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Crise financière, crise économique : comprendre pour agir
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Expression militante


Le discrédit des experts

Par Fredback le 16/01/2010

expert1Relayer l’information erronée, serait devenue la norme chez nos experts ? Armés de leurs statistiques, les combats chiffrés se multiplient sur les plateaux de télévision ou dans les éditoriaux des magazines afin d’évangéliser les masses maintenues trop longtemps dans l’ignorance. Il faut convaincre des contraintes économiques d’une époque où le fatalisme se dispute à l’impuissance. Les contrevérités se succèdent avec outrance jusqu’au moment où le démenti cinglant de la crise sociale sanctionne le mépris des experts pour leur propre science.


L’Amérique au bord du gouffre. On nous a vendu les États-Unis pendant des décennies comme le modèle économique à suivre. Le chômage y était au plus bas et la consommation élevée avec un taux de croissance supérieure à celui de la France. Aujourd’hui nous constatons avec effarement que le taux de chômage officiel y atteint 10 %1 comme dans les autres pays industrialisés et encore celui-ci n’intègre pas les chiffres cachés. Déjà, dans les années 90, le chiffre officiel du chômage de 4% ne tenait pas compte des millions de travailleurs découragés et par conséquent sortis des statistiques du chômage auxquelles il fallait ajouter un taux d’incarcération le plus élevé au monde avec 0,7% de la population sous les verrous (mieux que la chine). Les 4 % affichés dissimulaient, en fait, un taux chômage équivalent à celui de l’Europe et ne disaient rien des 25 % de la population contraints d’accepter un emploi à temps partiel. Quant à la consommation, elle a été soutenue toutes ses années par des ménages écrasés par l’endettement. La croissance américaine n’a dû son salut qu’à une forte immigration et à la surconsommation des 20 % les plus riches. Le désastre social est total. En 1992, la pauvreté y était déjà plus élevée qu’a aucune autre époque depuis 1962, et depuis cela n’a fait qu’empirer. Les deux tiers de l’ensemble des augmentations de revenus entre 2002 et 2007 sont allés aux 1% des Américains les plus riches2. L’extrême pauvreté a augmenté de 26% entre 2000 et 2005 aux USA. Et comme si cela n’était pas suffisant, 64% d’américains sont obèses ou en surpoids (l’obésité provoque 400 000 morts par an aux Etats-Unis). Les Etats-Unis sont les plus gros pollueurs de la planète avec 25 % des émission de gaz à effet de serre et ils viennent de communiquer à l’économie mondiale une des pires crises financières de son histoire. Le dollar reste la principale monnaie de réserve mais « pour éviter un effondrement complet de leur économie, les Etats-Unis ont “brulé” en quinze mois l’équivalent de toutes les réserves accumulées par la Chine en vingt ans »3. Que se passera t-il si les État-Unis n’ont plus les moyens d’affronter une nouvelle crise ? Le rêve américain ne s’est pas brisé, il s’est muté en cauchemar victime de sa propre illusion.


Pas d’exception pour le Royaume-Unis. En Europe, ce fut l’Angleterre que l’on montra en exemple avant que la crise des subprimes n’éclate et révèle le taux d’endettement record de ses ménages. Son taux de chômage, selon la méthode de calcul anglaise, était sensé être aussi parmi les plus bas avec 4,7 % en 2005. Mais le chiffre se trouva invalidé par les méthodes de calcul du BIT qui ont relevé un taux de 9,6 %, juste en dessous de celui de la France (9,8 %)4. Le Royaume Unis avait sorti de ses statistiques 2,7 millions de malades inemployables victimes de la désindustrialisation brutale. Mais surtout, l’emploi à temps partiel était beaucoup plus développé en Angleterre (25,5 %), avec des salaires réduits en conséquence alors que la France restait à 17,2 % d’emplois partiels5. Bien avant la crise financière, le miracle néo-libéral n’a pas eu lieu.


Quand la France se fourvoie. De l’autre côté de la Manche, Nicolas Sarkozy, toujours prompt à enfourcher les choix politiques désastreux, affirme dès 2004 que la croissance des Français passe par l’endettement. Au menu de son programme présidentiel, il propose, ni plus ni moins, l’importation en France du crédit hypothécaire rechargeable responsable de la crise aux États-Unis.

Mais le sommet de l’ineptie économique est atteint avec son slogan « travailler plus pour gagner plus » et la mise en place d’exonération de charges et d’impôts sur les heures supplémentaires. Au moment même où les forces productives imposent leur révolution informationnelle et détruisent plus d’emplois qu’elles n’en créent, de telles mesures ne sont pas loin d’être qualifiées de socialement criminelles. Elles permettent à l’employeur d’augmenter la charge de travail des salariés sans avoir à embaucher quand pas moins de 21,526 millions de personnes en juin 2009 sont exclues du marché du travail en Europe6.


Une issue sans alternative. Aujourd’hui, la crise a fait voler en éclats le modèle anglo-saxon. L’écroulement des marchés financiers ne fut qu’un des symptômes révélateurs d’une économie qui ne subvient plus aux besoins des populations. Il manque, au bas mot, 4 millions d’emplois en France. Qui peut prétendre créer prochainement assez d’emplois sans répartir le travail existant ? Le chômage technologique détruit tous les jours de l’activité dans les pays développés et nous ne sommes qu’au début de la 3ème mutation industrielle. Entre 2002 et 2008, l’industrie française a perdu 476.000 emplois7 alors que celle-ci produit toujours plus. L’énorme disparité des salaires et la capture des bénéfices aux profits des actionnaires8 ne permet pas une redistribution des gains de productivité au bénéfice de tous. Alors allons-nous continuer à parquer les exclus du travail dans des ghettos urbains et remplir les prisons comme aux Etats-Unis ou bien renouer avec une justice fiscale créatrice d’emplois ? Car il n’y aura aucune relance économique durable sans un rééquilibrage des salaires, sans une révision de la durée légale du travail et sans une reprise en main par le secteur public du crédit bancaire à destination des besoins sociaux. Tout autre politique est une trahison envers les millions de citoyens dont l’espoir est suspendu au dépassement de la crise économique.

Qu’attendent nos experts pour prendre leurs responsabilités ?


Fredback, NG Ile de France









Cliquer sur la note pour accéder au site de référence :


6 Eurostat

7 Le Monde 23 février 2008

5 Commentaires

  1. MKLon 16 jan 2010 at 16 h 32 min

    La manipulation des statistiques par les différents gouvernements occidentaux est un sujet également régulièrement abordé par le Laboratoire Européen d’Anticipation Politique, qui émet un avis plus que critique sur la manière qu’ont ces gvts d’aborder la crise, et allant même jusqu’à douter de la “capacité intellectuelle” de notre élite dirigeante mondiale actuelle…

    http://www.leap2020.eu/Francais_r26.html

  2. Marc Victoron 16 jan 2010 at 19 h 31 min

    les élites se délitent, ou plus exactement n’assument plus leur rôle, prise
    de risque contre forte rémunération par exemple, le risque est transféré au
    salarié sous forme de précarité quand les élites s’assurent à coup de
    parachutes dorés. Tout cela repose sur les mensonges idéologiques de la doxa néo-libérale, propagés depuis plus de trente ans, c’est à dire en gros depuis l’ère Thatcher Reagan. Le capitalisme n’est supportable que s’il est redistributif or le capitalisme financier a confisqué les rémunérations, avec les mécanismes pervers de sur-rendettement des particuliers (abus de crédit revolving pour la consommation et longue durée pour l’immobilier) et des entreprises (LBO notamment). L’argent des fonds et banques , au lieu d’être un vecteur de développement de l’activité a créé ses propres rémunérations sous forme de bulles, c’est de la création de fausse monnaie.
    Qui va payer si rien n’est fait ? nous tous avec une forte inflation. Une remise à zéro des compteurs s’impose, avec interdiction aux banques de spéculer, notamment sur les matières premières.

  3. Marcel Bariouon 17 jan 2010 at 11 h 50 min

    Je ne peux que rejoindre ce témoignage et abonder dans la conclusion. On est bien d’accord, de deux choses l’une :
    1) les soi-disants experts/élites ne savent pas interpréter ni tirer les corrélations des chiffres qu’ils ont en abondance sous les yeux, parlons de compétences limitées. De toutes façon personnes n’y échappe à cette limite et un peu de modestie ou de réserve sierait avant de servir des vérités toutes faites

    2) Ces mêmes experts/élites sont peut être là pour travestir la réalité afin de servir, à l’opinion publique, à travers médias et autres dispositifs d’informations centralisés et sous contrôle une vérité elducorée afin de faciliter la falsification effectuées par ceux qui nous gouvernent ou on prétention à le faire, la question mérite d’être posée.

    En tout état de cause, le chômage est un fléau source de toutes les pauvretés, de tous les désordres/. En France, 5 millions d’exclus à un titre ou un autre d’un emploi complet, ou en Europe (21 millions) comme le rappelle l’article, en témoignent. je ne parle même pas de la tragédie des pays moins avancés confrontés à la très grande pauvreté et l’absence de travail.

    L’objectif du pleine emploi, face à une productivité horaire qui ne pourra que croître ( Automation et progrès technologique) passe par les points suivants :
    A) chez nous, la réorganisation voire réduction du temps de travail sur notre cycle de vie professionnelle, 4 jours ou autres voire moins pour certaines catégories d’emplois difficiles,
    B) partout une formation massive tout au long de la vie, supérieure ou égale au moins à 10 % du temps de travail pour tous, c.a.d beaucoup d’activités collatérales aussi,
    C) à la création massive de nouvelles activités, orientées vers le bien être humain, en s’appuyant sur une valorisation volontariste forte et large des recherches scientifiques et sur l’innovation économique et sociale.
    D) L’engagement irréversible dans le soutien et l’accompagnement coopératif pour le développement des pays moins avancés afin de créer entre eux et nous de véritables passerelles d’échanges sociaux, éducatifs et économiques.

    Il faut continuer à faire émerger les vérités dans ce sens. Merci Frédéric.

  4. MKLon 18 jan 2010 at 10 h 30 min

    Un article intéressant de Money Week paru il y a 3 jours, qui va dans le même sens que celui de Frédéric Lutaud.

    Petite différence notable cependant avec le diagnostic de NG, la mondialisation est rendue en grande partie responsable de la crise actuelle.

    http://www.moneyweek.fr/conseils/02596/crise-retour-avertissement.html

  5. Laurant Christineon 20 jan 2010 at 11 h 47 min

    Et ça fait des années que l’on dit “il n’y a pas d’autre alternative que le néolibéralisme” et “ne vous révoltez pas sinon vous aurez le goulag”. Les intellectuels médiatiques ont l’air de dire que la France est irréformable et que le PS n’a pas fait son Bad Godesberg. Il y a en fait dans la population française une méfiance envers les politiques, les décideurs économiques, les médias, les services publics, les syndicats. Et Sarkozy surfe là dessus.

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