Chômage : les 4 vérités que Christine Lagarde ne vous dira pas
Depuis quelques jours, Christine Lagarde est dans tous les médias pour « se féliciter » des bons chiffres du chômage. Hélas, si l’on s’intéresse vraiment à la vie des salarié(e)s (actifs ou au chômage) et si l’on regarde de près les chiffres du ministère du Travail, on constate qu’il n’y a aucune raison de se féliciter des évolutions en cours.
1) Le nombre total des inscrit(e)s n’a jamais été aussi élevé
Ils sont 4 574 000 inscrit(e)s, sans compter 300 000 chômeurs de plus de 58 ans dispensés de recherche d’emploi et 217 000 chômeurs dans les départements d’outre-mer. En deux ans, le nombre total de chômeurs a augmenté de 1 150 000. C’est du jamais vu dans notre pays.

2) Le « flux » des nouveaux arrivants est toujours aussi impressionnant
Pas moins de 505 000 hommes et femmes se sont inscrits au chômage en juillet, et 505 000 en un mois, c’est absolument catastrophique !
D’où vient l’impression d’accalmie qui permet à Chiristine Lagarde de parler d’une « stabilisation du chômage » ? Pourquoi la courbe qui récapitule le « stock » de chômeurs ne monte-t-elle pas de façon verticale ?
Parce que, dans le même temps, 495 000 personnes ont quitté Pôle emploi. Mais sur ces 495 000 sorties, il n’y en a que 104 000 qui déclarent avoir retrouvé un emploi. Il y a un flou pour 100 000 d’entre eux, mais le ministère lui-même admet que « moins de 40% de ceux qui quittent Pôle emploi retrouvent un emploi ».
3) La majorité de ceux qui quittent Pôle Emploi sont en fin de droits
Ils ont été licenciés il y a un an ou deux et n’ont plus droit aux indemnités. Ils sont dans la précarité la plus totale : ils vont survivre -ou sousvivre- avec le RMI-RSA… ou n’auront droit à aucune allocation si leur conjoint a un revenu correct. En deux ans, le revenu du couple a été divisé par deux, mais leur problème n’apparaît dans aucune statistique.
L’Insee estime que 400 000 ménages vont être confrontés cette année à cette situation : voir leurs revenus divisés par deux ! Mais ils ne sont plus comptés comme chômeurs, et Christine Lagarde ou Eric Woerth ne les croisent pas dans les dîners en ville…
4) Les CDD de moins de un mois représentent plus de 60% des embauches
Quant à celles et ceux qui retrouvent un emploi (il y en a quand même, heureusement), ils doivent de plus en plus se contenter d’emplois très précaires : l’Acoss, qui reçoit toutes les déclarations d’embauche, a publié en juillet une étude sur les embauches au deuxième trimestre.

En résumé : jamais le chômage n’a atteint un tel niveau et jamais le marché du travail n’a connu une telle précarité. N’en déplaise à Christine Lagarde, il n’y a donc aucune raison de se féliciter de quoi que ce soit.
Alors que la croissance ralentit fortement en Chine et aux Etats-Unis, il faut en finir avec les mensonges et la méthode Coué. Il est urgent de mesurer la gravité de la crise et de se mettre au travail pour inventer une nouvelle politique de l’emploi. C’est l’objectif desEtats généraux de l’emploi et de l’écologie qu’Europe Ecologie - Les Verts viennent de lancer à Nantes.
Pierre Larrouturou - Djamila Sonzogni


Monsieur Larrouturou,
Votre article est tout à fait édifiant et prend la vraie mesure du problème.
Vous omettez toutefois au moins deux éléments “à charge” dont j’ai pu éprouver la nuisance :
- un chômeur indemnisé peut travailler de façon occasionnelle (nbre d’heures et salaire limités) tout en bénéficiant d’un prorata d’indemnisation (permettant de maintenir son niveau d’indemnisation) mais seulement 15 mois sur 23 mois. Concrêtement, j’ai pris des cdd de formatrice (de 2h à 35H par mois) pour ne pas rester inactive (ma recherche d’un poste de Resp RH n’aboutissant pas) mais à ce jour je n’ai pas encore retrouvé d’emploi… et je ne peut plus accepter de cdd au risque de me voir radiée. Ces cdd me rapportaient au mieux 1500 € par mois, mon indemnisation s’élève à 2800 € par mois : à votre avis je fais quoi ? Je travaille et je suis radiée ou je reste au chômage où je gagnerait prè de 1500 € de plus ??? Aberrant !!! J’ai tneté toutes les dérogations possibles… Fin de non recevoir y compris auprès du ministère de la relance. J’ai fini par comprendre que je n’entrait pas dans les statistiques du chômage (grâce à mes qq heures de travail) et donc que cela prévalait sur une logique qui voudrait qu’un chômeur travaillant un peu vaut mieux qu’un chômeur qui chôme !
- deuxième situation vécue : je déclare mon absence estivale à Pôle Emploi (en gros tout le mois d’août) conformément aux recommandations de Pôle Emploi qui s’engage donc à ne pas me convoquer durant cette période. Cependant, je reçois début septembre un courrier de mon conseiller Pôle Emploi préféré qui m’indique que “suite à notre rdv du 20 août (??? je n’étais pas au courant !!!) il a pris bonne note de mes démarches et me convoque à nouveau pour faire le point le….”. Conclusions : les conseillers “ajustent” leurs compte rendus d’activité… (difficile de leur en vouloir quand on voit avec quels moyens ils sont obligés de gérer un nombre incroyable de demandeurs d’emploi.
Joli non ….
salut,
merci pour cet article. Je serais ravi qu’il soit diffusé sur une chaine de télé publique (cet espace de débat et de liberté si indépendant!)
Au fait, vous faites quoi en ce moment Mr Larrouturou?
J’ai perdu votre trace sur le net depuis fevrier 2010.
Pierre Larrouturou a rejoins Europe-Ecologie où il participe à l’animation de cette formation au niveau national. Il coordonne l’organisation des états généraux de l’emploi et de l’écologie : http://www.etatsgenerauxemploiecologie.net/
Il a été élu conseiller régional d’Ile de France en 2010.
Mon pere m’a dit depuis le debut : ‘Larrouturou, il fait une erreur en se mettant sur la motion de Hamon, il devrait presenter sa propre motion.’ Je crois qu’il avait raison. Quand on est autant en avance sur les autres concernant les constats et les reponses a apporter, il faut etre sur de soi et se jeter dans le bain. Je me refere pour dire ceci a ‘le livre noir du liberalisme’ qui pour moi represente un projet de societe auto-consistent et pratiquement suffisant a guerir la France de la crise actuelle du capitalisme.