionnaires. La précarité met la pression sur les salaires et la crise a bon dos. « Ce n’est pas la faute à Sarkozy » entend-on répéter sur toutes les lèvres. Certe ! le maillon faible a lâché aux États-Unis mais la politique française n’est-elle pas complice depuis des années d’une économie libérale mondialisée ? La politique de Sarkozy n’est-elle pas calquée sur celle de Bush qui a conduit à la pire extrémité. Comme le dit Pierre Larrouturou, « l’histoire sera sans doute sévère avec les politiques qui refusent aujourd’hui de débattre sérieusement des gains de productivité et du temps de travail ». Mais pour l’heure, la droite-pitbull profite de la situation pour faire sa révolution conservatrice jusqu’à la prochaine crise. La prochaine crise… D’ici-là, notre modèle social aura vécu.
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