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Expression militante


Vent de gauche sur la pensée critique

Par Boris Faure le 10/07/2010

Qui n’a pas jamais ressenti le besoin pressant de se raccrocher à une pensée forte en ces temps de grandes turbulences politiques et internationales ?

Les ouvrages critiques de gauche ne manquent pas dans les librairies, comme si l’hémisphère gauche de la pensée faisait valoir ses trésors d’inventivité pour allumer, dans le brouillard actuel, les milles et une chandelle de la raison critique…

Qu’ils dissertent sur la Crise économique, dissèquent les nouvelles inégalités sociales, proposent des solutions nouvelles pour s’en sortir collectivement, qu’elles s’appellent, société du « Care », nouvelle promotion de l’égalité des places contre l’égalité des chances (Cf le dernier ouvrage de François Dubet), nouvelle écologie politique et de développement humain (Cf Jean Paul Fitoussi et Eloi Laurent) ou que ces solutions passent tout simplement par un appel à l’insurrection (dans le désormais célèbre «l’insurrection qui vient » édité à La Fabrique), ce panorama vivace de la pensée nous rappelle qu’une sorte de vent critique s’est levé sur la gauche des idées…


Alain Badiou et Jacques Rancières, qui écrivent pourtant depuis plus de vingt ou trente ans, redeviennent soudain des auteurs Capitaux, Actuels, comme si notre époque avait un besoin évident de chercher des balises intellectuelles…et que l’on prenait la peine de lire plus attentivement ceux qui criaient dans le vide depuis si longtemps déjà.


Et nous qui pensions les grands intellectuels à la française décédés depuis à jamais, avec la disparition de Deleuze, Dérida ou Foucault…ces « papes » de la « French Theory » que même l’Amérique nous enviait à la fin des seventies…Et dire que la pensée et la culture française apparaissait il y a peu comme en état de déliquescence, ou de putréfaction avancée (je fais ici référence à l’article du Times sur la mort de la Culture française…)…


Finalement, si notre époque a décrété un peu trop unilatéralement la fin des grands penseurs, la mort de l’Université, le décès des idéologies, nous sommes peut être aujourd’hui rentrés, crise mondiale aidant, dans une nouvelle ère de la pensée, où nous allons surement redécouvrir des auteurs contemporains, et relire des penseurs inactuels et permanents (Daniel Bensaid ne nous a-t-il pas d’ailleurs rappelé à longueur de livres, que Marx n’était pas (encore) mort J).


La Crise, ce n’est pas toujours les économistes qui en parlent le mieux. Le pop philosophe ZiZek, professe avec beaucoup de pessimisme dans “Après la tragédie la Farce!”(Flammarion) que la Crise équivaut à une “thérapie de choc” qui permettra au système capitaliste de se renforcer, aux inégalités de progresser, en toute impunité.


Loin du réveil des consciences tant attendu, loin du réveil des radicalités de gauche, c”est simplement les pouvoirs conservateurs en place qui sortiraient grandis de cette période délicate, renforcés par une Crise qui fait d’Angela Merkel ou de Nicolas Sarkozy, les bons gestionnaires d’une austérité qui risque de plonger les peuples dans la dépression prononcée…


Et pour ceux qui rêveraient d’un écrivain qui parlerait, comme nul autre, du Crack, de l’Argent Roi, de la Spéculation immobilière et foncière, de la fièvre effrénée d’une époque excitée par le gain et l’accumulation…Inutile de courir chez votre libraire favori pour y chercher une nouveauté…il n’est qu’à ressortir de votre malle d’écoliers, « L’Argent » et « La Curée » du bon vieux Emile Zola qui a décrit à merveille, voilà plus d’un siècle déjà, les vertiges d’une époque déboussolée…Dans « Nana » on peut même peut être voir en filigrane une certaine « Zahia » au cœur d’un récent scandale de moeurs… ;)


Les boussoles et les balises critiques ne manquent donc pas… pour mettre le cap sur une pensée de gauche…régénérée…lucide et pessimiste parfois ; Critique et audacieuse souvent.


Boris Faure

Varsovie




4 Commentaires

  1. Laurant Christineon 11 juil 2010 at 10 h 13 min

    Il n’est pas temps de sortir de BHL et autres impostures intellectuelles ?

  2. Laurant Christineon 13 juil 2010 at 7 h 37 min

    Il est temps que la gauche redevienne gramscienne (ou gramsciste), c’est à dire qu’elle pense à la conquête du pouvoir par les idées.
    Il m’est arrivé dans les années 80 de ne pas être bien vue de la gauche radicale et du PCF parce que je disais qu’il fallait abandonner Lénine pour Gramsci. Pour eux, il était trop Parti Communiste Italien donc trop réformiste. De son côté, la gauche social-démocrate le boudait parce qu’il était trop marxiste. Et maintenant, Sarkozy (et la droite décomplexée qu’il représente) a fait sien le postulat de Gramsci, le pouvoir se gagne par les idées. La gauche ne surmontera que difficilement ses divisions. Mais ne doit-elle pas dès maintenant penser à une nouvelle hégémonie intellectuelle progressiste et rompre avec la pensée unique ?

  3. tueursneton 16 juil 2010 at 2 h 09 min

    Vous rendez-vous compte ?
    Qu’il existe quelque part en Europe, toute une population active qui travaille dans une coopérative agricole :
    Et où chacun reçoit le même salaire, soit 47 euros par jour. Ce salaire quotidien ferait rêver plus d’un parce qu’il est librement consenti par des gens qui ne demandent pas mieux que de vivre en paix en s’inspirant d’un seul principe, simple comme un bonjour : le libre communisme.
    Ah ! ah ! ah !
    Je vous vois revenir : que ce n’est que l’arbre qui cache la forêt, que l’inégalité des traitements est plus stimulante, la compétitivité plus enrichissante.
    Pas mieux que le capitalisme n’est-ce pas ?
    Pour nous garantir la prospérité.
    Et alors ?
    Ça ne nous empêche pas de tendre l’oreille à ces Andalous qui viennent de je ne sais où et qui se sont donnés les moyens de partager le pain et le levain comme pour nous indiquer le chemin :
    qu’il y a une autre politique possible … laquelle ? hi hi hi !!!!
    Pardi… Celle qui nous laisserait le temps de faire autre chose que de la politique…
    Quand j’étais petite, je rêvais de révolution… poétique… d’un poème pour résoudre tous les problèmes… je vous demande pardon… d’avoir été si petite.

    http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%20Marinaleda

  4. corineinfirmièreon 23 juil 2010 at 12 h 49 min

    la nouvelle gauche a l’occasion de représenter l’opinion de 80 pour cent des infirmières qui refusent de s’inscrire à l’ordre infirmier structure corporatiste.pour cela il faudrait proposer l’abrogation de l’ordre infirmier au parlement au lieu de coller au projet Bur qui ne répond au souhait de personnes même pas au souhait des infirmières libérales comme exprimé par leurs syndicats.

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