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Crise financière, crise économique : comprendre pour agir
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Archives 'Expression militante'


La croissance est-elle la solution au chômage ?

Par Fredback le 09/03/2010

« La panne d’emploi que subit l’Europe est avant tout due à une situation de croissance ralentie, entretenue par des politiques « de l’offre », incapables de relancer l’investissement et de préserver la consommation populaire1 ». Telle est la position officielle du Parti socialiste sur la question de l’emploi. La croissance en berne serait la principale responsable du déclin du travail. Une opinion largement partagée par la classe politique, les divergences se situant sur les moyens de relancer la croissance. Mais le bon sens apparent du diagnostic ne cache-t-il pas une ignorance des enjeux économiques de notre époque nous privant des moyens d’y répondre ?


logo-ps-erreur1De « l’offre » ou « de la demande » ? Il faut, assurément, renouer avec une politique de soutien « de la demande ». La preuve n’est plus à faire. Toutes les politiques qui ont tout misé sur une relance par « l’offre » ont échoué. Le Japon, qui n’est pourtant pas en reste pour les investissements dans « l’économie de la connaissance », en a fait la cruelle expérience avec l’effondrement de sa consommation intérieure. Sans le soutien de son marché intérieur, aucun pays ne peut maintenir le développement indispensable à sa prospérité. Ce n’est pas seulement une question de logique économique mais, malheureusement aussi, un impératif relevant d’une nécessité vitale pour des millions de foyers qui ne peuvent joindre les deux bouts. 17 % de la population européenne est déjà touchée par la pauvreté2 et la faute n’en revient pas, comme le prétend la droite, au « taux d’emploi » qui est trop faible parce que le prix du travail empêche les entreprises d’embaucher. La part des salaires dans le PIB s’est effondrée depuis les années 80 (-11 points) et les inégalités entre les salaires se sont considérablement accrues, n’en déplaise aux observateurs sourcilleux. Le rapport entre le salaire ouvrier moyen et le salaire patronal est passé de 1 pour 30 à 1 pour 300 et « les PDG ne sont pas toujours les mieux rémunérés. Un certain nombre de très hauts cadres peuvent recevoir des émoluments encore supérieurs, jusque 400 ans de Smic3 ». Un déséquilibre fidèlement reflété par le revenu fiscal déclaré des 90% de la population française la plus pauvre en augmentation de seulement 4,6 % entre 1998 et 2006 pendant que celui des 0,01 % les plus riches augmentait de 42,6 %4. « La répartition du revenu global des ménages dans les années 2000 a retrouvé presque à l’identique sa structure… des années 205 ». Ce n’est pas « le coût du travail » qui mine la croissance mais bien la part consacrée aux revenus de la rente devenue désormais prédominante. Aussi, jusqu’où devrons-nous sacrifier nos salaires pour justifier la reprise de l’emploi ? Au contraire, redonner aux salariés le pouvoir d’achat qui leur revient en redistribuant équitablement les profits apportera assurément un regain d’activité à une consommation salutaire pour la croissance. À savoir maintenant comment le parti Socialiste compte s’y prendre pour relever les minima sociaux et les salaires, réguler les marchés financiers, légiférer sur les bonus et les stocks-options, augmenter l’impôt sur les hauts revenus et les bénéfices, interdire les licenciements boursiers ?…  Autant de mesures dont l’application doit tenir compte du contexte international. Mais la croissance est-elle la solution au chômage de masse ? Si ce n’est pas le cas, la panne d’emploi n’est toujours pas résolue. C’est ce qu’il importe de vérifier maintenant.


Croissance & productivité. Le taux de croissance du PIB reste pour l’instant l’indicateur officiel permettant d’observer la production de richesses dans notre pays, même si celui-ci est de plus en plus contesté6. L’indicateur de productivité horaire, quant à lui, évalue le rendement du travail par salarié. Que nous disent-ils ? Depuis trente ans, le PIB de la France a une croissance moyenne de 2,2 % tandis que la productivité moyenne se situe à  2,5 % sur la même période7. 2,5 % seulement, serions-nous tentés de dire, alors que celui-ci était de 5,7 % durant les trente glorieuses et son plein emploi pour une croissance moyenne de 5,4 %. Comme le préconise le Parti socialiste, il faudrait donc impérativement retrouver une croissance forte qui relance l’économie et améliore l’investissement dans la production afin de résorber le chômage de masse et continuer à améliorer notre compétitivité sur le marché mondial. Bien sûr nous parlons dans le cadre d’une croissance maîtrisée, respectueuse de l’environnement et armée d’une fiscalité plus juste. Une croissance qui accordera sa part légitime à l’augmentation des salaires et permettra à l’État le financement des couvertures sociales. À cette étape du diagnostic, tout invite à souscrire à la cohérence du raisonnement.


Une vérité qui dérange. Seulement la réalité économique vient parfois contrarier les scénarios les mieux rodés. D’abord nous constatons qu’entre 1978 et 1994 l’emploi durable a essentiellement stagné malgré une augmentation du PIB de 40 %. Ensuite la courbe de croissance du PIB depuis les années cinquante suit la courbe tendancielle de la productivité. Les causalités en sont claires : les entreprises dont les capacités de production sont proches de la saturation (toutes les machines sont en service) investissent quand l’augmentation de la consommation est durable. Inversement quand la croissance décline, l’entreprise restreint ses investissements. Investir en régime capitaliste signifie améliorer le rendement du travail pour augmenter ses marges bénéficiaires. Suivant cette règle immuable, plus nous créons de richesses, plus la productivité augmente et moins les entreprises ont besoin de travail humain pour les produire.

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Il suffit de considérer quelques chiffres pour s’en convaincre. La baisse tendancielle du taux de croissance n’a pas empêché la révolution industrielle commencée après guerre de poursuivre sa route. Le coefficient est plus petit certes, mais le volume de la production bat des records. Entre 1840 et 1960 la productivité a été multipliée par deux, depuis elle a été multipliée par plus de cinq. La difficulté à soutenir une poussée aussi forte du taux de productivité relativise quelque peu son infléchissement depuis les années soixante-dix. Quoi qu’il en soit, entre 1995 et 2002, la production industrielle globale a augmenté de 30% et la productivité a crû de 4,3 %8, tandis que chaque année, l’emploi industriel a chuté dans toutes les régions du monde jusqu’à perdre 31 millions d’actifs. Rien que sur les 6 dernières années, l’industrie française a perdu 476.000 emplois9, et cela avant la crise des subprimes, alors que la production industrielle n’a cessé d’augmenter sur le territoire national jusqu’en 2008. Partout la productivité détruit de l’emploi.

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Au bout de trente ans, nous produisons, en France, 76% de plus avec 10 % de moins de travail humain. Alors la France championne du monde de la productivité ? Oui, si l’on en croit les sources du BIT, du moins entre 1980 et 2006, elle arrive en tête du classement : Allemagne + 1,4 %, Etats-Unis + 1,7 % et la France + 2,2 %. Pourtant les entreprises américaines ont investi plus de 1000 Mds de dollars dans l’informatique dans les années 80 et la France a eu un gain de productivité supérieure. Voilà qui contredit le manque de compétitivité de notre économie. Parallèlement le baby boom et le travail des femmes ont augmenté la population active de 23 %. Il s’est créé un déséquilibre profond entre la demande et l’offre de travail qui explique la persistance du chômage malgré les 2,7 millions d’emplois créés dans le secteur privé depuis 30 ans.

Par conséquent, peut-on toujours miser sur le retour de la croissance comme principal levier pour résorber le chômage ? Début 2009, les industriels indiquaient un taux d’utilisation des capacités de production de 71 % selon l’I.N.S.E.E. Cela veut dire que si nous augmentons de 30 % la production marchande, il ne sera créé que très peu d’emplois (les quelques postes liés à la mise en route du matériel inexploité et à l’approvisionnement). Par contre, ce sera un encouragement pour les entreprises à investir dans la rationalisation de leur outil de production afin de rester concurrentielles, et les technologies actuelles leur offrent de belles marges de progression. Renouer en France avec, ne seraient-ce que, les 5 % de productivité des 30 glorieuses ne fera qu’accélérer l’exclusion du monde du travail pour des milliers de salariés comme elle a fait en son temps reculer le nombre d’heures travaillées.


Un schéma de pensée dépassé. « La vielle logique qui consiste à dire que les avancées technologiques et les gains de productivité détruisent d’anciens emplois mais créent autant de nouveaux n’est plus vraie aujourd’hui10 ». La révolution informationnelle et le reengineering sont déjà en train (et plus encore à moyen terme) de réduire drastiquement la masse salariale chez les cols blancs, dans les banques, les assurances, les secteurs de la vente en gros et au détail, de la comptabilité, des centres d’appels, etc… aussi sûrement que l’automatisation a décimé les ouvriers occidentaux. Les Etats-Unis, toujours aux avant-postes de l’innovation technologique, en savent quelque chose. Ils atteignent aujourd’hui un taux officiel de 10% de chômage. Dennis Lockhart conteste ce chiffre. « Si l’on prend en compte les gens qui voudraient un emploi mais ont cessé d’en chercher un (les travailleurs dits “découragés”) et ceux qui travaillent un nombre d’heures inférieur à ce qu’ils souhaiteraient, le taux de chômage passerait des 9,4 % officiels à 16 %11 ». C’est le chiffre autour duquel oscillait le chômage aux Etats-Unis en 1940 avant que l’économie de guerre vienne sortir le pays de la dépression.
En France, la proportion d’ouvriers dans la population active a baissé de 10 points (37,5 % à 27,7 %) entre 1975 et 1998 pendant que celui des employés est passé de 23,5 % à plus de 30 %. Mais le travail à la chaîne n’a cessé d’augmenter. Il est passé de 7,5 % à 15 %, entre 1984 et 1998 dans les services et le commerce (de 20 % à 30 %  pour les personnels non qualifiés)12. La mutation de nos sociétés industrialisées se poursuit et nous ne sommes qu’aux prémisses des bouleversements annoncés.
Les pays en voix de développement sont aussi touchés par le transfert des technologies. La Chine a perdu 20 millions d’emplois en 2009  et ce n’est pas seulement le résultat de la crise financière. Le constructeur automobile chinois Dongfeng, disposant de trois bases dans la province d’Hubei et d’implantations dans l’Est et le Sud, s’est porté acquéreur de la division automatisée de camions de Volvo appartenant à Renault pour « parvenir à démontrer qu’il était capable de maîtriser semblable production13 ». La révolution industrielle s’étend rapidement vers le tiers-monde malgré sa main d’œuvre bon marché.
Les bonds technologiques sont spectaculaires et modifient en profondeur le fonctionnement des forces productives. Aujourd’hui « le nombre de transistor que l’on sait placer sur une carte électronique double tous les deux ans, à coût constant. Ce phénomène ne concerne pas exclusivement l’électronique : tous les domaines scientifiques semblent posséder le même rythme d’accélération, de manières parallèles, chacun nourrissant l’un l’autre14 ». Ce ne sera pas sans conséquence sur les techniques de fabrication, de distribution ou encore sur les opérations de service élémentaires dès que les entreprises auront procédé aux investissements nécessaires. Les grands groupes ne s’y trompent pas, « le premier qui rate une révolution technologique ferme des usines et licencie » au point que l’espionnage industriel est devenu une donnée stratégique15.
« Le rôle des humains comme principal facteur de la production est condamné à diminuer, de la même manière que celui des chevaux dans la production agricole fut d’abord réduit, puis finalement éliminé par l’introduction des tracteurs16 » disait déjà dans les années 80 le prix Nobel d’économie Wassily Leontief. Trente ans plus tard devons-nous assister impuissants à la « réorganisation du travail » par les marchés financiers ou prendre les devants pour accompagner vers le progrès social le tournant amorcé par la production ?



En France, nous frôlons les 5 millions de chômeurs, si l’on tient compte de toutes les catégories confondues, des départements outre-mer, des Rmistes non-inscrits et des plus de 55 ans. Le nombre d’emplois non pourvus n’excèdent pas 200 000 et le sont essentiellement pour des problèmes d’ajustement de qualification, de salaires peu attractifs comme dans la restauration et le bâtiment, ou encore de mobilité, bien compréhensibles quand des familles entières doivent se délocaliser. De toute façon, nous voyons bien que ce n’est pas en obligeant les chômeurs à accepter les emplois vacants que nous résorberons le chômage de masse. Les projections du BIT prévoient que la France peut créer entre 300 000 et 400 0000 emplois verts dans les années à venir. Nous sommes loin du compte. Quant aux emplois de service, le B.I.P.E. et l’I.NS.E.E. ont recensé là un potentiel de 150 000 à 200 000 emplois nouveaux, dont le financement n’est pas encore clairement défini. Tout en restant prudent, nous pouvons affirmer qu’entre 450 000 et 600 000 emplois pourraient êtres créés sur le territoire Français. Ce n’est pas négligeable mais largement insuffisant au regard de l’ampleur de la crise du travail.


Alors comment renouer avec le plein emploi en sachant qu’un nouveau cycle de croissance augmentera nécessairement la productivité et détruira des emplois ? Interdire les licenciements dans les entreprises qui font du profit ? La mesure est louable en temps de crise et en l’absence de toute politique de l’emploi. Mais contraindre les entreprises à maintenir leur masse salariale en renonçant à investir dans les nouvelles formes d’organisation du travail, est-ce bien souhaitable ? La technique n’a d’autre objet que d’économiser le travail de l’homme. Réduite à sa base primordiale, l’histoire n’est que la poursuite de l’économie du temps de travail. Libérer l’homme de la servitude de la production des biens matériels est l’objectif de toute société progressiste même si aujourd’hui prévaut la logique de rentabilité.

 

La solution est sous nos yeux. La réduction de la durée légale du temps de travail est la seule solution porteuse de progrès social. La quasi-intégralité des 2,7 millions d’emplois créés dans le secteur privé depuis 30 ans l’ont été essentiellement entre 1997 et 2001. On estime à environ à 500 000 emplois la contribution de la réduction du temps de travail selon des études approfondies15 et ces quatre années sont aussi celles qui ont connu la plus forte croissance de l’emploi sur tout le XXe siècle. Pourtant les 35 heures, par l’ambiguïté du dispositif, n’avaient diminué à l’époque que de 4 % la durée moyenne tous secteurs confondus16 et elles ont depuis largement été déconstruites par les aménagements successifs de la droite. Une diminution significative du temps de travail aurait un impact bien supérieur. Le Ministère du travail en 1997 a évalué à 1 600 000 emplois le passage à la semaine de 4 jours. Et c’était sans compter la création d’emplois autour du temps libre et l’impact sur la croissance de tous ces nouveaux salaires en mesure de consommer. Avec la loi de Robien de 1996, plus de 400 entreprises sont passées avec succès à la semaine de 4 jours. Elles ont toutes embauché et augmenté leur productivité.

L’histoire récente confirme la tendance générale. Entre 1949 et 1974, le PIB avait crû de 5,4 % et la productivité de 5,7 %, ce qui entraîna un recul du nombre d’heures travaillées au cours de cette période (45,2 à 42,3 Mds d’heures travaillées). Sur cette période, c’est donc la diminution du temps de travail qui a maintenu le plein-emploi. Elle est passée d’environ 45,5 heures à un alignement sur la durée légale, soit 40 heures.

 

Les fausses pistes. La droite libérale, aujourd’hui au pouvoir, craint fondamentalement le retour du plein-emploi qui renforce le pouvoir de négociation des travailleurs d’où son entêtement idéologique à discréditer les 35 heures. Elle a fait le choix inverse de défiscaliser les heures supplémentaires pour « inciter les entreprises à substituer des heures de travail aux hommes20 » et ne pas augmenter les salaires. Une fuite en avant particulièrement nocive pour la création d’emplois dénoncée dans un rapport au conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre21 dès 2007. Une inquiétude malheureusement confirmée depuis. Le nombre des heures supplémentaires déclarées a en effet progressé de près de 40 millions entre le quatrième trimestre de 2007 et la même période de 2008, soit l’équivalent de 90 000 emplois à plein temps .

 

Quant à la flexi-sécurité, elle retient visiblement l’attention des hommes de droite comme de gauche. Adapter le code du travail à un monde en perpétuelle transformation consisterait à ce que les employeurs bénéficient d’une liberté accrue pour embaucher et licencier. Leurs employés recevant en retour une protection supplémentaire dans l’accès à la formation, le suivi personnalisé pour la recherche d’emplois et un allongement des indemnités de chômage à taux plein allant jusqu’à 4 ans comme au Danemark. Seulement voilà, la France, avec son marché du travail fondé sur l’existence d’un CDI, possède au taux de rotation supérieur à celui du Danemark (quatre travailleurs sur dix changent d’emploi dans l’année contre seulement trois sur dix au Danemark). Tout un arsenal de dispositifs « d’assouplissement » allant du CDD à l’intérim a permis de contourner les contraintes liées au licenciement. Malgré la flexibilité de l’emploi accompagnant une fluidité accrue du marché du travail, nous ne constatons aucune répercussion sur la création d’emploi, voire une durée moyenne d’ancienneté qui est restée stable avec des entreprises qui souhaitent conserver leur main-d’œuvre qualifiée. Aucune corrélation n’est observée entre le nombre d’entrées nettes sur le marché de l’emploi et le taux de rotation de celui-ci (graphique ci-dessous22).

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Par contre la flexibilisation de l’emploi nuit clairement à progression des revenus par la perte de l’ancienneté et la mise en concurrence des salaires à chaque changement de poste. Le CDI doit rester le contrat de travail de référence, ce qui ne nous empêche pas de penser que les dispositions liées à la formation, à la recherche d’emplois et à la durée d’indemnisation doivent être considérées avec le plus grand intérêt. Si le Danemark doit nous inspirer, c’est en raison de ses 3% de salariés en dessous du seuil de pauvreté contre 8% en France.

 

La flexi-sécurité et la défiscalisation des heures supplémentaires se révèlent de fausses pistes pour résoudre la question du chômage. Quand elles ne sont pas les instruments privilégiés, entre les mains du MEDEF, destinés à ravaler le salarié à une simple « variable d’ajustement » aux conditions de travail en continuelle dégradation. Ce qui en dit long sur le projet social d’un syndicat patronal totalement aveuglé par l’accumulation des profits, ne réalisant même pas que c’est le système sur lequel il fonde ses bilans prévisionnels d’exploitation qui court à sa propre perte en asséchant par le chômage et la précarité, toujours un peu plus, son marché intérieur.

 

Gouverner, c’est prévoir. Offrir un revenu a tout le monde en éliminant le chômage passe par la redistribution des gains de productivité qui, aujourd’hui, sont considérables. Le Parti Socialiste, en ne démasquant pas le mythe de la croissance comme unique planche de salut de la prospérité économique et sociale, fait le jeu de l’opposition. C’est l’erreur congénitale d’une politique de gauche héritée d’une culture productiviste où l’émancipation de la classe ouvrière passait par le développement des forces productives. Pendant des décennies, la croissance du PIB a correspondu avec le progrès social, du moins dans les pays occidentaux. Aujourd’hui, la troisième révolution industrielle supprime des emplois. Le « recyclage » des ouvriers agricoles sur les chaînes de production, puis de la main d’?uvre industrielle dans l’économie tertiaire touche à sa fin. Peut-être même n’aurait-il jamais eut lieu sans l’économie de guerre des deux conflits mondiaux et leurs chantiers de reconstruction ?

 

Si gouverner, c’est prévoir, il nous faut tirer rapidement les conséquences de ce paradoxe qui consiste à produire toujours plus avec toujours moins de monde. La crise financière ne pourra dissimuler très longtemps les racines de la crise économique. La croissance n’est pas la solution au chômage de masse et la nécessité d’un partage du travail se fait tous les jours plus urgente.


 

 

[1] Liêm Hoang Ngnoc, Secrétaire national adjoint en charge à l’économie du Parti socialiste, Le modèle social européen à l’épreuve de la crise, 2010

[2] Eurostat, 2010

[3] Capital, 2005

[4] Camille Landais, Les hauts revenus en France (1998-2006) : une explosion des inégalités ?, École d’économie de Paris, 2007

[5] Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, La crise de trop, 2009

[6] Le PIB est considéré comme la mesure de toute chose, performance, bien-être, qualité de la vie, alors qu’il ne représente qu’une mesure de l’activité économique marchande, Vers de nouveaux systèmes de mesures, Joseph Stiglitz, Amartya Sen, Jean-Paul Fitoussi, 2009

[7] I.N.S.E.E.

[8] New York Times, 4 juillet 2008

[9] Le Monde, 23 février 2008

[10] Jeremy Rifkin, président de la Foundation on Economic Trend à Washington, La fin du travail, 1995

[11] Dennis Lockhart, responsable de la FED, discours à Chattanooga, 2009

[12] Enquête de la DARES, 1998

[13] AFP, 2009

[14] Un ingénieur de Donfeng, Le Monde Diplomatique, L’organisation du travail comparée chez Renault Trucks et Donfeng, Janvier 2010

[15] Le Monde Diplomatique N° 669, Décembre 2009

[16] Marianne N°660, Le CAC40 nid d’espions !, Décembre 2009

[17] Wassily Leontief, Prix Nobel d’Économie, National Perspectives : The Definition of Problems and Opportunities, 1983

[18] La France du Travail, Ouvrage collectif de chercheurs de l’IRES, 2009

[19] I.N.S.E.E.

[20] Patrick Artus, Pierre Cahuc, André Sylberger, rapport au conseil d’analyse économique (CAE), 2007

[21] Ibid.

[22] Graphique : Les mouvements de la main-d’œuvre, DARES, le taux de rotation représente la demi-somme des entrées et sorties d’emplois. Les entrées nettes sont la somme des entrées moins les sorties d’emplois.

 

 

 


Conserver un système de retraite par répartition

Par Bertrand LAFORGE le 28/01/2010

Une interview intéressante de Thomas Piketty, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, invité de France Inter ce 27 janvier pour parler du système de répartition des retraites et de ses évolutions souhaitables :




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De la mascarade à la manipulation

Par Fredback le 28/01/2010

Fredback /2010/01/28/


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Il m’a paru important de réagir à l’événement d’hier soir : Sarkozy face aux Français. Les commentaires vont bon train dans la presse du lendemain. Le directeur de Libération Laurent Joffrin a vu “un Sarkozy de crise, au “profil bas“. Pour Patrick Fluckiger, éditorialiste de L’Alsace, “l’hyperprésident qui avait une solution pour tout a cédé, hier soir, la place à un homme modeste“. Francis Brochet, du Progrès de Lyon, se gausse d’ailleurs de “ce mélange inimitable de précision techno et de virtuosité populo“. Ou encore : “Bien entendu, Nicolas Sarkozy n’a aucune baguette magique dans sa poche, mais il a montré qu’il n’ignorait rien des difficultés ou des souffrances des Français“, insiste Paul-Henri du Limbert dans Le Figaro… On peut gloser à l’infini sur la performance de Sarkozy à l’issue de son intervention et décortiquer le florilège de contrevérités teinté de démagogie obscène. Nous n’en sommes pas à la première mascarade médiatique de nos politiques. La télévision nous offre depuis longtemps le spectacle de débats édulcorés où les puissants évitent la confrontation avec la réalité du pays. Mais hier soir, le procédé était inédit dans sa forme et finalement lourd de conséquences.


Une escalade dans la manipulation. Je passerai sur la première partie classique de l’interview en face à face, dans le décor du 20 heures, avec Laurence Ferrari, nommée par Sarkozy lui-même, pour évincer le pourtant très consensuel PPDA. Mais la deuxième partie, avec des Français qui témoignent et lui posent des questions sur leurs problèmes, est un exercice auquel nous n’étions pas habitués. Nous avons bien eu un avant-goût de ce genre d’émission quand une pluralité de candidats se livrait à une compétition navrante de sollicitude dans le cadre de la course à la fonction suprême. Mais aujourd’hui Sarkozy est seul Président dans l’exercice de ses fonctions et nous sommes en droit d’avoir des explications. Personne ne s’attendait à trouver chez celui-ci — pas plus que chez tous les autres — une volonté de dialogue sincère et transparent sur son bilan. A la différence près que ses prédécesseurs se prêtaient au moins au jeu d’un semblant de débat démocratique. Depuis plusieurs années en effet, l’information était travestie à l’avantage de l’invité, les sujets qui fâchent évités et les contradicteurs trop pointilleux écartés. Aux téléspectateurs de compléter l’omission des élites et de se faire une opinion par eux-même. Mais la méthode Sarkozy vient de franchir un nouveau pas très inquiétant dans la trahison des principes républicains et tout le monde se comporte comme si cela allait de soi. Nous sommes passés, sans coup férir, de la mascarade à la manipulation d’opinion.


Des citoyens-participants pris en otages. L’exercice auquel s’est prêté Sarkozy, sur TF1, relève de la propagande pure et simple. Intellectuellement malhonnête, le procédé n’en est que plus scandaleux. Quelle contradiction peut naître d’un panel d’invités triés sur le volet face à un professionnel de la politique comme Sarkozy ? Chacun témoigne avec sincérité, mais ne peut que servir la soupe au Président. Quand leur cause n’est pas acquise au gouvernement comme cette auto-entrepreneuse qui a déjà été reçue à Matignon, aucune personne sur le plateau n’est en mesure de dépasser sa problématique individuelle pour traiter de la complexité des dossiers. On pouvait reprocher à certains journalistes chevronnés leur complaisance vis à vis du pouvoir mais comment accabler un chômeur qui manque d’expérience et d’arguments pour répliquer à autant de mauvaise foi démagogique ? Mais surtout, les participants ne sont investis d’aucun pouvoir pour s’opposer à la parole présidentielle. Ces gens n’ont aucune légitimité représentative. Ils ne possèdent aucun mandat et aucune maîtrise télévisuelle. Le débat est complètement déséquilibré et ce n’est pas l’intervention d’un syndicaliste recadré par Jean-Pierre Pernaut qui changera la donne. Les citoyens-intervenants sont pris en otages par la perversité du rapport de force qui se dissimule sous leurs yeux, en pleine lumière d’une télé-réalité abjecte. Le spectacle d’un monarque s’adressant au bon peuple avec condescendance est révulsant pour la conscience démocratique. L’exposition publique de la vie de nos concitoyens sombre dans un pathétique consommé indigne de la fonction présidentielle et nous ne pouvons qu’assister, impuissants, à leur dégradante instrumentalisation. Comment ne pas protester devant à la négation des principes démocratiques par l’annulation des contre-pouvoirs et des forces d’opposition. Ne nous laissons pas prendre au piège des commentaires fallacieux sur la prestation de Sarkozy (et nous ne doutons pas qu’elle soit habile) lors de cette parodie de parole de proximité, c’est le procédé dans son ensemble qu’il faut condamner car il est une atteinte aux valeurs de la République.

 

Fredback, Paris

 


Un film intéressant sur les paradis fiscaux

Par Bertrand LAFORGE le 20/01/2010

A l’initiative d’un collectif de lutte contre les paradis fiscaux (http://www.stopparadisfiscaux.fr) , un film en trois parties, présentant les mécanismes d’évasion fiscales mis en oeuvre grâce à l’existence des paradis fiscaux.  A voir absolument !





Paradis Fiscaux, La Grande Évasion Part 1
envoyé par williwauller. - Regardez les dernières vidéos d’actu.






Accédez à la partie 2 et à la partie 3.





Sur le sujet vous lirez également avec intérêt l’enquête d’Alternatives Economiques présentant en particulier les avoirs des banques françaises dans les paradis fiscaux.




 


Le discrédit des élites

Par Fredback le 16/01/2010

expert1Relayer l’information erronée, serait devenue la norme chez nos élites ? Armés de leurs statistiques, les combats d’experts se multiplient sur les plateaux de télévision ou dans les éditoriaux des magazines afin d’évangéliser les masses maintenues trop longtemps dans l’ignorance. Il faut convaincre des contraintes économiques d’une époque où le fatalisme se dispute à l’impuissance. Les contrevérités se succèdent avec outrance jusqu’au moment où le démenti cinglant de la crise sociale sanctionne le mépris des experts pour leur propre science.


L’Amérique au bord du gouffre. On nous a vendu les Etats-Unis pendant des décennies comme le modèle économique à suivre. Le chômage y était au plus bas et la consommation élevée avec un taux de croissance supérieure à celui de la France. Aujourd’hui nous constatons avec effarement que le taux de chômage officiel y atteint 10 %1 comme dans les autres pays industrialisés et encore celui-ci n’intègre pas les chiffres cachés. Déjà, dans les années 90, le chiffre officiel du chômage de 4% ne tenait pas compte des millions de travailleurs découragés et par conséquent sortis des statistiques du chômage auxquelles il fallait ajouter un taux d’incarcération le plus élevé au monde avec 0,7% de la population sous les verrous (mieux que la chine). Les 4 % affichés dissimulaient, en fait, un taux chômage équivalent à celui de l’Europe et ne disaient rien des 25 % de la population contraints d’accepter un emploi à temps partiel. Quant à la consommation, elle a été soutenue toutes ses années par des ménages écrasés par l’endettement. La croissance américaine n’a dû son salut qu’à une forte immigration et à la surconsommation des 20 % les plus riches. Le désastre social est total. En 1992, la pauvreté y était déjà plus élevée qu’a aucune autre époque depuis 1962, et depuis cela n’a fait qu’empirer. Les deux tiers de l’ensemble des augmentations de revenus entre 2002 et 2007 sont allés aux 1% des Américains les plus riches2. L’extrême pauvreté a augmenté de 26% entre 2000 et 2005 aux USA. Et comme si cela n’était pas suffisant, 64% d’américains sont obèses ou en surpoids (l’obésité provoque 400 000 morts par an aux Etats-Unis). Les Etats-Unis sont les plus gros pollueurs de la planète avec 25 % des émission de gaz à effet de serre et ils viennent de communiquer à l’économie mondiale une des pires crises financières de son histoire. Le dollar reste la principale monnaie de réserve mais « pour éviter un effondrement complet de leur économie, les Etats-Unis ont “brulé” en quinze mois l’équivalent de toutes les réserves accumulées par la Chine en vingt ans »3. Que se passera t-il si les État-Unis n’ont plus les moyens d’affronter une nouvelle crise ? Le rêve américain ne s’est pas brisé, il s’est muté en cauchemar victime de sa propre illusion.


Pas d’exception pour le Royaume-Unis. En Europe, ce fut l’Angleterre que l’on montra en exemple avant que la crise des subprimes n’éclate et révèle le taux d’endettement record de ses ménages. Son taux de chômage, selon la méthode de calcul anglaise, était sensé être aussi parmi les plus bas avec 4,7 % en 2005. Mais le chiffre se trouva invalidé par les méthodes de calcul du BIT qui ont relevé un taux de 9,6 %, juste en dessous de celui de la France (9,8 %)4. Le Royaume Unis avait sorti de ses statistiques 2,7 millions de malades inemployables victimes de la désindustrialisation brutale. Mais surtout, l’emploi à temps partiel était beaucoup plus développé en Angleterre (25,5 %), avec des salaires réduits en conséquence alors que la France restait à 17,2 % d’emplois partiels5. Bien avant la crise financière, le miracle néo-libéral n’a pas eu lieu.


Quand la France se fourvoie. De l’autre côté de la Manche, Nicolas Sarkozy, toujours prompt à enfourcher les choix politiques désastreux, affirme dès 2004 que la croissance des Français passe par l’endettement. Au menu de son programme présidentiel, il propose, ni plus ni moins, l’importation en France du crédit hypothécaire rechargeable responsable de la crise aux États-Unis.

Mais le sommet de l’ineptie économique est atteint avec son slogan « travailler plus pour gagner plus » et la mise en place d’exonération de charges et d’impôts sur les heures supplémentaires. Au moment même où les forces productives imposent leur révolution informationnelle et détruisent plus d’emplois qu’elles n’en créent, de telles mesures ne sont pas loin d’être qualifiées de socialement criminelles. Elles permettent à l’employeur d’augmenter la charge de travail des salariés sans avoir à embaucher quand pas moins de 21,526 millions de personnes en juin 2009 sont exclues du marché du travail en Europe6.


Une issue sans alternative. Aujourd’hui, la crise a fait voler en éclats le modèle anglo-saxon. L’écroulement des marchés financiers ne fut qu’un des symptômes révélateurs d’une économie qui ne subvient plus aux besoins des populations. Il manque, au bas mot, 4 millions d’emplois en France. Qui peut prétendre créer prochainement assez d’emplois sans répartir le travail existant ? Le chômage technologique détruit tous les jours de l’activité dans les pays développés et nous ne sommes qu’au début de la 3ème mutation industrielle. Entre 2002 et 2008, l’industrie française a perdu 476.000 emplois7 alors que celle-ci produit toujours plus. L’énorme disparité des salaires et la capture des bénéfices aux profits des actionnaires8 ne permet pas une redistribution des gains de productivité au bénéfice de tous. Alors allons-nous continuer à parquer les exclus du travail dans des ghettos urbains et remplir les prisons comme aux Etats-Unis ou bien renouer avec une justice fiscale créatrice d’emplois ? Car il n’y aura aucune relance économique durable sans un rééquilibrage des salaires, sans une révision de la durée légale du travail et sans une reprise en main par le secteur public du crédit bancaire à destination des besoins sociaux. Tout autre politique est une trahison envers les millions de citoyens dont l’espoir est suspendu au dépassement de la crise économique.

Qu’attendent nos experts pour prendre leurs responsabilités ?


Fredback, NG Ile de France








Cliquer sur la note pour accéder au site de référence :


6 Eurostat

7 Le Monde 23 février 2008

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Réduction du temps de travail : choisir ou subir ?

Par Nouvelle Gauche le 04/12/2009

3.888.300 chômeurs en France en juillet1, hors travailleurs précaires. Alors que les perfusions à l’économie, prime à la casse en tête, lui redonnent une stabilité de façade, le chômage explose. Et pour ceux qui gardent leur emploi, la pression s’accentue.

 

Quelles réponses à gauche ? Les socialistes organisent « une journée de l’emploi ». Leur meilleure proposition ? « 100.000 emplois aidés »… De façon évidente, nous pouvons faire mieux. N’ayons pas peur de faire le bilan. Mettons sur la table les nouvelles variables, les idées qui décoiffent. S’il est plus difficile de construire un projet de gauche, c’est parce que nos bonnes idées sont moins faciles à vendre que les slogans du sarkozysme ou le « bon sens » conservateur.

Quand on parle solution au chômage de masse, et qu’on est de gauche, la réduction du temps de travail nous vient naturellement à l’esprit. Les 35h ont été une étape, malheureusement mal ficelée et parfois, disons-le, contre-productive. Il était nécessaire de systématiser les embauches et conditionner strictement les aides, de rendre attractif plutôt qu’imposer, de protéger les bas salaires, d’articuler le dispositif avec les besoins de formation et l’épanouissement personnel. Pourquoi ne pas le reconnaître et accepter les progrès qui nous restent à faire ? Nous pensons que c’est non seulement possible, mais aussi indispensable.

 

400 entreprises sont déjà passées à 4 jours.

Et en réalité, ce chantier-là a déjà démarré. C’est la semaine de 4 jours à la carte, et 400 entreprises l’ont déjà mise en place avec succès. De l’usine de yaourts à l’auto-école, des entreprises qui n’avaient pas grand-chose en commun, pas les mêmes contraintes mais qui ont gagné en intelligence collective, en intérêt du travail, en temps libre et en productivité. S’appuyant notamment sur la valorisation du budget de l’UNEDIC, le bouclage macro-économique de la « formule Larrouturou » tient : maintien du potentiel de production, stabilité des coûts, stabilité (ou hausse) du revenu disponible des ménages, absence d’aggravation du déficit public.

Et 1.600.000 emplois en CDI à la clé2.

Face à la hausse phénoménale de la productivité au cours des dernières décennies, face aux perspectives de croissance tellement incertaines qu’il serait criminel (et idiot) d’y mettre tous nos espoirs, nous devons aujourd’hui faire un choix fondamental. Soit nous reprenons courageusement notre combat pour la RTT, avec la volonté d’édifier un nouveau pacte social, soit nous laissons faire les néo-libéraux qui eux, rappelons-le, n’ont pas besoin d’être courageux pour arriver à leurs fins.

 

Depuis plusieurs semaines, la durée hebdomadaire du travail dans les usines américaines est tombée à 33 heures, faute de demande. Un mouvement qui entretient la baisse des revenus salariaux et pourrait nourrir la faiblesse de la consommation dans les prochains mois3. 33 heures de durée réelle aux USA. 32 heures en Grande Bretagne… La question n’est donc pas « pour ou contre la RTT ? » mais « quelle RTT ? ». Une RTT faite de précarité et de violence sociale ou une RTT négociée collectivement, sans baisse de revenu pour le plus grand nombre et avec plus de 1.500.000 nouveaux emplois à la clef ?

 

Choisir ou subir la réduction du temps de travail, la question se pose plus que jamais.

 

Thomas MAZIERE

Secrétaire général de Nouvelle Gauche

www.nouvellegauche.fr



 

 

1. catégories A, B et C.

2. Pierre Larrouturou. Pour la semaine de quatre jours. La Découverte (1999)

3. Le Figaro – 3 octobre 2009


 

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Cynisme et cosmétique

Par Nouvelle Gauche le 26/11/2009

La fusion ANPE-Assedic se réalise dans un contexte très difficile, ce qui permet de prétexter « la crise » pour masquer les modalités catastrophiques : fermetures de 30% des sites ouverts aux chômeurs, formations bâclées des agents, informatique en travaux, conditions d’accueil dégradées, déshumanisation et facturation à travers le 3949.


image

Les « renforts temporaires d’effectifs, dans certaines régions » qu’a concédé M. Sarkozy le 23 novembre, n’est qu’une goutte d’eau pour éteindre l’incendie qui se propage à Pôle emploi : 180 demandeurs d’emploi par conseiller ; embauche uniquement de CDD à Pôle emploi ; 47.000 agents en France, contre 70.000 en Grande-Bretagne ou 80.000 en Allemagne


L’excuse de dire « le chômage a doublé aux USA ou en Suède, pas en France » est un artifice de communication : le taux états-unien par rapport à la population active est certes passé de 5% à 10%… mais en deux ans (septembre 2007 à octobre 2009) ! De plus, les chômeurs « découragés » y sont comptabilisés alors qu’ils sont radiés et hors-stats en France. Aux USA, les travailleurs à temps partiel sont pris en compte, alors qu’ils sont dans les catégories B et C dans l’Hexagone… (source :  www.marianne2.fr/Aux-USA,-le-Dow-Jones-monte,-le-chomage-encore-plus_a182727.html) Enfin, la France prend bien soin chaque mois d’écarter des statistiques les DOM (Guyane, Réunion, Martinique, Guadeloupe). Une pratique à abolir.

Concernant la Suède, le chômage a certes doublé… mais en passant de 2% à 4% de la population active, donc avec des conséquences sociales beaucoup moins dramatiques.


La fusion mise en œuvre depuis le vote de la loi du 13 février 2008 n’est pas seulement un bouleversement pour les chômeurs et les conseillers à l’emploi : c’est aussi un démantèlement complet du service public de l’emploi, et du principe de l’égalité de traitement. Alors que le rapport Seibel a démontré récemment, après une étude sur plusieurs années, que le secteur public avait de meilleurs résultats que le secteur privé, et qu’il ait été démontré que le coût était bien moindre, la cession de pans entiers de ce « marché public de l’emploi » (dixit les premières phrases du débat à l’Assemblée Nationale…) continue aux profit immédiat des opérateurs privés, sous le prétexte d’une « saine concurrence ».


Les syndicats de Pôle emploi, ainsi que les associations de chômeurs, dénoncent sans relâche et depuis des années, les mesures coercitives visant à n’améliorer que des tableaux statistiques dépourvus de toute humanité face à l’urgence sociale.

Tandis que les salariés des ex-ANPE et ex-Assedic multiplient les jours de grève pour alerter l’opinion et manifester leur désarroi, les associations de chômeurs travaillent d’arrache-pied pour les soutenir et, par la pédagogie, limiter la colère en direction des conseillers pour l’emploi.

Malgré cela, sur  les trois premiers trimestres de l’année 2009, la Direction de Pôle emploi a avoué 3162 agressions verbales et menaces, ainsi que 116 agressions physiques. La réalité est sans doute là aussi, bien au-delà de ces chiffres.

Quant aux suicides (plusieurs) ou tentatives de suicide (nombreuses), Pôle emploi a trouvé la solution : ne plus communiquer aucun chiffre et supprimer le Comité National Hygiène Sécurité et Conditions de Travail, qui existait conventionnellement.


Alors que la fusion était prétextée par une personnalisation plus grande de l’accompagnement des chômeurs (objectif 30 à 60 demandeurs par agent), le chiffre reconnu par la Direction est aujourd’hui de 94, et le chiffre réel, en moyenne, est entre 170 et 200.


Le nombre de demandeurs d’emploi réel est désormais de 4 millions de personnes. En effet, une personne qui travaille quelques heures par semaine est comptabilisée dans les catégories B ou C, alors que bien évidemment elle cherche un travail lui permettant de vivre décemment.


Ce 23 novembre, M. Sarkozy revendique avoir apporté « plus de simplicité » avec cette fusion, ce que démentent l’ensemble des usagers et salariés concernés.
Un lieu unique aurait pu être conçu avec intelligence ; malheureusement, le mélange des métiers a engendré un chaos amplifié par la crise : peut-on confondre le médecin et le pharmacien, l’assureur et le garagiste ? Le fantasme de l’agent omnipotent a vécu. « Grâce à la fusion, nous pourrons mettre en 2010 1.300 agents de plus en contact avec le public » se vante M. Sarkozy. Tout ce désordre pour un agent de plus par lieu d’accueil ?!


La Direction de Pôle emploi et le gouvernement admettent « qu’il y aura peut-être quelques retards, que la situation est insatisfaisante dans de trop nombreux sites mixtes » et reconnaissent que « certaines réalisations sont encore inachevées ». Au mieux, ils pratiquent la litote ; au pire, ils font preuve d’un cynisme meurtrier.


Quant aux mesurettes concédées pour la création d’emplois et une relance économique indispensable, elles ne sont définitivement que de la cosmétique.


Nino

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La Recherche
V. Pécresse et N. Sarkozy au pied du mur

Par Bertrand LAFORGE le 20/11/2009

Dans un classement mondial de plus de 2000 institutions de recherche, le SCImago Institutions Ranking (SIR) World Report 2009, qui apparaît en numéro 1 ? Harvard, Princeton, le NIH, la NASA… ?


Non, le premier organisme de recherche mondial, c’est le CNRS, un organisme désuet que la politique gouvernementale n’a de cesse de dénigrer et dont les chercheurs, pour paraphraser le président de la république, viennent se prélasser confortablement dans leur laboratoire pour l’unique raison qu’ils sont chauffés (cf. son discours du 22 janvier 2009).


Alors pourquoi pas de mea culpa public ? Pourquoi n’y a-t-il eu aucun communiqué sur ce classement international de la part du CNRS ou du Ministère alors que d’autres organismes français de premier plan le reconnaissent (en omettant de citer le classement du CNRS bien sûr, LRU oblige) et s’enorgueillissent d’y figurer en bonne place également ?


La réponse est simple : les résultats de l’évaluation ne collent pas avec la “vision” de la recherche de la droite dont l’objectif principal est la disparition des organismes actuels afin de les transformer avant tout en agences de moyens, c’est à dire en structure de support sans chercheurs propres.


Il va sans dire que cette insupportable démonstration de qualité d’un travail accompli par des chercheurs fonctionnaires d’Etat doit être tue par les thuréfaires de la “libéralisation” de la société française soumise à son “système public défaillant” qui pénalise son dynamisme.


Qui plus est, nul besoin de soulever encore un coin du tapis qui pourrait révéler, comme le précise un rapport tout récent de la cour des comptes, le scandale du CIR (crédit impôt recherche) qui, contrairement à tous les chercheurs brillants de nos grands organismes qui subissent un contrôle tatillon dans lequel le moindre euro dépensé doit être justifié, n’est l’objet d’aucune évaluation de la part du gouvernement et qui se révèle une gabegie sans nom des deniers publics. Je cite :


“ La réforme du CIR constitue une baisse, qui peut être qualifiée de déguisée, du taux normal de l’impôt sur les sociétés de l’ordre de 2 à 3 points et est ciblée de fait sur les grandes entreprises qui effectuent des dépenses de Recherche & Développement. Elle peut dès lors constituer un effet d’aubaine pour ces entreprises et favoriser des activités de R & D moins innovantes que celles menées par certaines PME, qui craignent moins de remettre en cause leurs marchés historiques.

Cette réforme est par ailleurs de nature défensive puisqu’elle vise à ralentir la baisse de la dépense privée de R&D, qui est déjà inférieur à celle des autres pays de l’OCDE, et la délocalisation des centres de R&D en France. Une évaluation des effets du nouveau CIR s’avère donc nécessaire” (p. 14)


Pour plus de détails, je vous invite à lire l’article de SLU à ce propos ou encore cet article un peu plus ancien sur le même sujet publié par SLR.


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La capture actionnariale

Par Fredback le 09/11/2009

Des exigences démesurées. Aucune économie ne peut se développer sans crédit. Le capitalisme ne se prive pas d’en rappeler la nécessité quand il faut justifier l’investissement privé. Pourtant celui-ci se transforme en véritable prédateur quand il laisse libre cours à ses appétits de profits.


Ces trente dernières années le capitalisme actionnarial a considérablement augmenté ses exigences de rentabilité au point qu’il ponctionne sous forme de dividendes ou de rachats d’actions plus d’argent qu’il n’en apporte aux entreprises.


capture-action

La dérive commence dans les années 80. Puis les 15 % de ROE («Return on Equity» ou retour sur fonds propres) exigés à la fin des années 90 inquiètent déjà de leurs retombées sur une économie qui peut raisonnablement tabler sur une croissance de 2 à 4 % par an. Aujourd’hui, ils avoisinent  couramment les 20 ou 25 % avec les conséquences dramatiques que cela entraîne.


Par exemple dans le textile français, plus de 320 000 emplois ont été supprimés depuis 1980 (bien avant les performances chinoises) pour atteindre des taux de marge, en moyenne, de 24 % en 2004.


Les entreprises boursières sont les premières assujetties à la capture actionnariale mais elles ne sont pas seules à écoper d’une telle pression sur leurs activités. Nos géants du CAC 40 répercutent sur leurs fournisseurs leurs exigences de rentabilité accrues. Les PME tributaires de ces grands groupes doivent s’aligner en baissant les marges et les salaires.


Un autre phénomène, loin d’être marginal, aggrave la situation : les LBO (Leveraged Buy-Out). Des fonds d’investissement (Private Equities), les plus souvent anglo-saxons, collectent d’énormes capitaux auprès des banques, des assurances, des fonds de pension et des grandes fortunes pour se spécialiser dans le rachat d’entreprises. Plus de 8000 actuellement de par le monde sont en leur possession. Un salarié américain sur quatre travaille pour eux. En France, c’est un salarié sur douze avec des entreprises comme TDF, Picard, Dim, les restaurants Quick, Buffalo Grill, les Pages jaunes, Allociné ou Afflelou…


Ces fonds apportent (en moyenne) 30 % de la somme, le reste est emprunté aux banques. Le prêt et ses intérêts seront remboursés avec les profits prélevés sur l’entreprise sur une durée de 4 ans. Elle est ensuite revendue, généralement a un autre fond d’investissement, qui fera de même et ainsi de suite. Lorsque l’on investit 30 et que l’on rembourse 70 sur le dos de l’entreprise et que l’on revend 130, cela fait du 300 % de taux de retour sur investissement en 4 ans. Certains attribuent à la cupidité de ces pratiques les vertus de la rationalisation. En fait de rationalisation, ce sont de véritables démantèlements de l’appareil de production qui sont mis en place.


Réduction des effectifs, compression des salaires, augmentation des cadences, suppression de pans d’activités pas assez rémunérateurs (bien que parfaitement viables) et délocalisation sont quelques-unes des méthodes draconiennes appliquées par les nouveaux propriétaires. Aucune pérennité n’est recherchée car seul prime l’objectif de rentabilité qui permettra de rembourser le prêt et de spéculer sur la revente à court terme.


Quant aux PMI, PME qui ne sont pas encore liées à de grands groupes côtés en bourse ou qui échappent à la rapacité des Private Equities, elles ne sont pas pour autant épargnées par ce mouvement de fond dont la première conséquence est la diminution des salaires donc du pouvoir d’achat d’une partie de leur clientèle. Tout le tissu économique, sans exception, se trouve affecté par la nocivité de la capture actionnariale.


Des conséquences sociales désastreuses. Depuis 35 ans, les salaires ont vu leur part diminuer de 11 % dans la valeur ajoutée pour satisfaire la rémunération des actionnaires. C’est une véritable régression dans la répartition des richesses à laquelle nous assistons. Sans compter un déséquilibre des salaires entre les différents groupes sociaux qui à ni plus ni moins rejoint celui des années 20.


Il se trouve malgré tout quelques « experts » pour nous expliquer avec aplomb que la part des salaires est restée « à peu près stable » ces 20 dernières années en France (quand elle a baissé entre 60 et 90 milliards et ceci sans intégrer l’impact de la croissance des loyers qui constituent un retour direct vers les détenteurs du capital) ou que celle-ci était trop importante dans les années 80 (de là à s’effondrer de 11 %, c’est considérable).


Les esprits les plus suspicieux rétorqueront que les petits salaires ont un meilleur niveau de vie qu’il y a 50 ans.FRANCE DEMONSTRATION C’est vrai que la grande distribution a donné accès à un nombre croissant de produits discounts ou de grande consommation. Si la part des salaires s’est effondrée, parallèlement les prix ont été tirés vers le bas. L’accès aux produits de grande consommation fabriqués dans les pays du Sud ont permis d’atténuer l’impact social de la dégradation des salaires dans les pays du Nord tout en augmentant les marges des producteurs. La Chine est devenue parmi les premiers fabricants mondiaux de produits bas de gamme et de denrées alimentaires mais aussi d’ordinateurs portables (70 % du marchée), téléphones mobiles (55 %), téléviseurs écrans plats (40 %), microprocesseurs.


65 % des exportations « made in China » sont réalisées par des groupes étrangers. Sur les 500 premières multinationales, 400 ont réalisé des investissements en Chine.


Certains spécialistes estiment que pour 100 euros produits sur le territoire chinois il en reste 20 à 25 dans le pays. Les grands groupes gagnent sur les deux tableaux : baisse des salaires dans les pays industrialisés et bénéfices sur les bas salaires dans les pays du Sud qui travaillent dans des conditions déplorables. 750 000 Chinois meurent chaque année en raison de la pollution, pour ne parler que des causes liées à la pollution industrielle. En Europe, un salarié sur cinq déclare souffrir de trouble de santé lié au stress au travail.


Moralement injustifiable, le déséquilibre dans la répartition des revenus pourrait passer pour un mal nécessaire au développement, s’il n’était pas responsable de l’exclusion croissante de milliers de salariés de la vie économique. Car, avec la pression sur les salaires, l’autre conséquence de la capture actionnariale, c’est l’augmentation de la précarité et du chômage.


La spéculation comme finalité. Les conséquences de la mondialisation sont souvent invoquées pour justifier la fatalité des pratiques libérales imposées par la concurrence déloyale des autres pays. On a vu que ce sont souvent les mêmes qui accentuent la pression sur les salariés du monde entier. Il faut aussi relativiser l’impact des délocalisations. Même s’il est réel dans certains secteurs de l’économie, il ne représente finalement que 5 % de la perte d’emploi sur le territoire Français.


D’autres activités sont venues prendre le relais et le bon niveau de formation comme la forte productivité des salariés français ont permis d’attirer un grand nombre d’investisseurs. En 2007, les travailleurs français sont troisièmes, juste derrière les Norvégiens et les Américains pour leur productivité par heure de travail. La France est aussi la seconde destination (avec la Grande-Bretagne) pour les capitaux étrangers après les Etats-Unis. Pourtant le chômage n’a fait qu’augmenter et cela bien avant la crise car les taux de rentabilité exigés par les actionnaires excluaient déjà les hommes et les femmes qui trouveraient parfaitement leur place dans une société où les détenteurs du capital estimeraient normal de gagner 4 % ou 5 % par an sur leurs investissements. L’explosion des taux de marge creuse la réduction de la masse salariale dans des pays industrialisés déjà frappés par un déséquilibre  de l’offre et de la demande de travail due à la révolution de la productivité.


C’est le rappel constant et brutal du droit au profit imposé par le pouvoir actionnarial à l’ensemble des populations. Les investissements ne sont plus destinés à développer l’appareil de production en fonction des besoins réels de la société (donc à créer de l’emploi) mais à faire des profits.  Au point ou une part importante des capitaux nécessaires au développement économique préfèrent s’orienter vers des placements spéculatifs beaucoup plus lucratifs. La banque de financement et d’investissement de la Société Générale a dégagé un ROE de 48,3 % au dernier trimestre 2006 quand le département « Securities Services » de JP Morgan dégageait un ROE de 58 %… nettement plus que l’économie réelle.


Keynes fut l’un des premiers à montrer que l’exigence d’un taux de rendement élevé contribuait au déclin de l’activité et de l’emploi en opérant une redistribution du revenu défavorable à la consommation populaire et favorable aux placements spéculatifs et pourtant depuis le début du XXIe siècle, la dérégulation financière n’a fait que s’accentuer.


La financiarisation de l’économie par la dérégulation bancaire et ses innovations a été l’étape ultime qui a permis de compenser la perte du pouvoir d’achat de milliers de salariés par l’accès au crédit (subprimes, prêts à la consommation, prêts automobile, cartes de crédit…). Mais surtout, elle a érigé en mode de vie le placement spéculatif des détenteurs du capital. Les hauts revenus par leur consommation débridée sont arrivés à tirer la croissance tout en paupérisant la grande majorité des salariés (aux USA, la montée de la part de la consommation est essentiellement attribuée aux 20 % de la population disposant des revenus les plus élevés. En France, 85 % des salariés ont vu leur revenus stagner ou régresser au profit des 5 % les mieux payés dont le 0,01 % les mieux payés qui ont augmenté leurs revenus de 51 % entre 1998 et 2005)… une concentration des richesses qui culmine jusqu’au crack boursier du 15 septembre 2008 (et que tout porte à croire qu’elle se prolonge encore).


Car la concentration du capital atteint de telles proportions dans son principe d’accumulation qu’il devient impossible de maintenir des investissements aux taux de rendement escomptés par les porteurs de capitaux. Un décrochage se produit entre une bulle financière totalement artificielle et une économie réelle déjà sacrifiée aux appétits des actionnaires.


Une réponse politique. Sans une remise en cause des pratiques actionnariales, soit par leur encadrement, soit par la mise en place d’une alternative (pôle d’investissement public), soit par la participation des salariés aux décisions de l’entreprise — soit par les trois à la fois —, il n’y aura aucune sortie de crise possible. Il n’y a aucune raison que la puissance actionnariale trouve d’elle-même les voies de la modération. La puissance va toujours au bout de ce qu’elle peut et, sans opposition, la démesure est sa pente. Si rien n’est fait pour y mettre un frein, le capital actionnarial explorera toujours plus profondément de nouvelles possibilités d’exploitation et s’opposera toujours à toute régulation. Car si l’instabilité du capital actionnarial est conjurée, c’est là profitabilité qui est menacée. Et quand la profitabilité est reconstituée, c’est l’instabilité qui est de retour. Le libéralisme est aveugle et sans projet. Seul le politique peut mettre un terme à la crise que nous traversons.


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La prochaine crise du crédit aux USA

Par Bertrand LAFORGE le 09/11/2009

Une vague alarmante de nouveaux crédits. Je viens de découvrir un documentaire américain (visible ci-dessous seulement en anglais malheureusement) qui donne des informations très précises sur l’état du marché du crédit aux USA. Il y est fait mention d’une étude de Crédit Suisse qui a établit les encours des crédits à taux variables dont les taux vont être révisés (à la hausse) contractuellement d’ici 2012, mettant ainsi une fraction importante des emprunteurs dans l’incapacité de rembourser leurs prêts (c’est déjà ce qui était arrivé avec les subprimes qui ont conduit à la déflagration du crédit que l’on a connu en 2008).


imfresets1Le graphe synthétique  de cette étude présenté ci-contre met à jour deux types de crédit dont le fonctionnement et l’encours font peser le risque d’une seconde crise du crédit au moins aussi importante que celle que nous venons de connaître. Les fautifs ont des noms exotiques et répondent aux doux noms de Pay Option ARMs (POA) et Alt-A Mortgage. Ces deux types de crédits ont été très utilisés dans le secteur du crédit immobilier aux USA aux cours des dernières années.


D’après ce graphe, nous sommes actuellement au creux d’une vague qui connaîtra ses prochains maxima en 2010 et 2011. Etant donné le niveau d’intervention des états lors de la première crise de 2008 et de leur situation d’endettement consécutive à leur prise en charge d’une grosse partie des actifs “pourris” des banques, seront-ils en capacité d’agir ?


La question du piège de la dette publique soulevée par Pierre Larrouturou sur ce blog est donc particulièrement importante et en passe de faire exploser le système financier international.  Sans capacité d’action, les états risquent de devoir assister, impuissants, à une récession sans précédent qui aurait des répercussions importantes sur l’équilibre de nos sociétés.


Une course de vitesse est engagée. Pour sortir du piège les marges de manoeuvre sont de plus en plus faibles et la situation appelle à une prise de décisions rapides et radicales pour s’en sortir. Le G20 n’a pas pris la mesure du problème et ne propose aucune mesure capable de nous sortir du mauvais pas actuel.


Des solutions s’imposent. Concernant le défaut de paiement, il me semble qu’il peut être abordé d’une manière radicalement différente que lors de la première crise. Une première mesure serait d’imposer aux établissements bancaires de ne pas faire varier les taux d’intérêts de ces prêts variables afin de ne pas étrangler les emprunteurs. Une seconde serait d’exiger des banques la restitution des intérêts résultant de la création monétaire qu’elles s’arrogent à chaque fois qu’elles accordent un crédit. En effet les banques ne prêtent seulement que 8% de capitaux propres (accords  Bâles I et II) lorsqu’elles accordent un crédit. Le reste du prêt repose sur de la création monétaire supervisée par les banques centrales. Par contre, les banques accordant les prêts gardent les intérêts sur la totalité de la somme prêtée. Le bien public (droit de création monétaire) est détourné au profit d’intérêts privés (ceux des établissements financiers et de leurs actionnaires  essentiellement)  alors que ce pactole serait particulièrement utile aujourd’hui aux états pour faire face aux mesures d’urgence nécessitées par la crise actuelle et les répliques à venir. Troisième axe pour prendre le taureau par les cornes, exiger des états qu’ils ne garantissent plus les actifs pourris des banques mais qu’ils se portent garant des emprunteurs individuels eux-mêmes. Ainsi, en garantissant les remboursements des emprunteurs, on réglerait en même temps celui des actifs “pourris” qui retrouveraient leur valeur initiale mais cette fois on ne mettrait pas les familles à la rue et l’impact social de la crise serait notablement amoindri.


Regardez le film, cela en vaut la peine :




Bertrand Laforge

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