Jeudi soir, les militants socialistes sont invités à voter dans le cadre d’une grande consultation militante. On pourrait voir dans cette procédure un regain de démocratie interne, mais, malheureusement, il ne s’agit que d’un miroir aux alouettes destiné à masquer les problèmes démocratiques récurrents qui marquent la vie de notre parti depuis 10 ans.
Comment être d’accord avec une consultation militante fermée alors que la crise actuelle du parti socialiste appelle à des débats ouverts et profonds ? Comment être d’accord avec une telle procédure de consultation quand certaines questions traitent de problèmes vastes et complexes auxquels on demande de répondre par oui ou par non ? Comment être d’accord avec un calendrier express qui ne laisse aux militants aucune marge de manoeuvre pour réfléchir sur ces questions, que ce soit individuellement ou au sein de leur section ou fédération ? Comment accepter un calendrier qui fait coïncider quasiment jour pour jour, ce vote et la mobilisation générale affichée des socialistes autour de la sauvegarde de la Poste et des services publics ?
Sur la forme, c’est donc un déni de démocratie et la confiscation d’un débat militant pourtant aujourd’hui indispensable.
Sur le fond, certaines questions sont importantes mais nécessitent un travail collectif conséquent avant de se matérialiser en propositions précises et comprises de tous les militants.
La question du non-cumul des mandats est un bon exemple de la confiscation du débat. Pourquoi par exemple interdire le cumul de plus de 3 mandats de chef d’un exécutif local mais pas celui de 3 mandats de parlementaires ? Pourquoi ne pas limiter le nombre de mandats simultanés dans des collectivités territoriales et limiter la constitution de baronnies locales ? Pourquoi ne pas aborder la question d’un statut de l’élu permettant la constitution d’assemblées en phase avec la structure de la population française et qui permettrait aux ouvriers, aux employés et aux cadres des entreprises d’accéder aux fonctions de parlementaire en ayant une vision de leur retour à la vie civile à l’issue de leur mandat ?
La question sur la constitution des listes électorales et de la représentation de la diversité est une question intéressante sur laquelle il est sain de travailler en profondeur et de développer un point de vue global. C’est d’autant plus important que le positionnement de la gauche nord-américaine donne à réfléchir. D’après certains intellectuels américains, la mise en avant d’un combat pour la reconnaissance de la diversité aux USA s’est accompagné de l’abandon du combat historique pour l’égalité sociale.
Par ailleurs, cette question de la sous-représentation chronique supposée de socialistes issus de la diversité ne serait-elle pas réglée naturellement par la mesure de déverrouillage des mandats rendu possible par le non-cumul ? Par ailleurs, est-ce bien raisonnable de laisser la question de ces désignations au seul bureau national en volant tout pouvoir décisionnel aux militants ?
La question centrale de l’organisation de primaires ouvertes à toute la Gauche est lancée sans qu’un débat de fond n’ait pu être organisé entre les militants du parti socialiste. Présentée comme une solution miracle au problème de leadership actuel du parti, elle interdit toute autre hypothèse de travail comme par exemple l’émergence de porteurs du projet socialiste issus d’un processus inédit de remise au travail du PS sur les questions économiques et sociales.
La discussion des conséquences d’une telle ouverture du Parti Socialiste sur l’extérieur est complètement escamotée. Le gagnant du processus des primaires risque de devenir celui qui aura été le mieux en mesure de lever des fonds de campagne ou le mieux en capacité d’activer efficacement ses réseaux médiatiques. Alors que nous dénoncions la personnalisation à outrance de la 5ème République, nous jouerons le même jeu au sein de notre parti. Ceci se fera au détriment du travail collectif normalement basé sur de profonds échanges internes entre militants fortement impliqués. Le remplacement de cette culture du travail de fond par une culture de clubs de supporters ouvrant les portes à la démagogie et au populisme est un écueil que nous devons éviter. Que les français dont le coeur est à gauche veuillent peser sur le choix du projet socialiste et de son porteur, c’est, somme toute, naturel mais qu’est-ce qui les empêche de le faire en rejoignant les rangs des partis de gauche et du PS en particulier ? De ce point de vue la question de la simplification des procédures d’adhésion au PS va dans le bon sens…
Certaines autres questions sont par contre totalement déroutantes. En particulier, la question ”Approuvez-vous la mise en œuvre dans les scrutins internes de notre parti, de nouveaux mécanismes, inspirés des règles et des moyens de la République, garantissant la sincérité et la fiabilité de nos votes ? ” possède une dimension comique aboutie.
Est-ce une vraie question de savoir si nous voulons que les instances du Parti Socialiste, garantes de son fonctionnement démocratique prennent toutes les mesures adéquates pour aboutir à l’organisation d’élections non truquée ?
Las de ces fausses questions, nous aurions aimé avoir la possibilité de nous exprimer sur des questions qui sont à nos yeux centrales comme :
Souhaitez-vous que le Parti Socialiste affiche comme première priorité la lutte contre le chômage et l’exclusion et qu’il entame un travail profond de rénovation de sa doctrine socio-économique permettant de proposer en France et à nos partenaires étrangers des mesures crédibles pour sortir de la crise et du chômage de masse ?
ou encore :
Souhaitez-vous que le Parti Socialiste relance le processus de construction européenne avec ses partenaires de la gauche européenne en organisant un cycle de travail dont le premier atelier aurait lieu à Paris en janvier prochain et dont l’objectif serait de rédiger les nouvelles bases d’un traité social européen ?
Colette Gros
Membre du Conseil National du Parti Socialiste
Bertrand Laforge
Membre du Conseil Fédéral PS de Seine Saint-Denis