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Crise financière, crise économique : comprendre pour agir
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Archives 'Expression militante'

Communiqué du syndicat des médecins généralistes

Par Bertrand LAFORGE le 19/09/2011

 

Rapport de la Cour des Comptes – Médicament-France.

source : Le syndicat des médecins généralistes

Un rapport de la Cour des Comptes, c’est important, on en parle dans la presse et au parlement…Un rapport qui parle des comptes sociaux de la nation, plus encore. Sujet sensible. La semaine passée, les commentateurs n’ont pas manqué, comme d’habitude, de désigner les prescripteurs comme responsables de l’évidente dérive…

Dès les premières pages du chapitre de ce rapport sur le médicament (Chapitre IV), cependant, l’aveu est lâché : Non, le nombre de lignes de prescriptions n’augmente pas en France sur les vingt dernières années. C’est clairement le prix par ligne de prescription qui augmente ! Et qui donc fixe les prix des médicaments en France ?

Trente six milliards d’euros, c’est le budget « médicament » annuel en France, dont 27 milliards remboursés par l’assurance maladie. Si l’on tient compte du fait que le prix moyen des médicaments à augmenté deux fois plus vite que l’inflation sur la même période(1), on comprend que plus de discernement dans les AMM* accordées à des médicaments « me-too* » et une fixation des prix basée uniquement sur des considérations de santé publique et des niveaux d’ASMR* correctement évalués, auraient permis des économies considérables.

Au regard du peu de vraies innovations médicamenteuses dans les vingt dernières années, des politiques de santé publique cohérentes auraient permis des économies de plusieurs milliards d’euros même s’il est clair que les vraies innovations thérapeutique sont chères : elles sont rares et de surcroît ne concernent ces dernières années que de petits nombres de patients, hélas.

Une récente thèse de MG(2) montre clairement à quel point le lobbying de l’industrie pharmaceutique tient les rennes des agences sanitaires chargées d’éditer les recommandations de pratique médicale, à quel point les leaders d’opinion du monde médical sont également contrôlés largement par les firmes. Ajoutez à cela une absence de vision de la santé publique dans l’action de l’Etat et une opacité du processus de fixation des prix des médicaments remboursables, tous les ingrédients d’une augmentation démesurée du budget médicaments sont réunis. Non, les Médecins ne sont pas les seuls à être ciblés par le marketing des industriels du médicament.

Pourquoi alors mettre en première ligne de mire les prescripteurs ? « Ils prescrivent trop, ils prescrivent mal, il faut les encadrer, il faut dé-rembourser les « petits médicaments » du soin de premier recours, il faut transférer plus de charge sur les assurances complémentaires pour décharger l’assurance maladie solidaire »…

Et pourquoi ne faudrait-il pas réviser les AMM de médicaments aux marchés très profitables mais qui n’apportent rien à la santé publique comme le sont certains anti-inflammatoires soi-disant modernes, certains anti- hypertenseurs qui n’ont de « nouveau » que le nom, certains médicaments hypo-lipémiants dont les indications ont été indûment élargies, certains médicaments pour les patients déments dont il est clairement démontré que leur balance bénéfice-risque est défavorable au regard d’une efficacité minime ou inexistante ? La liste est longue de ces médicaments pour lesquels rien ne justifie un prix élevé, tant leur usage même est peu défendable !

Les Médecins Généralistes sont d’autant moins enclins à accepter d’être mis en cause pour expliquer la dérive des dépenses médicamenteuses en France, qu’ils savent bien n’être pour rien dans cette gabegie : Ils savent ne rien retirer de la manne financière que ce budget représente, eux qui n’ont que très exceptionnellement des liens d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique. Ils savent bien également que cinq milliards économisés sur ce budget pour être affectés à leur donner des moyens pour exercer mieux, leur permettraient de moderniser leurs cabinets et d’embaucher du personnel pour améliorer la qualité du service rendu à leurs patientèles. Ils savent en outre que c’est à leur niveau, au niveau de la Médecine de proximité, du premier recours, qu’on peut améliorer le niveau de santé de la population.

L’investissement nécessaire et urgent dans les soins de proximité, il est évident qu’on peut le faire sans dépenser un sou de plus si on ferme courageusement le robinet des prébendes et des trafics d’influence qui enrichissent un petit nombre au dépends de la santé de tous !

Les Médecins Généralistes ne peuvent accepter d’être mis à l’index de la société d’une manière aussi injuste, arbres cachant une forêt de profits indus de quelques « happy-few ».

Les Médecins Généralistes vont prendre à témoin la population de ce mauvais procès qui leur est fait et qui au-delà des MG, atteint bien évidemment les malades !

IL faut que cela cesse et à l’heure du choix du prochain Président de la République, il conviendra que les candidats se positionnent clairement sur ce sujet.

Dr JC Nogrette.

Président de MG Limousin

(1) Rapport de la Cour des Comptes de septembre 2011, « La Sécurité Sociale » chapitre IV, Le Médicament, p 111 et suivantes.

(2) Thèse de Médecine Générale du Dr L.A.Delarue, publiée en 2011.

AMM : autorisation de mise sur le marché, pour les médicaments et dispositifs médicaux.

ASMR : amélioration du service médical rendu par les nouveaux médicaments, noté de 1 à 4 selon que le médicament est un grand progrès ou un progrès mineur. La note est délivrée par la Haute Autorité de Santé. L’immense majorité des ASMR reconnues sont des ASMR 4 traduisant le peu de progrès thérapeutique dans les dernières années.

Me-too : anglicisme de signification littérale évidente : pour les médicaments, il s’agit de pseudo-nouveautés dont la principale utilité est d’élargir un marché saturé sous le masque d’une nouveauté factice.

 

 

lutter contre le monstre doux : de la culture de masse au populisme de masse ?

Par Nouvelle Gauche le 10/10/2010

Une convergence des populismes européens semble se dessiner sous nos yeux à l’occasion de la triste affaire de la stigmatisation des communautés Roms, et des parallèles troublants avec des évènements du passé font craindre que des temps sombres se préparent pour l’Europe.


Le débat sur la qualification historique des phénomènes de stigmatisation des Roms a enflammé les passions. Néo-fascisme, phénomène populiste, signe d’une République en danger, d’un Etat de droit en recul, d’une banalisation de la haine ordinaire, rappel du passé douloureux de l’Europe pendant la seconde guerre mondiale ? S’il faut certainement se garder de toute tentation anachronique et refuser les raccourcis historiques, il semble cependant que peu importe véritablement la qualification historique de ce qui se passe, quand tout le monde s’accorde à dire qu’il se passe quelque chose d’inquiétant politiquement…


Mais que se passe t il exactement ? Aux sources de l’inquiétude :  les rapports dangereux entre Culture de masse et Populisme de masse


Un ouvrage récent du linguiste italien Raffaele Simone, « le monstre doux », analyse les dérives populistes européennes comme un phénomène plus global lié à « l’air du temps », à l’apparition d’une « culture de masse », «d’un « paradigme culturel attirant et affable » dont « la survalorisation du fun, la recherche effrénée de consommation, la carnavalisation de la vie », « le processus continu de substitution du vrai par le faux, l’infantilisation générale », seraient les éléments saillants…l’attraction très large pour ce nouveau « despotisme culturel » exacerberait les impulsions égocentriques, le refus de trop penser, conduirait à une indifférence envers l’intérêt général, le bien collectif, les comportements vertueux…autant d’indices qui seraient le signe « d’une désorientation de l’homme de gauche » , provoquant une apathie généralisée, une absence de réaction sur la xénophobie ou la stigmatisation de l’autre…


Cette analyse rappelle les propos de Gilles Lipovestski qui écrit depuis 20 ans sur le recul des vertus publiques, l’exacerbation de la sphère privée et de l’individualisme lié à de nouveaux modes de consommation économiques et culturels…

La nouveauté du propos est de relier cette culture de masse triomphante aux populismes droitiers modernes…de considérer donc que la culture de masse, loin de seulement modifier les comportements individuels, trouve une traduction politique populiste.


Quand on regarde le profil personnel d’un Silvio Berlusconi, homme de la vulgarité télévisuelle incarnée, quand on s’intéresse aux préférences culturelles affichées par l’homme Nicolas Sarkozy, sa fascination pour Johnny Halliday, pour les vedettes de variété, ses réticences face à une œuvre littéraire comme « la princesse de Clèves », on se dit que la thèse du despotisme culturel peut surement trouver des incarnations possibles dans certains leaders politiques européens adeptes de la culture de masse…Comme si un populisme de masse ne pouvait fleurir que sur le terrain fertile d’une sorte de nouvel opium…


Mais le pessimisme foncier d’un Lipovetsky ou d’un Simone, qui peut faire écho à la traditionnelle critique marxiste de la Culture comme instrument de l’asservissement des masses, est à relativiser au regard des réactions des citoyens européens qui se mobilisent pour dire leur inquiétude et leur refus des stigmatisations ces derniers jours.


Un pessimisme culturel à relativiser, des indignations nécessaires aux actions politiques à mener pour faire reculer les stéréotypes :


La très large médiatisation des stigmatisations des Roms, à l’échelle française ou européenne, semble provoquer des réactions salutaires : d’abord des indignations légitimes venues de la gauche républicaine ou de la Commission européenne, réactions nécessaires mais pas suffisantes.


La gauche a toujours été « indignolatre » sans forcément être efficace sur les débouchés politiques naturels de cette indignation : c’est tout l’échec politique de l’anti racisme en France face au FN, qui n’a pas empêché le coup de tonnerre de 2002 malgré prêt de 20 ans de mobilisation sur le mode du « F comme Fasciste, N comme Nazi »…


La commission européenne, gardienne traditionnelle des traités, aujourd’hui gardienne d’une forme de moralité publique, reste néanmoins une institution perçue largement comme éloignée des préoccupations des citoyens européens, et on perçoit qu’une procédure juridique lancée contre la France au sujet de la circulaire sur les expulsions de Roms, mettrait du temps à aboutir, et risquerait de se perdre dans les sables des procédures juridiques sans fin, une fois l’indignation passée…


Il faut donc aller au-delà des indignations légitimes et trouver des moyens d’actions politiques concrets : Dans l’immédiat, l’Eglise, la Cimade, des associations culturelles ou citoyennes agissent déjà sur le terrain, en France, pour protéger les communautés de Roms dans l’hexagone.


Sur le plus long terme, les réseau culturels français et européens, à l’échelle nationale et internationale, auraient les moyens d’agir sur la défense des cultures minoritaires, aurait beaucoup à apporter dans l’interrogation des stéréotypes culturels autour des Roms, en brisant les représentations vieilles comme le monde de voleurs de poules et de maraudeurs, en restituant donc au nomadisme, sinon sa noblesse, au moins sa dignité.


La lutte contre le populisme peut donc également être une lutte culturelle, une lutte de fond et de longue haleine, sur les représentations culturelles et les stéréotypes…voilà un moyen de résister au « monstre doux »…c’est un combat difficile, de David contre Goliath, tant les industries culturelles aujourd’hui sont de véritables rouleaux compresseurs aux moyens d’actions gigantesques…tant la xénophobie trouve sa source dans la nuit des temps…


Mais malgré la difficulté de ce combat, nous devons certainement, comme Thomas d’Aquin, continuer à allumer les lumières de la raison dans la nuit des passions… Au risque que l’ombre gagne peu à peu…


Hugo Compagnon

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Lettre ouverte à R. Bachelot par H. Guillaumot

Par Nouvelle Gauche le 07/08/2010

Hervé Guillaumot, médecin et maire à Saint-Dizier Leyrenne, vient d’expédier une lettre ouverte à Roselyne Bachelot à propos de la fermeture du service de radiothérapie de l’hôpital de Guéret.


« Madame, J’ai bien reçu le courrier du directeur de l’Agence régionale de santé du Limousin rappelant, entre autre, que la décision de fermeture de la radiothérapie du Centre hospitalier (CH) de Guéret reposait sur “une volonté de proposer un niveau de sécurité optimale à tous les patients creusois”.


Le courrier évoque les “analyses des sociétés savantes reprises par la réglementation” comme motivation de cette décision, sans citer la moindre référence concernant ces analyses ou les travaux qui les soutiendraient.


« J’ai bien évidemment cherché sur Internet et en particulier sur le site de l’Institut Nationale du Cancer : j’ai pu retrouver les recommandations, mais nulle part je n’ai trouvé d’allusion à un travail de recherche qui aurait démontré que la sécurité des patients nécessitant une radiothérapie est moindre dans un CH comme Guéret, que dans les centres plus importants.


J’ai un moment espéré trouver une réponse dans le gros travail de recensement de l’Observatoire National de la Radiothérapie, mais celui-ci n’analyse pas les résultats des centres en termes d’efficacité thérapeutique et de sécurité des malades, et n’offre aucune possibilité de comparaison.


J’ai donc la désagréable impression qu’il n’existe aucun travail scientifique étayant les recommandations reprises dans les décrets. Celles-ci reposent donc uniquement sur des “accords professionnels”, considérés par la communauté scientifique, en termes de niveau de preuve (c’est-à-dire de degré de certitude) comme encore inférieur au niveau de preuve le plus bas.


En d’autres termes, alors que vous nous affirmez avoir pour unique souci la sécurité des malades, vous vous basez sur le niveau de certitude scientifique le plus bas qui existe pour prendre une décision qui va contre le sentiment unanime d’une population, de ses élus et des professionnels de santé concernés !


Quand je pense, en tant qu’élu municipal, aux études d’impact qu’on impose aux collectivités locales lorsqu’elles envisagent des travaux d’aménagement, je me dis qu’il y a vraiment deux poids deux mesures ! »


Plus concrètement, concernant la radiothérapie du CH de Guéret : soit vous nous montrez des travaux solides démontrant la réelle baisse de sécurité pour les patients y ayant recours (si nécessaire en faisant effectuer les recherches nécessaires, mais cela implique de rouvrir le centre avec un protocole d’études), soit vous persistez et nous serons en droit de penser que derrière le souci affiché de la sécurité se cachent d’autres motivations, moins avouables.


Mais alors, les Creusois auront la preuve que vous, Madame la Ministre, vous leur avez menti ».

 

Protégé :
Vent de gauche sur la pensée critique

Par Nouvelle Gauche le 10/07/2010

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Sarkozy ne comprend vraiment rien…
et cela dure

Par Bertrand LAFORGE le 17/03/2010

Alors que nous connaissons une augmentation drastique du chômage, en France mais aussi partout dans le monde, Nicolas Sarkozy a réaffirmé ce 14 janvier son opposition frontale à la notion de partage du travail.  ”Nous avons mis fin au carcan des 35 heures” a-t-il affirmé,  mais où sont les résultats bénéfiques de cette “nouvelle” politique ?


Dans tous les pays du monde occidental (même là les 35 h n’ont jamais existé !), on observe le même phénomène : malgré le développement technologique et l’innovation censés d’après les libéraux créer de nouvelles activités et préparer les emplois de demain, le nombre d’heures travaillées diminuent régulièrement avec le temps. L’émergence de secteurs gigantesques comme l’informatique, l’électronique ou la robotique ont détruit au final beaucoup plus d’heures de travail qu’ils n’en n’ont créé. C’est un fait comme le montre la figure ci-dessous tirée d’un rapport de l’OCDE de 2001 :

Par ailleurs, la population mondiale a dans le même temps cru dans une proportion très importante (à un taux de croissance de 1.2% à 2.2% par an depuis 1950 comme le montre la figure suivante compilant les données du US Census Bureau).


Fichier:World population increase history.svg


Au cours du XXème siècle, l’augmentation de la productivité du fait des progrès technologiques et d’organisation des unités de production n’est jamais compensée par la croissance de l’activité. Il n’y a pas de changement qualitatif sur ce point avec le siècle que nous entamons.  Par ailleurs, ce problème est rendu d’autant plus aigu avec la croissance démographique que nous connaissons qui apporte un nombre d’actifs en nette augmentation alors que la consommation n’augmente pas dans les mêmes proportions.


Par ailleurs, l’augmentation continuelle de la consommation de biens matériels est elle-même un leurre dans un monde aux ressources naturelles finies.


Alors Monsieur Sarkozy, qu’avez-vous à répondre à ces arguments ? Quand sortirez-vous du credo  ”la croissance = solution au chômage de masse” et quand passera-t-on au crible d’une analyse solide les résultats de la politique que vous avez menée ?


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La croissance est-elle la solution au chômage ?

Par Fredback le 09/03/2010

« La panne d’emploi que subit l’Europe est avant tout due à une situation de croissance ralentie, entretenue par des politiques « de l’offre », incapables de relancer l’investissement et de préserver la consommation populaire1 ». Telle est la position officielle du Parti socialiste sur la question de l’emploi. La croissance en berne serait la principale responsable du déclin du travail. Une opinion largement partagée par la classe politique, les divergences se situant sur les moyens de relancer la croissance. Mais le bon sens apparent du diagnostic ne cache-t-il pas une ignorance des enjeux économiques de notre époque nous privant des moyens d’y répondre ?


logo-ps-erreur1De « l’offre » ou « de la demande » ? Il faut, assurément, renouer avec une politique de soutien « de la demande ». La preuve n’est plus à faire. Toutes les politiques qui ont tout misé sur une relance par « l’offre » ont échoué. Le Japon, qui n’est pourtant pas en reste pour les investissements dans « l’économie de la connaissance », en a fait la cruelle expérience avec l’effondrement de sa consommation intérieure. Sans le soutien de son marché intérieur, aucun pays ne peut maintenir le développement indispensable à sa prospérité. Ce n’est pas seulement une question de logique économique mais, malheureusement aussi, un impératif relevant d’une nécessité vitale pour des millions de foyers qui ne peuvent joindre les deux bouts. 17 % de la population européenne est déjà touchée par la pauvreté2 et la faute n’en revient pas, comme le prétend la droite, au « taux d’emploi » qui est trop faible parce que le prix du travail empêche les entreprises d’embaucher. La part des salaires dans le PIB s’est effondrée de 11 points depuis 1982 et les inégalités entre les salaires se sont considérablement accrues, n’en déplaises aux observateurs sourcilleux. On peut toujours ergoter sur le niveau trop élevé de la part des salaires en 1982, il n’en reste pas moins, au bas mot, 5 points à retrouver. Quant à la rémunération des revenus, le rapport entre le salaire ouvrier moyen et le salaire patronal est passé de 1 pour 30 à 1 pour 300 et « les PDG ne sont pas toujours les mieux rémunérés. Un certain nombre de très hauts cadres peuvent recevoir des émoluments encore supérieurs, jusque 400 ans de Smic3 ». Un déséquilibre fidèlement reflété par le revenu fiscal déclaré des 90% de la population française la plus pauvre en augmentation de seulement 4,6 % entre 1998 et 2006 pendant que celui des 0,01 % les plus riches augmentait de 42,6 %4. « La répartition du revenu global des ménages dans les années 2000 a retrouvé presque à l’identique sa structure… des années 205 ». Ce n’est pas « le coût du travail » qui mine la croissance mais bien la part consacrée aux revenus de la rente devenue désormais prédominante. Aussi, jusqu’où devrons-nous sacrifier nos salaires pour justifier la reprise de l’emploi ? Au contraire, redonner aux salariés le pouvoir d’achat qui leur revient en redistribuant équitablement les profits apportera assurément un regain d’activité à une consommation salutaire pour la croissance. À savoir maintenant comment le parti Socialiste compte s’y prendre pour relever les minima sociaux et les salaires, réguler les marchés financiers, légiférer sur les bonus et les stocks-options, augmenter l’impôt sur les hauts revenus et les bénéfices, interdire les licenciements boursiers ?…  Autant de mesures dont l’application doit tenir compte du contexte international. Mais la croissance est-elle la solution au chômage de masse ? Si ce n’est pas le cas, la panne d’emploi n’est toujours pas résolue. C’est ce qu’il importe de vérifier maintenant.


Croissance & productivité. Le taux de croissance du PIB reste pour l’instant l’indicateur officiel permettant d’observer la production de richesses dans notre pays, même si celui-ci est de plus en plus contesté6. L’indicateur de productivité horaire, quant à lui, évalue le rendement du travail par salarié. Que nous disent-ils ? Depuis trente ans, le PIB de la France a une croissance moyenne de 2,2 % tandis que la productivité moyenne se situe à  2,5 % sur la même période7. 2,5 % seulement, serions-nous tentés de dire, alors que celui-ci était de 5,7 % durant les trente glorieuses et son plein emploi pour une croissance moyenne de 5,4 %. Comme le préconise le Parti socialiste, il faudrait donc impérativement retrouver une croissance forte qui relance l’économie et améliore l’investissement dans la production afin de résorber le chômage de masse et continuer à améliorer notre compétitivité sur le marché mondial. Bien sûr nous parlons dans le cadre d’une croissance maîtrisée, respectueuse de l’environnement et armée d’une fiscalité plus juste. Une croissance qui accordera sa part légitime à l’augmentation des salaires et permettra à l’État le financement des couvertures sociales. À cette étape du diagnostic, tout invite à souscrire à la cohérence du raisonnement.


Une vérité qui dérange. Seulement la réalité économique vient parfois contrarier les scénarios les mieux rodés. D’abord nous constatons qu’entre 1978 et 1994 l’emploi durable a essentiellement stagné malgré une augmentation du PIB de 40 %. Ensuite la courbe de croissance du PIB depuis les années cinquante suit la courbe tendancielle de la productivité. Les causalités en sont claires : les entreprises dont les capacités de production sont proches de la saturation (toutes les machines sont en service) investissent quand l’augmentation de la consommation est durable. Inversement quand la croissance décline, l’entreprise restreint ses investissements. Investir en régime capitaliste signifie améliorer le rendement du travail pour augmenter ses marges bénéficiaires. Suivant cette règle immuable, plus nous créons de richesses, plus la productivité augmente et moins les entreprises ont besoin de travail humain pour les produire.

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Il suffit de considérer quelques chiffres pour s’en convaincre. La baisse tendancielle du taux de croissance n’a pas empêché la révolution industrielle commencée après guerre de poursuivre sa route. Le coefficient est plus petit certes, mais le volume de la production bat des records. Entre 1840 et 1960 la productivité a été multipliée par deux, depuis elle a été multipliée par plus de cinq. La difficulté à soutenir une poussée aussi forte du taux de productivité relativise quelque peu son infléchissement depuis les années soixante-dix. Quoi qu’il en soit, entre 1995 et 2002, la production industrielle globale a augmenté de 30% et la productivité a crû de 4,3 %8, tandis que chaque année, l’emploi industriel a chuté dans toutes les régions du monde jusqu’à perdre 31 millions d’actifs. Rien que sur les 6 dernières années, l’industrie française a perdu 476.000 emplois9, et cela avant la crise des subprimes, alors que la production industrielle n’a cessé d’augmenter sur le territoire national jusqu’en 2008. Partout la productivité a détruit plus d’emplois qu’elle n’en a créé.

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Au bout de trente ans, nous produisons, en France, 76% de plus avec 10 % de moins de travail humain. Alors la France championne du monde de la productivité ? Oui, si l’on en croit les sources du BIT, du moins entre 1980 et 2006, elle arrive en tête du classement : Allemagne + 1,4 %, Etats-Unis + 1,7 % et la France + 2,2 %. Pourtant les entreprises américaines ont investi plus de 1000 Mds de dollars dans l’informatique dans les années 80 et la France a eu un gain de productivité supérieure. Voilà qui contredit le manque de compétitivité de notre économie. Parallèlement le baby boom et le travail des femmes ont augmenté la population active de 23 %. Il s’est créé un déséquilibre profond entre la demande et l’offre de travail qui explique la persistance du chômage malgré les 2,7 millions d’emplois créés dans le secteur privé depuis 30 ans.

Par conséquent, peut-on toujours miser sur le retour de la croissance comme principal levier pour résorber le chômage ? Début 2009, les industriels indiquaient un taux d’utilisation des capacités de production de 71 % selon l’I.N.S.E.E. Cela veut dire que si nous augmentons de 30 % la production marchande, il ne sera créé que très peu d’emplois (les quelques postes liés à la mise en route du matériel inexploité et à l’approvisionnement). Par contre, ce sera un encouragement pour les entreprises à investir dans la rationalisation de leur outil de production afin de rester concurrentielles, et les technologies actuelles leur offrent de belles marges de progression. Renouer en France avec, ne seraient-ce que, les 5 % de productivité des 30 glorieuses ne fera qu’accélérer l’exclusion du monde du travail pour des milliers de salariés comme elle a fait en son temps reculer le nombre d’heures travaillées.


Un schéma de pensée dépassé. « La vielle logique qui consiste à dire que les avancées technologiques et les gains de productivité détruisent d’anciens emplois mais créent autant de nouveaux n’est plus vraie aujourd’hui10 ». La révolution informationnelle et le reengineering sont déjà en train (et plus encore à moyen terme) de réduire drastiquement la masse salariale chez les cols blancs, dans les banques, les assurances, les secteurs de la vente en gros et au détail, de la comptabilité, des centres d’appels, etc… aussi sûrement que l’automatisation a décimé les ouvriers occidentaux. Les Etats-Unis, toujours aux avant-postes de l’innovation technologique, en savent quelque chose. Ils atteignent aujourd’hui un taux officiel de 10% de chômage. Dennis Lockhart conteste ce chiffre. « Si l’on prend en compte les gens qui voudraient un emploi mais ont cessé d’en chercher un (les travailleurs dits “découragés”) et ceux qui travaillent un nombre d’heures inférieur à ce qu’ils souhaiteraient, le taux de chômage passerait des 9,4 % officiels à 16 %11 ». C’est le chiffre autour duquel oscillait le chômage aux Etats-Unis en 1940 avant que l’économie de guerre vienne sortir le pays de la dépression.
En France, la proportion d’ouvriers dans la population active a baissé de 10 points (37,5 % à 27,7 %) entre 1975 et 1998 pendant que celui des employés est passé de 23,5 % à plus de 30 %. Mais le travail à la chaîne n’a cessé d’augmenter. Il est passé de 7,5 % à 15 %, entre 1984 et 1998 dans les services et le commerce (de 20 % à 30 %  pour les personnels non qualifiés)12. La mutation de nos sociétés industrialisées se poursuit et nous ne sommes qu’aux prémisses des bouleversements annoncés.
Les pays en voix de développement sont aussi touchés par le transfert des technologies. La Chine a perdu 20 millions d’emplois en 2009  et ce n’est pas seulement le résultat de la crise financière. Le constructeur automobile chinois Dongfeng, disposant de trois bases dans la province d’Hubei et d’implantations dans l’Est et le Sud, s’est porté acquéreur de la division automatisée de camions de Volvo appartenant à Renault pour « parvenir à démontrer qu’il était capable de maîtriser semblable production13 ». La révolution industrielle s’étend rapidement vers le tiers-monde malgré sa main d’œuvre bon marché.
Les bonds technologiques sont spectaculaires et modifient en profondeur le fonctionnement des forces productives. Aujourd’hui « le nombre de transistor que l’on sait placer sur une carte électronique double tous les deux ans, à coût constant. Ce phénomène ne concerne pas exclusivement l’électronique : tous les domaines scientifiques semblent posséder le même rythme d’accélération, de manières parallèles, chacun nourrissant l’un l’autre14 ». Ce ne sera pas sans conséquence sur les techniques de fabrication, de distribution ou encore sur les opérations de service élémentaires dès que les entreprises auront procédé aux investissements nécessaires. Les grands groupes ne s’y trompent pas, « le premier qui rate une révolution technologique ferme des usines et licencie » au point que l’espionnage industriel est devenu une donnée stratégique15.
« Le rôle des humains comme principal facteur de la production est condamné à diminuer, de la même manière que celui des chevaux dans la production agricole fut d’abord réduit, puis finalement éliminé par l’introduction des tracteurs16 » disait déjà dans les années 80 le prix Nobel d’économie Wassily Leontief. Trente ans plus tard devons-nous assister impuissants à la « réorganisation du travail » par les marchés financiers ou prendre les devants pour accompagner vers le progrès social le tournant amorcé par la production ?



En France, nous frôlons les 5 millions de chômeurs, si l’on tient compte de toutes les catégories confondues, des départements outre-mer, des Rmistes non-inscrits et des plus de 55 ans. Le nombre d’emplois non pourvus n’excèdent pas 200 000 et le sont essentiellement pour des problèmes d’ajustement de qualification, de salaires peu attractifs comme dans la restauration et le bâtiment, ou encore de mobilité, bien compréhensibles quand des familles entières doivent se délocaliser. De toute façon, nous voyons bien que ce n’est pas en obligeant les chômeurs à accepter les emplois vacants que nous résorberons le chômage de masse. Les projections du BIT prévoient que la France peut créer entre 300 000 et 400 0000 emplois verts dans les années à venir. Nous sommes loin du compte. Quant aux emplois de service, le B.I.P.E. et l’I.NS.E.E. ont recensé là un potentiel de 150 000 à 200 000 emplois nouveaux, dont le financement n’est pas encore clairement défini. Tout en restant prudent, nous pouvons affirmer qu’entre 450 000 et 600 000 emplois pourraient êtres créés sur le territoire Français. Ce n’est pas négligeable mais largement insuffisant au regard de l’ampleur de la crise du travail.


Alors comment renouer avec le plein emploi en sachant qu’un nouveau cycle de croissance augmentera nécessairement la productivité et détruira des emplois ? Interdire les licenciements dans les entreprises qui font du profit ? La mesure est louable en temps de crise et en l’absence de toute politique de l’emploi. Mais contraindre les entreprises à maintenir leur masse salariale en renonçant à investir dans les nouvelles formes d’organisation du travail, est-ce bien souhaitable ? La technique n’a d’autre objet que d’économiser le travail de l’homme. Réduite à sa base primordiale, l’histoire n’est que la poursuite de l’économie du temps de travail. Libérer l’homme de la servitude de la production des biens matériels est l’objectif de toute société progressiste même si aujourd’hui prévaut la logique de rentabilité.

 

La solution est sous nos yeux. La réduction de la durée légale du temps de travail est la seule solution porteuse de progrès social. La quasi-intégralité des 2,7 millions d’emplois créés dans le secteur privé depuis 30 ans l’ont été essentiellement entre 1997 et 2001. On estime à environ à 500 000 emplois la contribution de la réduction du temps de travail selon des études approfondies15 et ces quatre années sont aussi celles qui ont connu la plus forte croissance de l’emploi sur tout le XXe siècle. Pourtant les 35 heures, par l’ambiguïté du dispositif, n’avaient diminué à l’époque que de 4 % la durée moyenne tous secteurs confondus16 et elles ont depuis largement été déconstruites par les aménagements successifs de la droite. Une diminution significative du temps de travail aurait un impact bien supérieur. Le Ministère du travail en 1997 a évalué à 1 600 000 emplois le passage à la semaine de 4 jours. Et c’était sans compter la création d’emplois autour du temps libre et l’impact sur la croissance de tous ces nouveaux salaires en mesure de consommer. Avec la loi de Robien de 1996, plus de 400 entreprises sont passées avec succès à la semaine de 4 jours. Elles ont toutes embauché et augmenté leur productivité.

L’histoire récente confirme la tendance générale. Entre 1949 et 1974, le PIB avait crû de 5,4 % et la productivité de 5,7 %, ce qui entraîna un recul du nombre d’heures travaillées au cours de cette période (45,2 à 42,3 Mds d’heures travaillées). Sur cette période, c’est donc la diminution du temps de travail qui a maintenu le plein-emploi. Elle est passée d’environ 45,5 heures à un alignement sur la durée légale, soit 40 heures.

 

Les fausses pistes. La droite libérale, aujourd’hui au pouvoir, craint fondamentalement le retour du plein-emploi qui renforce le pouvoir de négociation des travailleurs d’où son entêtement idéologique à discréditer les 35 heures. Elle a fait le choix inverse de défiscaliser les heures supplémentaires pour « inciter les entreprises à substituer des heures de travail aux hommes20 » et ne pas augmenter les salaires. Une fuite en avant particulièrement nocive pour la création d’emplois dénoncée dans un rapport au conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre21 dès 2007. Une inquiétude malheureusement confirmée depuis. Le nombre des heures supplémentaires déclarées a en effet progressé de près de 40 millions entre le quatrième trimestre de 2007 et la même période de 2008, soit l’équivalent de 90 000 emplois à plein temps .

 

Quant à la flexi-sécurité, elle retient visiblement l’attention des hommes de droite comme de gauche. Adapter le code du travail à un monde en perpétuelle transformation consisterait à ce que les employeurs bénéficient d’une liberté accrue pour embaucher et licencier. Leurs employés recevant en retour une protection supplémentaire dans l’accès à la formation, le suivi personnalisé pour la recherche d’emplois et un allongement des indemnités de chômage à taux plein allant jusqu’à 4 ans comme au Danemark. Seulement voilà, la France, avec son marché du travail fondé sur l’existence d’un CDI, possède au taux de rotation supérieur à celui du Danemark (quatre travailleurs sur dix changent d’emploi dans l’année contre seulement trois sur dix au Danemark). Tout un arsenal de dispositifs « d’assouplissement » allant du CDD à l’intérim a permis de contourner les contraintes liées au licenciement. Malgré la flexibilité de l’emploi accompagnant une fluidité accrue du marché du travail, nous ne constatons aucune répercussion sur la création d’emploi, voire une durée moyenne d’ancienneté qui est restée stable avec des entreprises qui souhaitent conserver leur main-d’œuvre qualifiée. Aucune corrélation n’est observée entre le nombre d’entrées nettes sur le marché de l’emploi et le taux de rotation de celui-ci (graphique ci-dessous22).

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Par contre la flexibilisation de l’emploi nuit clairement à progression des revenus par la perte de l’ancienneté et la mise en concurrence des salaires à chaque changement de poste. Le CDI doit rester le contrat de travail de référence, ce qui ne nous empêche pas de penser que les dispositions liées à la formation, à la recherche d’emplois et à la durée d’indemnisation doivent être considérées avec le plus grand intérêt. Si le Danemark doit nous inspirer, c’est en raison de ses 3% de salariés en dessous du seuil de pauvreté contre 8% en France.

 

La flexi-sécurité et la défiscalisation des heures supplémentaires se révèlent de fausses pistes pour résoudre la question du chômage. Quand elles ne sont pas les instruments privilégiés, entre les mains du MEDEF, destinés à ravaler le salarié à une simple « variable d’ajustement » aux conditions de travail en continuelle dégradation. Ce qui en dit long sur le projet social d’un syndicat patronal totalement aveuglé par l’accumulation des profits, ne réalisant même pas que c’est le système sur lequel il fonde ses bilans prévisionnels d’exploitation qui court à sa propre perte en asséchant par le chômage et la précarité, toujours un peu plus, son marché intérieur.

 

Gouverner, c’est prévoir. Offrir un revenu a tout le monde en éliminant le chômage passe par la redistribution des gains de productivité qui, aujourd’hui, sont considérables. Le Parti Socialiste, en ne démasquant pas le mythe de la croissance comme unique planche de salut de la prospérité économique et sociale, fait le jeu de l’opposition. C’est l’erreur congénitale d’une politique de gauche héritée d’une culture productiviste où l’émancipation de la classe ouvrière passait par le développement des forces productives. Pendant des décennies, la croissance du PIB a correspondu avec le progrès social, du moins dans les pays occidentaux. Aujourd’hui, la troisième révolution industrielle supprime des emplois. Le « recyclage » des ouvriers agricoles sur les chaînes de production, puis de la main d’?uvre industrielle dans l’économie tertiaire touche à sa fin. Peut-être même n’aurait-il jamais eut lieu sans l’économie de guerre des deux conflits mondiaux et leurs chantiers de reconstruction ?

 

Si gouverner, c’est prévoir, il nous faut tirer rapidement les conséquences de ce paradoxe qui consiste à produire toujours plus avec toujours moins de monde. La crise financière ne pourra dissimuler très longtemps les racines de la crise économique. La croissance n’est pas la solution au chômage de masse et la nécessité d’un partage du travail se fait tous les jours plus urgente.


 

 

[1] Liêm Hoang Ngnoc, Secrétaire national adjoint en charge à l’économie du Parti socialiste, Le modèle social européen à l’épreuve de la crise, 2010

[2] Eurostat, 2010

[3] Capital, 2005

[4] Camille Landais, Les hauts revenus en France (1998-2006) : une explosion des inégalités ?, École d’économie de Paris, 2007

[5] Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, La crise de trop, 2009

[6] Le PIB est considéré comme la mesure de toute chose, performance, bien-être, qualité de la vie, alors qu’il ne représente qu’une mesure de l’activité économique marchande, Vers de nouveaux systèmes de mesures, Joseph Stiglitz, Amartya Sen, Jean-Paul Fitoussi, 2009

[7] I.N.S.E.E.

[8] New York Times, 4 juillet 2008

[9] Le Monde, 23 février 2008

[10] Jeremy Rifkin, président de la Foundation on Economic Trend à Washington, La fin du travail, 1995

[11] Dennis Lockhart, responsable de la FED, discours à Chattanooga, 2009

[12] Enquête de la DARES, 1998

[13] AFP, 2009

[14] Un ingénieur de Donfeng, Le Monde Diplomatique, L’organisation du travail comparée chez Renault Trucks et Donfeng, Janvier 2010

[15] Le Monde Diplomatique N° 669, Décembre 2009

[16] Marianne N°660, Le CAC40 nid d’espions !, Décembre 2009

[17] Wassily Leontief, Prix Nobel d’Économie, National Perspectives : The Definition of Problems and Opportunities, 1983

[18] La France du Travail, Ouvrage collectif de chercheurs de l’IRES, 2009

[19] I.N.S.E.E.

[20] Patrick Artus, Pierre Cahuc, André Sylberger, rapport au conseil d’analyse économique (CAE), 2007

[21] Ibid.

[22] Graphique : Les mouvements de la main-d’œuvre, DARES, le taux de rotation représente la demi-somme des entrées et sorties d’emplois. Les entrées nettes sont la somme des entrées moins les sorties d’emplois.

 

 

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Conserver un système de retraite par répartition

Par Bertrand LAFORGE le 28/01/2010

Une interview intéressante de Thomas Piketty, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, invité de France Inter ce 27 janvier pour parler du système de répartition des retraites et de ses évolutions souhaitables :




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De la mascarade à la manipulation

Par Fredback le 28/01/2010

Fredback /2010/01/28/


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Il m’a paru important de réagir à l’événement d’hier soir : Sarkozy face aux Français. Les commentaires vont bon train dans la presse du lendemain. Le directeur de Libération Laurent Joffrin a vu “un Sarkozy de crise, au “profil bas“. Pour Patrick Fluckiger, éditorialiste de L’Alsace, “l’hyperprésident qui avait une solution pour tout a cédé, hier soir, la place à un homme modeste“. Francis Brochet, du Progrès de Lyon, se gausse d’ailleurs de “ce mélange inimitable de précision techno et de virtuosité populo“. Ou encore : “Bien entendu, Nicolas Sarkozy n’a aucune baguette magique dans sa poche, mais il a montré qu’il n’ignorait rien des difficultés ou des souffrances des Français“, insiste Paul-Henri du Limbert dans Le Figaro… On peut gloser à l’infini sur la performance de Sarkozy à l’issue de son intervention et décortiquer le florilège de contrevérités teinté de démagogie obscène. Nous n’en sommes pas à la première mascarade médiatique de nos politiques. La télévision nous offre depuis longtemps le spectacle de débats édulcorés où les puissants évitent la confrontation avec la réalité du pays. Mais hier soir, le procédé était inédit dans sa forme et finalement lourd de conséquences.


Une escalade dans la manipulation. Je passerai sur la première partie classique de l’interview en face à face, dans le décor du 20 heures, avec Laurence Ferrari, nommée par Sarkozy lui-même, pour évincer le pourtant très consensuel PPDA. Mais la deuxième partie, avec des Français qui témoignent et lui posent des questions sur leurs problèmes, est un exercice auquel nous n’étions pas habitués. Nous avons bien eu un avant-goût de ce genre d’émission quand une pluralité de candidats se livrait à une compétition navrante de sollicitude dans le cadre de la course à la fonction suprême. Mais aujourd’hui Sarkozy est seul Président dans l’exercice de ses fonctions et nous sommes en droit d’avoir des explications. Personne ne s’attendait à trouver chez celui-ci — pas plus que chez tous les autres — une volonté de dialogue sincère et transparent sur son bilan. A la différence près que ses prédécesseurs se prêtaient au moins au jeu d’un semblant de débat démocratique. Depuis plusieurs années en effet, l’information était travestie à l’avantage de l’invité, les sujets qui fâchent évités et les contradicteurs trop pointilleux écartés. Aux téléspectateurs de compléter l’omission des élites et de se faire une opinion par eux-même. Mais la méthode Sarkozy vient de franchir un nouveau pas très inquiétant dans la trahison des principes républicains et tout le monde se comporte comme si cela allait de soi. Nous sommes passés, sans coup férir, de la mascarade à la manipulation d’opinion.


Des citoyens-participants pris en otages. L’exercice auquel s’est prêté Sarkozy, sur TF1, relève de la propagande pure et simple. Intellectuellement malhonnête, le procédé n’en est que plus scandaleux. Quelle contradiction peut naître d’un panel d’invités triés sur le volet face à un professionnel de la politique comme Sarkozy ? Chacun témoigne avec sincérité, mais ne peut que servir la soupe au Président. Quand leur cause n’est pas acquise au gouvernement comme cette auto-entrepreneuse qui a déjà été reçue à Matignon, aucune personne sur le plateau n’est en mesure de dépasser sa problématique individuelle pour traiter de la complexité des dossiers. On pouvait reprocher à certains journalistes chevronnés leur complaisance vis à vis du pouvoir mais comment accabler un chômeur qui manque d’expérience et d’arguments pour répliquer à autant de mauvaise foi démagogique ? Mais surtout, les participants ne sont investis d’aucun pouvoir pour s’opposer à la parole présidentielle. Ces gens n’ont aucune légitimité représentative. Ils ne possèdent aucun mandat et aucune maîtrise télévisuelle. Le débat est complètement déséquilibré et ce n’est pas l’intervention d’un syndicaliste recadré par Jean-Pierre Pernaut qui changera la donne. Les citoyens-intervenants sont pris en otages par la perversité du rapport de force qui se dissimule sous leurs yeux, en pleine lumière d’une télé-réalité abjecte. Le spectacle d’un monarque s’adressant au bon peuple avec condescendance est révulsant pour la conscience démocratique. L’exposition publique de la vie de nos concitoyens sombre dans un pathétique consommé indigne de la fonction présidentielle et nous ne pouvons qu’assister, impuissants, à leur dégradante instrumentalisation. Comment ne pas protester devant à la négation des principes démocratiques par l’annulation des contre-pouvoirs et des forces d’opposition. Ne nous laissons pas prendre au piège des commentaires fallacieux sur la prestation de Sarkozy (et nous ne doutons pas qu’elle soit habile) lors de cette parodie de parole de proximité, c’est le procédé dans son ensemble qu’il faut condamner car il est une atteinte aux valeurs de la République.

 

Fredback, Paris

 


Un film intéressant sur les paradis fiscaux

Par Bertrand LAFORGE le 20/01/2010

A l’initiative d’un collectif de lutte contre les paradis fiscaux (http://www.stopparadisfiscaux.fr) , un film en trois parties, présentant les mécanismes d’évasion fiscales mis en oeuvre grâce à l’existence des paradis fiscaux.  A voir absolument !






Paradis Fiscaux, La Grande Évasion Part 1
envoyé par williwauller. - Regardez les dernières vidéos d’actu.







Accédez à la partie 2 et à la partie 3.





Sur le sujet vous lirez également avec intérêt l’enquête d’Alternatives Economiques présentant en particulier les avoirs des banques françaises dans les paradis fiscaux.




 


Le discrédit des experts

Par Fredback le 16/01/2010

expert1Relayer l’information erronée, serait devenue la norme chez nos experts ? Armés de leurs statistiques, les combats chiffrés se multiplient sur les plateaux de télévision ou dans les éditoriaux des magazines afin d’évangéliser les masses maintenues trop longtemps dans l’ignorance. Il faut convaincre des contraintes économiques d’une époque où le fatalisme se dispute à l’impuissance. Les contrevérités se succèdent avec outrance jusqu’au moment où le démenti cinglant de la crise sociale sanctionne le mépris des experts pour leur propre science.


L’Amérique au bord du gouffre. On nous a vendu les États-Unis pendant des décennies comme le modèle économique à suivre. Le chômage y était au plus bas et la consommation élevée avec un taux de croissance supérieure à celui de la France. Aujourd’hui nous constatons avec effarement que le taux de chômage officiel y atteint 10 %1 comme dans les autres pays industrialisés et encore celui-ci n’intègre pas les chiffres cachés. Déjà, dans les années 90, le chiffre officiel du chômage de 4% ne tenait pas compte des millions de travailleurs découragés et par conséquent sortis des statistiques du chômage auxquelles il fallait ajouter un taux d’incarcération le plus élevé au monde avec 0,7% de la population sous les verrous (mieux que la chine). Les 4 % affichés dissimulaient, en fait, un taux chômage équivalent à celui de l’Europe et ne disaient rien des 25 % de la population contraints d’accepter un emploi à temps partiel. Quant à la consommation, elle a été soutenue toutes ses années par des ménages écrasés par l’endettement. La croissance américaine n’a dû son salut qu’à une forte immigration et à la surconsommation des 20 % les plus riches. Le désastre social est total. En 1992, la pauvreté y était déjà plus élevée qu’a aucune autre époque depuis 1962, et depuis cela n’a fait qu’empirer. Les deux tiers de l’ensemble des augmentations de revenus entre 2002 et 2007 sont allés aux 1% des Américains les plus riches2. L’extrême pauvreté a augmenté de 26% entre 2000 et 2005 aux USA. Et comme si cela n’était pas suffisant, 64% d’américains sont obèses ou en surpoids (l’obésité provoque 400 000 morts par an aux Etats-Unis). Les Etats-Unis sont les plus gros pollueurs de la planète avec 25 % des émission de gaz à effet de serre et ils viennent de communiquer à l’économie mondiale une des pires crises financières de son histoire. Le dollar reste la principale monnaie de réserve mais « pour éviter un effondrement complet de leur économie, les Etats-Unis ont “brulé” en quinze mois l’équivalent de toutes les réserves accumulées par la Chine en vingt ans »3. Que se passera t-il si les État-Unis n’ont plus les moyens d’affronter une nouvelle crise ? Le rêve américain ne s’est pas brisé, il s’est muté en cauchemar victime de sa propre illusion.


Pas d’exception pour le Royaume-Unis. En Europe, ce fut l’Angleterre que l’on montra en exemple avant que la crise des subprimes n’éclate et révèle le taux d’endettement record de ses ménages. Son taux de chômage, selon la méthode de calcul anglaise, était sensé être aussi parmi les plus bas avec 4,7 % en 2005. Mais le chiffre se trouva invalidé par les méthodes de calcul du BIT qui ont relevé un taux de 9,6 %, juste en dessous de celui de la France (9,8 %)4. Le Royaume Unis avait sorti de ses statistiques 2,7 millions de malades inemployables victimes de la désindustrialisation brutale. Mais surtout, l’emploi à temps partiel était beaucoup plus développé en Angleterre (25,5 %), avec des salaires réduits en conséquence alors que la France restait à 17,2 % d’emplois partiels5. Bien avant la crise financière, le miracle néo-libéral n’a pas eu lieu.


Quand la France se fourvoie. De l’autre côté de la Manche, Nicolas Sarkozy, toujours prompt à enfourcher les choix politiques désastreux, affirme dès 2004 que la croissance des Français passe par l’endettement. Au menu de son programme présidentiel, il propose, ni plus ni moins, l’importation en France du crédit hypothécaire rechargeable responsable de la crise aux États-Unis.

Mais le sommet de l’ineptie économique est atteint avec son slogan « travailler plus pour gagner plus » et la mise en place d’exonération de charges et d’impôts sur les heures supplémentaires. Au moment même où les forces productives imposent leur révolution informationnelle et détruisent plus d’emplois qu’elles n’en créent, de telles mesures ne sont pas loin d’être qualifiées de socialement criminelles. Elles permettent à l’employeur d’augmenter la charge de travail des salariés sans avoir à embaucher quand pas moins de 21,526 millions de personnes en juin 2009 sont exclues du marché du travail en Europe6.


Une issue sans alternative. Aujourd’hui, la crise a fait voler en éclats le modèle anglo-saxon. L’écroulement des marchés financiers ne fut qu’un des symptômes révélateurs d’une économie qui ne subvient plus aux besoins des populations. Il manque, au bas mot, 4 millions d’emplois en France. Qui peut prétendre créer prochainement assez d’emplois sans répartir le travail existant ? Le chômage technologique détruit tous les jours de l’activité dans les pays développés et nous ne sommes qu’au début de la 3ème mutation industrielle. Entre 2002 et 2008, l’industrie française a perdu 476.000 emplois7 alors que celle-ci produit toujours plus. L’énorme disparité des salaires et la capture des bénéfices aux profits des actionnaires8 ne permet pas une redistribution des gains de productivité au bénéfice de tous. Alors allons-nous continuer à parquer les exclus du travail dans des ghettos urbains et remplir les prisons comme aux Etats-Unis ou bien renouer avec une justice fiscale créatrice d’emplois ? Car il n’y aura aucune relance économique durable sans un rééquilibrage des salaires, sans une révision de la durée légale du travail et sans une reprise en main par le secteur public du crédit bancaire à destination des besoins sociaux. Tout autre politique est une trahison envers les millions de citoyens dont l’espoir est suspendu au dépassement de la crise économique.

Qu’attendent nos experts pour prendre leurs responsabilités ?


Fredback, NG Ile de France









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6 Eurostat

7 Le Monde 23 février 2008

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