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Crise financière, crise économique : comprendre pour agir
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Archives 'Emploi'

Etats généraux du renouveau : Nouvelle Gauche à l’action

Par Nouvelle Gauche le 14/06/2010

etatsgenerauxrenouveaugrenoble2010En partenariat avec le Nouvel Observateur et Libération, Nouvelle Gauche participe à l’organisation de plusieurs débats lors des états généraux du renouveau qui auront lieu à Grenoble du 18 au 20 juin à Alpes Congrès.


Devant la crise sociale actuelle dans laquelle on s’enfonce, il est primordial de mener un débat d’idées pour sortir de cette crise par le haut. Pour l’instant, on ne nous promet que plans d’austérité et relance de la croissance qui sont d’ailleurs des objectifs en partie contradictoires.

Alors que les crises s’accumulent tant sur le plan économique, sociale ou écologique, nous ne pourrons faire l’économie de débats de fond sur ce que l’on peut attendre de la croissance du PIB, sur comment remettre la création monétaire au service de tous, sur la résolution du chômage de masse lié aux immenses gains de productivité rendus possible par nos progrès collectifs. Il y a maintenant urgence à aborder tout ces sujets…


On notera avec intérêt les 3 débats suivants qui sont au coeur de nos préoccupations :


- Samedi 19, 11h - Vaincre la faim ? avec Marc Dufumier


- Samedi  19, 12h - Peut-on encore tout miser sur la croissance ? avec Corinne  Lepage


- Samedi 19, 16h30 - Précarité, Chômage : a-t-on vraiment tout essayé ? avec Eva Joly et Pierre Larrouturou


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Pourquoi faut-il partager le travail ?

Par Fredback le 20/03/2010

La question prêterait à sourire si la période actuelle ne poussait pas à l’exclusion de millions de salariés et cela bien avant la crise économique. Toute l’histoire du capitalisme industriel ne repose t-elle pas sur l’efficacité de la division du travail ? Assigner des fonctions de plus en plus spécialisées à chaque employé a permis des gains de productivité considérables qui ont débouché sur la production de masse. Les nouvelles technologies n’ont fait qu’accélérer un processus qui traverse le développement des moyens de production. La technique n’a d’autre objet que d’économiser le travail de l’homme. Réduite à sa base primordiale, l’histoire n’est que la poursuite de l’économie du temps de travail. De 7 jours par semaine au début du XXe siècle, nous sommes passés à 5 jours alors que la productivité augmentait assez peu. Mais la durée légale du temps de travail n’est pas suffisante pour prendre toute la mesure du partage du travail. Il faut intégrer les congés payés, l’interdiction de travailler avant 16 ans, des cycles d’études de plus en plus long, le départ à la retraite à 60 ans, le travail des femmes, l’immigration et une démographie galopante. Aussi, depuis 40 ans, nos économies avancées ont quintuplé leur productivité et elles se dirigent vers des durées de temps de travail tous emplois confondus se rapprochant de 30h par semaine1 .


open-spacePourtant certains économistes soutiennent que « le travail ne se partage pas2 ». Leur principal argument retient l’idée qu’une « masse fixe d’heure de travail devant être partagée est fausse ». Ou bien que « le travail demandé par les entreprises n’est pas une donnée intangible qui peut se partager ». Effectivement, la masse d’heures travaillées n’est pas fixe et pour cause, elle diminue. En France, entre 1949 et 2007, le nombre d’heures travaillées a baissé exactement de 12,7 % et la population active est passée de 19,5 millions à près de 28 millions. Mais dire que la masse de travail ne se partage pas, c’est bien mal connaître son organisation. Loin d’être une donnée intangible, elle est le fruit d’une organisation collective complexe qui requière coordination et créativité dans la répartition des tâches. On est en droit de se demander si ces personnes ont pris la peine de s’informer des recherches menées sur la division du travail qui font le succès du capitalisme industriel3 ?

Les détracteurs opposent encore à la diminution du temps de travail que les entreprises qui possèdent la meilleure productivité embauche le plus. Personne ne conteste cet état de fait. Il est reconnu qu’une entreprise qui améliore son cycle de production gagne en compétitivité, baisse ses prix, élargie sa clientèle, doit produire plus donc embauche et dynamise son secteur d’activité. Mais la diminution de la masse totale d’heures travaillées conteste encore une fois la généralisation macroéconomique. L’entreprise qui embauche ne détruit t-elle pas de l’emploi chez la concurrence en gagnant des parts de marché quand celui-ci arrive à saturation ?

En dernier lieu, pour les tenants de l’économie de marché, « la destruction créatrice d’emplois serait le principal moteur de la croissance4 ». Par extension le marché du travail reste imprévisible et inquantifiable. Il n’est pas question, ici, de remettre en cause la destruction d’activités qu’entraîne le progrès technologique, pas plus qu’il ne fallait renoncer au moteur à explosion pour conserver le maréchal-ferrant, mais de contester le caractère automatique de la compensation d’emplois par la croissance.


Globalement le capitalisme industriel en développant ses outils de production a décimé la main d’œuvre agricole pour la « déverser » dans l’industrie lourde puis absorbé celle-ci dans l’économie du tertiaire suite à l’automatisation et la désindustrialisation des pays riches. L’histoire nous montre que les effets de percolation (la destruction créatrice) n’ont jamais pu compenser la destruction d’emplois. Seule l’économie de guerre de 1940 a sorti les Etats-Unis de la dépression liée à la première révolution industrielle et ceci malgré le New Deal. Quant au taux de chômage chez les noirs Américains descendants de la main d’œuvre agricole, il est toujours resté très élevé jusqu’à nos jours. Mais surtout, les grands chantiers de reconstruction d’après guerre en Europe sont aujourd’hui terminés. La troisième révolution industrielle détruit des emplois dans le tertiaire en reconfigurant entièrement les modèles de distribution (Internet) et l’organisation hiérarchique des entreprises (mise en réseau, concentration des tâches sur un poste informatique, intelligence artificielle, production à flux tendu…). Ce n’est pas la création de postes ultra-qualifiés dans les secteurs high-tech ni même de postes assez bassement qualifiés du service à la personne (qui ont contribué à un ralentissement de la diminution des emplois peu qualifiés depuis 1985 en France car dans ce secteur les gains de productivité sont plus faibles du fait d’une présence humaine forte difficilement remplaçable) qui absorbera le nombre de chômeurs laissés pour compte dans la destruction massive d’emplois tertiaires et l’hyper productivité dans tous les domaines de l’économie. Entre 1995 et 2002, la production industrielle globale a augmenté de 30 % et la productivité de 4,3 % par an, tandis que chaque année, l’emploi industriel a chuté dans toutes les régions du monde jusqu’à perdre 31 millions d’actifs5. Même si on retranche les emplois intérimaires, qui sont désormais comptabilisés dans les services aux entreprises, le compte n’y est pas. Si la productivité crée de nouveaux emplois, c’est en nombre insuffisant pour compenser les pertes. Que faire ?


Pendant les trente glorieuses (1949-1974), nous observons en France avec l’Insee, une décrue du nombre d’heures travaillées de 45,7 Mds à 42,3 Mds, soit une baisse de 6% dans une conjoncture où la croissance du PIB dépassait les 5% par an. Sur cette période, contrairement aux idées reçues, c’est la diminution du temps de travail qui a maintenu le quasi-plein-emploi malgré l’augmentation de la population active. Elle est passée d’environ 45,5h par semaine à un alignement sur la durée légale, soit 40h. Mais entre 1974 et 2007 le volume d’heures travaillées connaît une nouvelle décrue de 6 %. La croissance ralentie mais le PIB reste malgré tout en constante augmentation6. Entre temps, nous sommes passés à 39h puis officiellement à 35h. Mal déployées, les 35h n’ont diminué à l’époque que de 4 % la durée moyenne tous secteurs confondus7 et ont depuis largement été déconstruites par les aménagements successifs de la droite8. Sur cette période la diminution de la durée légale du temps de travail s’est révélée insuffisante pour compenser les destructions d’emplois et enrayer la monté du chômage. Ce dernier aurait pu être contenu par une réduction annuelle du travail de l’ordre de 16% au lieu des 10,5% constatés. La richesse créée ayant dans le même temps (1974-2007)  augmentée de plus que 240% en volume, nous aurions pu maintenir les salaires. En synergie avec nos partenaires économique, notamment en Europe, nous pouvions choisir d’équilibrer le coût du travail et aligner les prestations sociales par le haut, au lieu de recourir à la financiarisation de l’économie.


Il est important de noter que cette diminution du volume global d’heures travaillées s’accompagne de l’augmentation du nombre d’heures effectuées sous le statut de salarié. Le capitalisme en généralisant le salariat consacre la victoire de la productivité de l’entreprise par la division du travail sur les professions indépendantes. Mais le recours croissant au temps partiel creuse les inégalités. Si le temps de travail diminue, sa répartition est anarchique sous la pression du chômage. En 2007, déjà plus de 2 millions de chômeurs effectuaient 0 heure, 2 autres millions faisaient au mieux quelques heures par semaine de manière subie, 19 millions d’actifs travaillaient plein pot (parfois trop, en moyenne 41h par semaine pour les titulaires d’un CDI ) et 4 millions à temps partiel (CDD ou intérim). La question qui se pose à nous aujourd’hui serait plutôt « quelle réduction du temps de travail voulons-nous ? » ou « jusqu’où pouvons-nous descendre la durée légale du temps de travail ? ». Comme toujours, nous ne pouvons laisser seul le marché décider.


Des leçons instructives. Les 35h sont la cible de nombreuses critiques pour contester une nouvelle diminution du temps de travail. Son application autoritaire a en grande partie compromis son succès. L’expérience du passage à 32h pour plus de 400 entreprises avec la loi de Robien nous paraît un exemple beaucoup plus pertinent pour avoir fait ses preuves9. Ces entreprises ont toutes embauché et gagné en productivité. Comment faire bénéficier de cette expérience à l’ensemble du tissu économique sans que cela soit vécu comme une contrainte imposée de l’extérieure mais comme une chance unique d’améliorer la productivité ? Il faut se donner les moyens d’accompagner les entreprises suivant leur rythme et par branche pour optimiser la division du travail afin de permettre l’intégration de nouveaux travailleurs sans augmenter la masse salariale et sans baisser les salaires. Les grandes réformes nécessitent beaucoup de pédagogie, de diplomatie et l’ajustement d’un dispositif fiscal. Celui-ci a fait l’objet d’un bouclage macroéconomique très poussé réclamé par la Confédération européenne des syndicats. Entre indemniser des chômeurs ou permettre aux entreprises d’embaucher, notre choix est fait. Les énormes gains de productivité doivent êtres impérativement redistribués à travers un meilleur partage de la valeur ajoutée et du temps de travail. D’autre part, les services qualifiés autour du temps libre sont l’industrie de l’avenir tout comme la formation continue permise par le temps libéré répond à la montée en compétence que demandent nos changements de société. Comme le dit William Green10 : « Le temps libre est une certitude. À nous simplement de choisir entre loisir et chômage ». Même si la réduction du temps de travail n’est pas la seule solution au chômage, elle y contribue fortement.



1 France 36,3h ; Allemagne 35,8h ; Danemark 34,6h, Etats-Unis 33,7h ; Pays-Bas 31,4h ; Eurostat 2008.
2 P. Cahuc & A. Zylberberg, Le chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion 2004.
3 Voir les entreprises Kellog’s, Télérama, Monique Ranou, Brioche Pasquier, Danone, Volvo, etc…
4 Joseph Schumpeter, Théorie de l’évolution économique, 1934
5 New York Times, 4 juillet 2008.
6 De 1978 à 1994, le PIB va augmenter de 40 %, Insee. 7 Insee
8 En particulier les heures supplémentaires défiscalisées qui ont détruit environ 90 000 emplois, Insee, 2010
9 Les travaux de l’OFCE, le rapport du Sénat, Evaluation BIP, Pierre Larrouturou : la semaine de 4 jours.
10 William Green, ex-président de la Fédération américaine du travail.


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Sarkozy ne comprend vraiment rien…
et cela dure

Par Bertrand LAFORGE le 17/03/2010

Alors que nous connaissons une augmentation drastique du chômage, en France mais aussi partout dans le monde, Nicolas Sarkozy a réaffirmé ce 14 janvier son opposition frontale à la notion de partage du travail.  ”Nous avons mis fin au carcan des 35 heures” a-t-il affirmé,  mais où sont les résultats bénéfiques de cette “nouvelle” politique ?


Dans tous les pays du monde occidental (même là les 35 h n’ont jamais existé !), on observe le même phénomène : malgré le développement technologique et l’innovation censés d’après les libéraux créer de nouvelles activités et préparer les emplois de demain, le nombre d’heures travaillées diminuent régulièrement avec le temps. L’émergence de secteurs gigantesques comme l’informatique, l’électronique ou la robotique ont détruit au final beaucoup plus d’heures de travail qu’ils n’en n’ont créé. C’est un fait comme le montre la figure ci-dessous tirée d’un rapport de l’OCDE de 2001 :

Par ailleurs, la population mondiale a dans le même temps cru dans une proportion très importante (à un taux de croissance de 1.2% à 2.2% par an depuis 1950 comme le montre la figure suivante compilant les données du US Census Bureau).


Fichier:World population increase history.svg


Au cours du XXème siècle, l’augmentation de la productivité du fait des progrès technologiques et d’organisation des unités de production n’est jamais compensée par la croissance de l’activité. Il n’y a pas de changement qualitatif sur ce point avec le siècle que nous entamons.  Par ailleurs, ce problème est rendu d’autant plus aigu avec la croissance démographique que nous connaissons qui apporte un nombre d’actifs en nette augmentation alors que la consommation n’augmente pas dans les mêmes proportions.


Par ailleurs, l’augmentation continuelle de la consommation de biens matériels est elle-même un leurre dans un monde aux ressources naturelles finies.


Alors Monsieur Sarkozy, qu’avez-vous à répondre à ces arguments ? Quand sortirez-vous du credo  ”la croissance = solution au chômage de masse” et quand passera-t-on au crible d’une analyse solide les résultats de la politique que vous avez menée ?


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Le discrédit des experts

Par Fredback le 16/01/2010

expert1Relayer l’information erronée, serait devenue la norme chez nos experts ? Armés de leurs statistiques, les combats chiffrés se multiplient sur les plateaux de télévision ou dans les éditoriaux des magazines afin d’évangéliser les masses maintenues trop longtemps dans l’ignorance. Il faut convaincre des contraintes économiques d’une époque où le fatalisme se dispute à l’impuissance. Les contrevérités se succèdent avec outrance jusqu’au moment où le démenti cinglant de la crise sociale sanctionne le mépris des experts pour leur propre science.


L’Amérique au bord du gouffre. On nous a vendu les États-Unis pendant des décennies comme le modèle économique à suivre. Le chômage y était au plus bas et la consommation élevée avec un taux de croissance supérieure à celui de la France. Aujourd’hui nous constatons avec effarement que le taux de chômage officiel y atteint 10 %1 comme dans les autres pays industrialisés et encore celui-ci n’intègre pas les chiffres cachés. Déjà, dans les années 90, le chiffre officiel du chômage de 4% ne tenait pas compte des millions de travailleurs découragés et par conséquent sortis des statistiques du chômage auxquelles il fallait ajouter un taux d’incarcération le plus élevé au monde avec 0,7% de la population sous les verrous (mieux que la chine). Les 4 % affichés dissimulaient, en fait, un taux chômage équivalent à celui de l’Europe et ne disaient rien des 25 % de la population contraints d’accepter un emploi à temps partiel. Quant à la consommation, elle a été soutenue toutes ses années par des ménages écrasés par l’endettement. La croissance américaine n’a dû son salut qu’à une forte immigration et à la surconsommation des 20 % les plus riches. Le désastre social est total. En 1992, la pauvreté y était déjà plus élevée qu’a aucune autre époque depuis 1962, et depuis cela n’a fait qu’empirer. Les deux tiers de l’ensemble des augmentations de revenus entre 2002 et 2007 sont allés aux 1% des Américains les plus riches2. L’extrême pauvreté a augmenté de 26% entre 2000 et 2005 aux USA. Et comme si cela n’était pas suffisant, 64% d’américains sont obèses ou en surpoids (l’obésité provoque 400 000 morts par an aux Etats-Unis). Les Etats-Unis sont les plus gros pollueurs de la planète avec 25 % des émission de gaz à effet de serre et ils viennent de communiquer à l’économie mondiale une des pires crises financières de son histoire. Le dollar reste la principale monnaie de réserve mais « pour éviter un effondrement complet de leur économie, les Etats-Unis ont “brulé” en quinze mois l’équivalent de toutes les réserves accumulées par la Chine en vingt ans »3. Que se passera t-il si les État-Unis n’ont plus les moyens d’affronter une nouvelle crise ? Le rêve américain ne s’est pas brisé, il s’est muté en cauchemar victime de sa propre illusion.


Pas d’exception pour le Royaume-Unis. En Europe, ce fut l’Angleterre que l’on montra en exemple avant que la crise des subprimes n’éclate et révèle le taux d’endettement record de ses ménages. Son taux de chômage, selon la méthode de calcul anglaise, était sensé être aussi parmi les plus bas avec 4,7 % en 2005. Mais le chiffre se trouva invalidé par les méthodes de calcul du BIT qui ont relevé un taux de 9,6 %, juste en dessous de celui de la France (9,8 %)4. Le Royaume Unis avait sorti de ses statistiques 2,7 millions de malades inemployables victimes de la désindustrialisation brutale. Mais surtout, l’emploi à temps partiel était beaucoup plus développé en Angleterre (25,5 %), avec des salaires réduits en conséquence alors que la France restait à 17,2 % d’emplois partiels5. Bien avant la crise financière, le miracle néo-libéral n’a pas eu lieu.


Quand la France se fourvoie. De l’autre côté de la Manche, Nicolas Sarkozy, toujours prompt à enfourcher les choix politiques désastreux, affirme dès 2004 que la croissance des Français passe par l’endettement. Au menu de son programme présidentiel, il propose, ni plus ni moins, l’importation en France du crédit hypothécaire rechargeable responsable de la crise aux États-Unis.

Mais le sommet de l’ineptie économique est atteint avec son slogan « travailler plus pour gagner plus » et la mise en place d’exonération de charges et d’impôts sur les heures supplémentaires. Au moment même où les forces productives imposent leur révolution informationnelle et détruisent plus d’emplois qu’elles n’en créent, de telles mesures ne sont pas loin d’être qualifiées de socialement criminelles. Elles permettent à l’employeur d’augmenter la charge de travail des salariés sans avoir à embaucher quand pas moins de 21,526 millions de personnes en juin 2009 sont exclues du marché du travail en Europe6.


Une issue sans alternative. Aujourd’hui, la crise a fait voler en éclats le modèle anglo-saxon. L’écroulement des marchés financiers ne fut qu’un des symptômes révélateurs d’une économie qui ne subvient plus aux besoins des populations. Il manque, au bas mot, 4 millions d’emplois en France. Qui peut prétendre créer prochainement assez d’emplois sans répartir le travail existant ? Le chômage technologique détruit tous les jours de l’activité dans les pays développés et nous ne sommes qu’au début de la 3ème mutation industrielle. Entre 2002 et 2008, l’industrie française a perdu 476.000 emplois7 alors que celle-ci produit toujours plus. L’énorme disparité des salaires et la capture des bénéfices aux profits des actionnaires8 ne permet pas une redistribution des gains de productivité au bénéfice de tous. Alors allons-nous continuer à parquer les exclus du travail dans des ghettos urbains et remplir les prisons comme aux Etats-Unis ou bien renouer avec une justice fiscale créatrice d’emplois ? Car il n’y aura aucune relance économique durable sans un rééquilibrage des salaires, sans une révision de la durée légale du travail et sans une reprise en main par le secteur public du crédit bancaire à destination des besoins sociaux. Tout autre politique est une trahison envers les millions de citoyens dont l’espoir est suspendu au dépassement de la crise économique.

Qu’attendent nos experts pour prendre leurs responsabilités ?


Fredback, NG Ile de France









Cliquer sur la note pour accéder au site de référence :


6 Eurostat

7 Le Monde 23 février 2008

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Réduction du temps de travail : choisir ou subir ?

Par Nouvelle Gauche le 04/12/2009

3.888.300 chômeurs en France en juillet1, hors travailleurs précaires. Alors que les perfusions à l’économie, prime à la casse en tête, lui redonnent une stabilité de façade, le chômage explose. Et pour ceux qui gardent leur emploi, la pression s’accentue.

 

Quelles réponses à gauche ? Les socialistes organisent « une journée de l’emploi ». Leur meilleure proposition ? « 100.000 emplois aidés »… De façon évidente, nous pouvons faire mieux. N’ayons pas peur de faire le bilan. Mettons sur la table les nouvelles variables, les idées qui décoiffent. S’il est plus difficile de construire un projet de gauche, c’est parce que nos bonnes idées sont moins faciles à vendre que les slogans du sarkozysme ou le « bon sens » conservateur.

Quand on parle solution au chômage de masse, et qu’on est de gauche, la réduction du temps de travail nous vient naturellement à l’esprit. Les 35h ont été une étape, malheureusement mal ficelée et parfois, disons-le, contre-productive. Il était nécessaire de systématiser les embauches et conditionner strictement les aides, de rendre attractif plutôt qu’imposer, de protéger les bas salaires, d’articuler le dispositif avec les besoins de formation et l’épanouissement personnel. Pourquoi ne pas le reconnaître et accepter les progrès qui nous restent à faire ? Nous pensons que c’est non seulement possible, mais aussi indispensable.

 

400 entreprises sont déjà passées à 4 jours.

Et en réalité, ce chantier-là a déjà démarré. C’est la semaine de 4 jours à la carte, et 400 entreprises l’ont déjà mise en place avec succès. De l’usine de yaourts à l’auto-école, des entreprises qui n’avaient pas grand-chose en commun, pas les mêmes contraintes mais qui ont gagné en intelligence collective, en intérêt du travail, en temps libre et en productivité. S’appuyant notamment sur la valorisation du budget de l’UNEDIC, le bouclage macro-économique de la « formule Larrouturou » tient : maintien du potentiel de production, stabilité des coûts, stabilité (ou hausse) du revenu disponible des ménages, absence d’aggravation du déficit public.

Et 1.600.000 emplois en CDI à la clé2.

Face à la hausse phénoménale de la productivité au cours des dernières décennies, face aux perspectives de croissance tellement incertaines qu’il serait criminel (et idiot) d’y mettre tous nos espoirs, nous devons aujourd’hui faire un choix fondamental. Soit nous reprenons courageusement notre combat pour la RTT, avec la volonté d’édifier un nouveau pacte social, soit nous laissons faire les néo-libéraux qui eux, rappelons-le, n’ont pas besoin d’être courageux pour arriver à leurs fins.

 

Depuis plusieurs semaines, la durée hebdomadaire du travail dans les usines américaines est tombée à 33 heures, faute de demande. Un mouvement qui entretient la baisse des revenus salariaux et pourrait nourrir la faiblesse de la consommation dans les prochains mois3. 33 heures de durée réelle aux USA. 32 heures en Grande Bretagne… La question n’est donc pas « pour ou contre la RTT ? » mais « quelle RTT ? ». Une RTT faite de précarité et de violence sociale ou une RTT négociée collectivement, sans baisse de revenu pour le plus grand nombre et avec plus de 1.500.000 nouveaux emplois à la clef ?

 

Choisir ou subir la réduction du temps de travail, la question se pose plus que jamais.

 

Thomas MAZIERE

Secrétaire général de Nouvelle Gauche

www.nouvellegauche.fr



 

 

1. catégories A, B et C.

2. Pierre Larrouturou. Pour la semaine de quatre jours. La Découverte (1999)

3. Le Figaro – 3 octobre 2009


 

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Pierre Larrouturou le 8 décembre à l’IEP de Lille

Par Thomas MAZIERE le 02/12/2009

pierre larrouturou


Pierre Larrouturou sera à l’IEP de Lille (amphi A) le mardi 8 décembre à 18h.


Crise sociale, crise financière, crise écologique : comment gagner la course de vitesse ?



Pierre Larrouturou à l’IEP de Lille - Part 1-
par marcvasseur



La suite ici

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Cynisme et cosmétique

Par Nouvelle Gauche le 26/11/2009

La fusion ANPE-Assedic se réalise dans un contexte très difficile, ce qui permet de prétexter « la crise » pour masquer les modalités catastrophiques : fermetures de 30% des sites ouverts aux chômeurs, formations bâclées des agents, informatique en travaux, conditions d’accueil dégradées, déshumanisation et facturation à travers le 3949.


image

Les « renforts temporaires d’effectifs, dans certaines régions » qu’a concédé M. Sarkozy le 23 novembre, n’est qu’une goutte d’eau pour éteindre l’incendie qui se propage à Pôle emploi : 180 demandeurs d’emploi par conseiller ; embauche uniquement de CDD à Pôle emploi ; 47.000 agents en France, contre 70.000 en Grande-Bretagne ou 80.000 en Allemagne


L’excuse de dire « le chômage a doublé aux USA ou en Suède, pas en France » est un artifice de communication : le taux états-unien par rapport à la population active est certes passé de 5% à 10%… mais en deux ans (septembre 2007 à octobre 2009) ! De plus, les chômeurs « découragés » y sont comptabilisés alors qu’ils sont radiés et hors-stats en France. Aux USA, les travailleurs à temps partiel sont pris en compte, alors qu’ils sont dans les catégories B et C dans l’Hexagone… (source :  www.marianne2.fr/Aux-USA,-le-Dow-Jones-monte,-le-chomage-encore-plus_a182727.html) Enfin, la France prend bien soin chaque mois d’écarter des statistiques les DOM (Guyane, Réunion, Martinique, Guadeloupe). Une pratique à abolir.

Concernant la Suède, le chômage a certes doublé… mais en passant de 2% à 4% de la population active, donc avec des conséquences sociales beaucoup moins dramatiques.


La fusion mise en œuvre depuis le vote de la loi du 13 février 2008 n’est pas seulement un bouleversement pour les chômeurs et les conseillers à l’emploi : c’est aussi un démantèlement complet du service public de l’emploi, et du principe de l’égalité de traitement. Alors que le rapport Seibel a démontré récemment, après une étude sur plusieurs années, que le secteur public avait de meilleurs résultats que le secteur privé, et qu’il ait été démontré que le coût était bien moindre, la cession de pans entiers de ce « marché public de l’emploi » (dixit les premières phrases du débat à l’Assemblée Nationale…) continue aux profit immédiat des opérateurs privés, sous le prétexte d’une « saine concurrence ».


Les syndicats de Pôle emploi, ainsi que les associations de chômeurs, dénoncent sans relâche et depuis des années, les mesures coercitives visant à n’améliorer que des tableaux statistiques dépourvus de toute humanité face à l’urgence sociale.

Tandis que les salariés des ex-ANPE et ex-Assedic multiplient les jours de grève pour alerter l’opinion et manifester leur désarroi, les associations de chômeurs travaillent d’arrache-pied pour les soutenir et, par la pédagogie, limiter la colère en direction des conseillers pour l’emploi.

Malgré cela, sur  les trois premiers trimestres de l’année 2009, la Direction de Pôle emploi a avoué 3162 agressions verbales et menaces, ainsi que 116 agressions physiques. La réalité est sans doute là aussi, bien au-delà de ces chiffres.

Quant aux suicides (plusieurs) ou tentatives de suicide (nombreuses), Pôle emploi a trouvé la solution : ne plus communiquer aucun chiffre et supprimer le Comité National Hygiène Sécurité et Conditions de Travail, qui existait conventionnellement.


Alors que la fusion était prétextée par une personnalisation plus grande de l’accompagnement des chômeurs (objectif 30 à 60 demandeurs par agent), le chiffre reconnu par la Direction est aujourd’hui de 94, et le chiffre réel, en moyenne, est entre 170 et 200.


Le nombre de demandeurs d’emploi réel est désormais de 4 millions de personnes. En effet, une personne qui travaille quelques heures par semaine est comptabilisée dans les catégories B ou C, alors que bien évidemment elle cherche un travail lui permettant de vivre décemment.


Ce 23 novembre, M. Sarkozy revendique avoir apporté « plus de simplicité » avec cette fusion, ce que démentent l’ensemble des usagers et salariés concernés.
Un lieu unique aurait pu être conçu avec intelligence ; malheureusement, le mélange des métiers a engendré un chaos amplifié par la crise : peut-on confondre le médecin et le pharmacien, l’assureur et le garagiste ? Le fantasme de l’agent omnipotent a vécu. « Grâce à la fusion, nous pourrons mettre en 2010 1.300 agents de plus en contact avec le public » se vante M. Sarkozy. Tout ce désordre pour un agent de plus par lieu d’accueil ?!


La Direction de Pôle emploi et le gouvernement admettent « qu’il y aura peut-être quelques retards, que la situation est insatisfaisante dans de trop nombreux sites mixtes » et reconnaissent que « certaines réalisations sont encore inachevées ». Au mieux, ils pratiquent la litote ; au pire, ils font preuve d’un cynisme meurtrier.


Quant aux mesurettes concédées pour la création d’emplois et une relance économique indispensable, elles ne sont définitivement que de la cosmétique.


Nino

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Comment sortir du piège ?

Par Pierre LARROUTUROU le 29/09/2009


C’est un chiffre inquiétant que vient de publier la Banque centrale américaine : en trois mois, la dette publique des Etats-Unis a augmenté de 520 milliards. En un an, elle a bondi de 2.000 Mds, soit 14 % du PIB. 2.000 milliards, c’est la totalité des réserves de change de la Chine. En un an, les Etats-Unis ont “brulé” l’équivalent de toutes les réserves accumulées par la Chine en vingt ans…


Quant à la Chine elle-même, c’est peu dire que son économie est instable : “88 % de la croissance vient de l’investissement. Jamais, dans aucun pays, on n’a vu une croissance aussi déséquilibrée” explique Stephen Roach, Chef-économiste de Morgan Stanley. La consommation stagne. Les exportations ne redécollent pas. 37 millions d’emplois ont été détruits en six mois… Pour éviter un effondrement de la croissance, le gouvernement chinois a ouvert tout grand les vannes du budget et du crédit. A court terme, cette politique a permis d’éviter un effondrement de l’économie et une explosion sociale mais personne ne pense que cette relance peut être durable.


Le rétablissement chinois n’est ni stable, ni solide, ni équilibré” admettait le 10 septembre le Premier Ministre, Wen Jiabao. Le même jour, Xu Xionian, Professeur à la China Europe International Business School, affirmait : “Pour apaiser sa soif, la Chine a bu du poison.”


Quoiqu’en disent les adeptes de la méthode Coué, la crise n’est pas finie. Loin de là !


En 1929, la Banque centrale américaine avait aggravé la crise en fermant tous les robinets du crédit. Depuis deux ans, au contraire, gouvernements et banques centrales ont ouvert tout grand les vannes. Cette politique était nécessaire mais elle est totalement insuffisante.


“Le plan Paulson est une transfusion sanguine à un malade souffrant d’une hémorragie interne” affirmait Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, en octobre 2008. Un an plus tard, rien n’a changé : on transfuse le malade à coup de trilliards de dollars sans soigner “l’hémorragie interne”. Soigner l’hémorragie devient pourtant une priorité absolue car nous ne pourrons pas continuer longtemps à accumuler des déficits publics pharaoniques.


Depuis qu’a commencé la crise, c’est uniquement grâce à la confiance de tous les acteurs dans la solidité financière des Etats, qu’on a évité l’effondrement du système : il y a un an, quand Paulson annonce qu’il met 700 milliards sur la table, quand Merkel, Brown et Sarkozy en annoncent 400, nul ne doute que les Etats-Unis, l’Allemagne ou la France sont effectivement capables de trouver ces sommes considérables. En quelques jours, la confiance revient sur les marchés.


Mais depuis quelques semaines, à mesure que sont rendu publics de gigantesques déficits publics aux quatre coins de la planète, le doute s’installe sur la capacité qu’auront les Etats-Unis, le Japon ou la France à honorer leurs dettes dans dix ou vingt ans. Il y a quelques semaines, l’Allemagne voulait placer sur les marchés financiers quelques 6 milliards de bons du trésor. Elle n’est pas parvenu à placer l’intégralité de la somme. Que se passera-t-il si la confiance dans la solidité financière des états diminue ou disparaît ? Que se passera-t-il si, dans quelques années, nos gouvernements sont étranglés par le poids des intérêts de la dette et ne peuvent plus financer certaines dépenses courantes ? Nous subirons une crise qui échappera à notre contrôle et dont nul ne peut prévoir l’extrême gravité.


Peut-on soigner une gueule de bois avec un double whisky ? Peut-on sortir de la crise de la dette en accumulant plus de dette encore ? Dans tous les pays occidentaux, beaucoup s’alarment aujourd’hui de la fuite en avant des finances publiques mais tous ont conscience que, dans l’état actuel de nos économies, stopper les déficits amènerait à replonger dans une récession profonde… Alors que choisir ? La peste ou le choléra ? Sombrer dans le gouffre de la récession ou foncer dans le mur de la dette ? Telle est la question que les dirigeants du G20 n’ont pas voulu débattre en public mais c’est bien le dilemme qui les empêche de dormir.


Pour sortir du piège avant qu’il ne se referme sur nous, il est fondamental de comprendre où est “l’hémorragie interne” dont parle Stiglitz : pourquoi, dans tous nos pays, l’économie tombe-t-elle en récession si on cesse d’augmenter la dette ? Pourquoi nos économies sont-elles “accros” à la dette ? Comment les sevrer ?


C’est en observant l’évolution de la dette aux Etats-Unis sur les 50 dernières années qu’on comprend les causes profondes de cette addiction. Jusqu’en 1981, jusqu’à la victoire de Ronald Reagan, le ratio dette/PIB était parfaitement stable.

Dette totale des USA ©Nouvelle Gauche


L’économie n’avait pas besoin de dette pour croître régulièrement. Des règles collectives assuraient une progression régulière des salaires et un partage équitable de la productivité entre salariés et actionnaires. Ces règles collectives (ce « compromis fordiste ») ont permis aux Etats-Unis et à l’ensemble des pays occidentaux de connaître 30 ans de stabilité. Sans dette.


Mais, en 1981, Ronald Reagan arrive à la Maison blanche. Les libéraux baissent les impôts sur les plus riches, ce qui favorise la dette publique. La dette augmente surtout parce que les politiques de dérégulation amènent à la baisse de la part des salaires dans le PIB. C’est à partir de là que des millions d’Américains commencent à s’endetter pour maintenir leur niveau de vie.


Les Etats-Unis ne sont pas une exception : dans l’ensemble des 15 pays les plus riches de l’OCDE, la part des salaires représentait 67 % du PIB en 1982. Elle ne représentait plus que 57 % en 2007.


Sans doute la part des salaires était-elle un peu trop élevée, à la fin des années 70 dans certains secteurs, mais 10 points de chute, c’est colossal. Ce déséquilibre du partage entre salaires et bénéfices a provoqué une euphorie croissante des marchés financiers : en 25 ans, pour ces 15 pays de l’OCDE, ce sont plus de 35.000 milliards de dollars qui sont allés aux actionnaires alors qu’ils seraient allés aux salariés si on avait gardé le partage salaires/bénéfices de la fin des années 1970. Plus de 35.000 milliards ! On comprend que certains aient perdu tout sens de la mesure…

Part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises - © Nouvelle Gauche


Mais cette baisse de la part des salaires a évidemment un effet négatif sur la consommation des ménages.

En juillet 2003 déjà, dans son rapport annuel, la Banque des Règlements Internationaux, la “Banque Centrale des Banques Centrales”, soulignait le risque d’une récession mondiale par manque de consommateurs : de même qu’un avion doit aller assez vite pour que la portance de ses ailes lui permette de rester en altitude, de même une “société de consommation” doit donner suffisamment de revenus aux consommateurs pour qu’ils puissent consommer. Quand la part des salaires diminue trop fortement, c’est l’ensemble de l’économie qui risque de s’effondrer comme un avion dont la portance n’est plus suffisante.


Pourquoi ?

Comment expliquer la baisse historique de la part des salaires ? Est-ce la faute des “actionnaires qui sont trop gourmands” ? Depuis qu’existe le capitalisme, les actionnaires ont toujours été gourmands : un actionnaire prend un risque quand il apporte du capital à une entreprise et, si l’entreprise prospère, il préfèrera toujours avoir le taux de retour le plus important possible. La nouveauté de ces vingt dernières années, ce n’est pas que les actionnaires soient gourmands, c’est qu’ils aient pu obtenir ce qu’ils voulaient car la négociation avec les salariés était de plus en plus déséquilibrée.


Dans tous nos pays, la peur du chômage a fortement déséquilibré la négociation sur les salaires : “Si tu n’es pas content, tu peux aller voir ailleurs.” Avant même qu’éclate la crise des subprimes, il y avait au Japon 32 % d’emplois précaires. Avant même qu’éclate la crise, il y avait en Allemagne 4 millions de chômeurs et 6 millions de petits boulots. Il y avait aux Etats-Unis tellement de bad jobs à 10 ou 15 heures par semaine que la durée moyenne du travail était tombée à 33,7 heures (Source Economic Report of the President 2006).


Dans ce contexte de chômage de masse, puisque l’on a supprimé ou diminué les régulations collectives mises en place après la crise de 1929, quel(le) salarié(e) peut négocier une augmentation de salaire ? Qui peut refuser un surcroit de travail ? Qui peut “donner sa démission” en espérant trouver assez vite un autre emploi ? “Si tu n’es pas content, tu peux aller voir ailleurs.” Dans tous nos pays, la peur d’être bientôt au chômage est dans toutes les têtes. Cette peur a profondément déséquilibré la négociation sur les salaires et la part des salaires est tombée à un plus bas historique. Pendant des années, le système n’a fonctionné que parce qu’on distribuait par la dette le pouvoir d’achat qu’on ne donnait pas en salaire…


“Les Français sont prêts à entendre la vérité” aime à dire Nicolas Sarkozy. Eh bien chiche ! Voilà la vérité : la crise de la dette n’est pas un incident de parcours dû à l’inconscience de quelques traders isolés. Pour garantir aux actionnaires des bénéfices colossaux tout en assurant un haut niveau de consommation de l’ensemble de la population, le néo-libéralisme a structurellement besoin chaque année d’un endettement plus élevé ! Pendant 25 ans, cette fuite en avant a été très rentable pour les actionnaires et les banquiers mais aujourd’hui, cette fuite en avant nous amène dans le mur !


Les racines de la crise financière, c’est 30 ans de crise sociale ! C’est à cause du chômage que la part des salaires a tant diminué. C’est à cause du chômage que nos économies ont tant besoin de dette. C’est seulement en donnant au plus grand nombre un vrai emploi et une vraie capacité de négocier des augmentations de salaire que l’on sortira de la crise. Le chômage n’est pas seulement une des conséquences de la crise. Il en est l’une des causes premières. Pour “sortir du piège”, pour stopper “l’hémorragie”, il faut s’attaquer frontalement au chômage.


Hélas, deux ans et demi après son arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy n’a toujours rien fait d’utile dans ce domaine. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il annonce un Grenelle, un Grand Plan ou une Grande Mobilisation… mais contre le chômage, il n’a encore rien fait ! Le nombre de chômeurs a augmenté de 500.000 en un an (C’est du jamais vu depuis la deuxième guerre mondiale !) mais l’hyper-Président continue de regarder ailleurs…


Pourtant, dans ce domaine, pas besoin de réunir un consensus au G20 pour agir : le Danemark et les Pays-Bas ont montré avec les accords de Wassenaar qu’on pouvait, au niveau d’un pays, construire un nouveau contrat social et diviser par deux le chômage. Pourquoi Nicolas Sarkozy qui passe son temps à « exiger des résultats concrets» au niveau international, ne se fixe-t-il à lui-même aucun objectif concret dans ce domaine ?



Pierre LARROUTUROU est membre du Conseil National du PS et président de Nouvelle gauche.



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TDF : un exemple édifiant de LBO
(Leveraged Buy Out)

Par Nouvelle Gauche le 21/09/2009

Les LBO en France

Les LBO (Leveraged Buy Out) concerneraient en France plusieurs milliers d’entreprises et un nombre d’emplois estimé à plus de 1 millions (7% des emplois d’après le journal Marianne). Le mécanisme est simple : un investisseur achète une société en s’endettant et rembourse le crédit en pressurisant la société achetée au détriment des investissements d’avenir, des conditions de travail des salariés et des emplois.


TDF un exemple éclairant

Un exemple très éclairant de ce type de mécanismes nous est donné par la société TDF (Télédiffusion de France). La description de ce cas, extrait d’une lettre ouverte au Président de la république de la part des salariés, est parfaitement éloquente et suscite la révolte de chacun face à des pratiques absolument insupportables.


Que faire ?

Nouvelle Gauche se propose de faire avancer la question de la limitation très stricte des LBO de manière à faire disparaître les pratiques antisociales qui jouent contre tous. C’est d’autant plus urgent qu’avec la crise, les LBO contribuent à la crise du crédit qui est l’une des racines profondes de la crise actuelle.




Extrait :

TDF est aujourd’hui une société privée à capitaux essentiellement américains (Texas Pacific Group 42% des parts), la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations) détient néanmoins 24%.

Cette entreprise a un caractère hautement stratégique et il n’est pas concevable qu’elle puisse disparaître ou se déliter en raison d’une absence de vision industrielle de l’actuelle gouvernance. La direction elle-même est en prise avec une logique de court terme et uniquement financière, dictée par les acteurs du second LBO. L’absence de perspective industrielle du plan proposé par la direction est alarmante et vous devez savoir qu’elle ne peut conduire qu’à des pertes de savoir faire considérables. Ce déficit aura pour conséquence à terme, une importante dégradation de qualité dans la diffusion de la radio et la télévision en France, mais aussi dans les transmissions de l’armée, de la gendarmerie, de la sécurité civile, des pompiers et de la téléphonie mobile.

Issue de l’ORTF, TDF est une entreprise performante, avec des équipes de salariés qui ont permis de créer en France un des meilleurs réseaux hertziens au monde pour la radio et la télévision. Malheureusement, TDF vendue par France Telecom, a fait les frais de deux LBO successifs. Depuis 2001, TDF a amélioré sa productivité mais a aussi souffert d’une gestion à courte vue, où l’on a préféré une rentabilité immédiate et supprimé la recherche et le développement.

Le deuxième LBO a été à cet égard catastrophique, en endettant lourdement l’entreprise pour poursuivre une utopique croissance à 2 chiffres. Aujourd’hui cette bulle éclate et on se rend compte qu’une belle entreprise comme TDF, à très fort potentiel technique et à caractère hautement stratégique, perd peu à peu son savoir faire à travers des licenciements continus de personnels proches de l’âge de la retraite.

Les actionnaires, dans une perspective de valorisation à court terme et inquiets des retards sur les marchés éventuels de la TMP (Télévision Mobile Personnelle) et la RNT (Radio Numérique Terrestre) ont commandité un audit dont les conclusions sont la nécessité d’un dégraissage d’un quart des effectifs d’ici 18 mois (550 emplois qui représentent 41M€ d’économie !).

Ces montages LBO spolient tout à la fois l’état (l’entreprise ne paye pas d’impôts) et les salariés. Même si TDF et ses salariés n’ont en rien démérité, la croissance irréaliste demandée par les actionnaires pour rembourser les prêts liés au second LBO n’est évidemment pas au rendez vous. Les marges n’ont cessé de baisser et on peut dire qu’aujourd’hui TDF offre le meilleur rapport qualité prix sur le marché de la diffusion. La concurrence est sévère et TDF est loin de gagner tous les appels d’offre que ce soit en TV comme en Radio. Les clients en difficulté en raison de la baisse du marché publicitaire ou en raison de leur restructuration (radio et TV publique) font pression pour que les prix baissent. Ils ne se rendent pas compte qu’à ce jeu là, ils vont à terme payer beaucoup plus cher pour une qualité de service nettement moins bonne.

De plus, dans un marché réellement concurrentiel, l’ARCEP a estimé devoir maintenir la régulation des prix au premier avril, ce qui rogne encore un peu plus la marge de manœuvre de TDF déjà bien englué dans la dette du LBO. Vous pourrez obtenir des données précises sur les finances de TDF auprès de la CDC.

L’aveuglement de la direction de TDF à n’envisager que les business plan sur la TMP et la radio numérique n’a pas permis de diversifier assez les activités pour permettre une transition sereine et ainsi absorber le choc de la fin de la diffusion analogique. Un quarteron de polytechniciens à la tête du quel on trouvait Michel Combes imaginait doctement que l’état ne pourrait pas tenir sa promesse d’éteindre l’analogique en 2011 mais en 2013 et une fois de plus ils se sont trompés.

D’ailleurs, Michel Combes n’a pas attendu cette débâcle et s’est réfugié chez Vodafone, se flattant d’une belle croissance externe notamment avec le rachat de Média & Broadcast.

Patrick Babin, administrateur directeur général de TDF, coincé par les actionnaires qui ont sans doute tous connu quelques contre performances en ces temps de crise financière, se retrouve acculé à optimiser des paramètres financiers dans une logique qui ne peut conduire qu’à une contraction récessive et nuisible de cette belle entreprise, financée initialement par l’effort des contribuables français, décidément doublement spoliés.

Les logiques de court terme liées au LBO conduisent les entreprises à la catastrophe tout comme les subprimes ont conduit des particuliers américains à dormir dans la rue. Les entreprises de hautes technologies ont besoin d’investissements de long terme pour conduire les réussites pérennes de l’avenir, ainsi la TNT est une œuvre qui s’est in fine construite sur vingt ans. Aujourd’hui avec ce genre d’investisseurs et de dirigeants on ne pourrait plus inventer le mp3 !

Au delà de ce triste constat, il est encore temps d’agir et il faut aujourd’hui que l’état intervienne pour favoriser par exemple, la reprise de TDF par un groupe à vocation industrielle, ou directement par une nationalisation, afin de permettre la sortie de ces financements LBO. L’Etat y trouvera sur le long terme un intérêt financier, à travers la CDC et parce que TDF paiera des impôts. TDF est aussi une entreprise européenne qui détient son homologue Allemand « Media & Broadcast ».

Il y a donc aussi un enjeu avec nos partenaires Allemands qui n’apprécieront sûrement pas d’être associés à une débâcle de la maison mère. Même remarque pour nos autres filiales, DIGITA (Finlande) Antenna Hungaria (Hongrie), Alticom (Hollande).

Enfin, une telle action assurera la qualité des réseaux français de radiodiffusion, il n’est pas concevable qu’à l’ère du tout numérique, la France échoue dans ce domaine parce que des actionnaires cupides et une direction inopérante ont joué au casino.

Il est dans l’intérêt de tous de trouver une solution à cette impasse financière et sociale dans laquelle TDF est malheureusement engagée.



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Chômage : nouvelle hausse

Par Thomas MAZIERE le 04/09/2009

Le taux de chômage au sens du BIT a poursuivi sa hausse au deuxième trimestre, s’établissant à 9,1 % sur la seule France métropolitaine. Entre avril et juin, 19.000 personnes ont connu du chômage partiel.



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