Le discrédit des élites
Relayer l’information erronée, serait devenue la norme chez nos élites ? Armés de leurs statistiques, les combats d’experts se multiplient sur les plateaux de télévision ou dans les éditoriaux des magazines afin d’évangéliser les masses maintenues trop longtemps dans l’ignorance. Il faut convaincre des contraintes économiques d’une époque où le fatalisme se dispute à l’impuissance. Les contrevérités se succèdent avec outrance jusqu’au moment où le démenti cinglant de la crise sociale sanctionne le mépris des experts pour leur propre science.
L’Amérique au bord du gouffre. On nous a vendu les Etats-Unis pendant des décennies comme le modèle économique à suivre. Le chômage y était au plus bas et la consommation élevée avec un taux de croissance supérieure à celui de la France. Aujourd’hui nous constatons avec effarement que le taux de chômage officiel y atteint 10 %1 comme dans les autres pays industrialisés et encore celui-ci n’intègre pas les chiffres cachés. Déjà, dans les années 90, le chiffre officiel du chômage de 4% ne tenait pas compte des millions de travailleurs découragés et par conséquent sortis des statistiques du chômage auxquelles il fallait ajouter un taux d’incarcération le plus élevé au monde avec 0,7% de la population sous les verrous (mieux que la chine). Les 4 % affichés dissimulaient, en fait, un taux chômage équivalent à celui de l’Europe et ne disaient rien des 25 % de la population contraints d’accepter un emploi à temps partiel. Quant à la consommation, elle a été soutenue toutes ses années par des ménages écrasés par l’endettement. La croissance américaine n’a dû son salut qu’à une forte immigration et à la surconsommation des 20 % les plus riches. Le désastre social est total. En 1992, la pauvreté y était déjà plus élevée qu’a aucune autre époque depuis 1962, et depuis cela n’a fait qu’empirer. Les deux tiers de l’ensemble des augmentations de revenus entre 2002 et 2007 sont allés aux 1% des Américains les plus riches2. L’extrême pauvreté a augmenté de 26% entre 2000 et 2005 aux USA. Et comme si cela n’était pas suffisant, 64% d’américains sont obèses ou en surpoids (l’obésité provoque 400 000 morts par an aux Etats-Unis). Les Etats-Unis sont les plus gros pollueurs de la planète avec 25 % des émission de gaz à effet de serre et ils viennent de communiquer à l’économie mondiale une des pires crises financières de son histoire. Le dollar reste la principale monnaie de réserve mais « pour éviter un effondrement complet de leur économie, les Etats-Unis ont “brulé” en quinze mois l’équivalent de toutes les réserves accumulées par la Chine en vingt ans »3. Que se passera t-il si les État-Unis n’ont plus les moyens d’affronter une nouvelle crise ? Le rêve américain ne s’est pas brisé, il s’est muté en cauchemar victime de sa propre illusion.
Pas d’exception pour le Royaume-Unis. En Europe, ce fut l’Angleterre que l’on montra en exemple avant que la crise des subprimes n’éclate et révèle le taux d’endettement record de ses ménages. Son taux de chômage, selon la méthode de calcul anglaise, était sensé être aussi parmi les plus bas avec 4,7 % en 2005. Mais le chiffre se trouva invalidé par les méthodes de calcul du BIT qui ont relevé un taux de 9,6 %, juste en dessous de celui de la France (9,8 %)4. Le Royaume Unis avait sorti de ses statistiques 2,7 millions de malades inemployables victimes de la désindustrialisation brutale. Mais surtout, l’emploi à temps partiel était beaucoup plus développé en Angleterre (25,5 %), avec des salaires réduits en conséquence alors que la France restait à 17,2 % d’emplois partiels5. Bien avant la crise financière, le miracle néo-libéral n’a pas eu lieu.
Quand la France se fourvoie. De l’autre côté de la Manche, Nicolas Sarkozy, toujours prompt à enfourcher les choix politiques désastreux, affirme dès 2004 que la croissance des Français passe par l’endettement. Au menu de son programme présidentiel, il propose, ni plus ni moins, l’importation en France du crédit hypothécaire rechargeable responsable de la crise aux États-Unis.
Mais le sommet de l’ineptie économique est atteint avec son slogan « travailler plus pour gagner plus » et la mise en place d’exonération de charges et d’impôts sur les heures supplémentaires. Au moment même où les forces productives imposent leur révolution informationnelle et détruisent plus d’emplois qu’elles n’en créent, de telles mesures ne sont pas loin d’être qualifiées de socialement criminelles. Elles permettent à l’employeur d’augmenter la charge de travail des salariés sans avoir à embaucher quand pas moins de 21,526 millions de personnes en juin 2009 sont exclues du marché du travail en Europe6.
Une issue sans alternative. Aujourd’hui, la crise a fait voler en éclats le modèle anglo-saxon. L’écroulement des marchés financiers ne fut qu’un des symptômes révélateurs d’une économie qui ne subvient plus aux besoins des populations. Il manque, au bas mot, 4 millions d’emplois en France. Qui peut prétendre créer prochainement assez d’emplois sans répartir le travail existant ? Le chômage technologique détruit tous les jours de l’activité dans les pays développés et nous ne sommes qu’au début de la 3ème mutation industrielle. Entre 2002 et 2008, l’industrie française a perdu 476.000 emplois7 alors que celle-ci produit toujours plus. L’énorme disparité des salaires et la capture des bénéfices aux profits des actionnaires8 ne permet pas une redistribution des gains de productivité au bénéfice de tous. Alors allons-nous continuer à parquer les exclus du travail dans des ghettos urbains et remplir les prisons comme aux Etats-Unis ou bien renouer avec une justice fiscale créatrice d’emplois ? Car il n’y aura aucune relance économique durable sans un rééquilibrage des salaires, sans une révision de la durée légale du travail et sans une reprise en main par le secteur public du crédit bancaire à destination des besoins sociaux. Tout autre politique est une trahison envers les millions de citoyens dont l’espoir est suspendu au dépassement de la crise économique.
Qu’attendent nos experts pour prendre leurs responsabilités ?
Fredback, NG Ile de France
Cliquer sur la note pour accéder au site de référence :












