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Crise financière, crise économique : comprendre pour agir
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Archives 'Projet de la gauche'

Le GPS lance une pétition auprès des militants du Parti Socialiste pour déverrouiller le PS

Par Nouvelle Gauche le 23/07/2010

Le GPS (grandprojetsocialiste.fr), groupement militant auquel s’est associé Nouvelle Gauche dans le cadre du travail de fond entamé lors des conventions organisées par le PS cette année, vient de lancer une pétition à destination de la direction du Parti Socialiste et de son Conseil National afin d’obtenir une réelle démocratisation des modes d’élaboration collective au sein du parti.


Pour qu’un projet novateur à gauche voit le jour, il est indispensable d’obtenir le soutien du maximum de militants du PS pour faire bouger les lignes et obtenir que les commissions des résolutions fédérales ou nationale ne jouent plus le rôle de censure qu’elles assurent actuellement à l’encontre de toute initiative venant de la base du parti.


Votez et faites voter la pétition GPS  “Pour soutenir le cycle de conventions du Parti Socialiste & Contre la censure de la commission des résolutions”

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Etats généraux du renouveau : Nouvelle Gauche à l’action

Par Nouvelle Gauche le 14/06/2010

etatsgenerauxrenouveaugrenoble2010En partenariat avec le Nouvel Observateur et Libération, Nouvelle Gauche participe à l’organisation de plusieurs débats lors des états généraux du renouveau qui auront lieu à Grenoble du 18 au 20 juin à Alpes Congrès.


Devant la crise sociale actuelle dans laquelle on s’enfonce, il est primordial de mener un débat d’idées pour sortir de cette crise par le haut. Pour l’instant, on ne nous promet que plans d’austérité et relance de la croissance qui sont d’ailleurs des objectifs en partie contradictoires.

Alors que les crises s’accumulent tant sur le plan économique, sociale ou écologique, nous ne pourrons faire l’économie de débats de fond sur ce que l’on peut attendre de la croissance du PIB, sur comment remettre la création monétaire au service de tous, sur la résolution du chômage de masse lié aux immenses gains de productivité rendus possible par nos progrès collectifs. Il y a maintenant urgence à aborder tout ces sujets…


On notera avec intérêt les 3 débats suivants qui sont au coeur de nos préoccupations :


- Samedi 19, 11h - Vaincre la faim ? avec Marc Dufumier


- Samedi  19, 12h - Peut-on encore tout miser sur la croissance ? avec Corinne  Lepage


- Samedi 19, 16h30 - Précarité, Chômage : a-t-on vraiment tout essayé ? avec Eva Joly et Pierre Larrouturou


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Retraites : la durée de vie n’est pas le problème

Par Nouvelle Gauche le 26/05/2010


Nous vous livrons ici l’analyse sur la question des retraites élaborée au sein du collectif Grand Projet Socialiste auquel notre association s’est associé dans le cadre le convention nationale du PS sur un nouveau modèle sociale, économique et écologique.


La politique de suppression systématique des grands services publics touche principalement l’éducation, l’assurance-chômage, la santé et les systèmes de pensions. Nous voulons montrer dans cette partie que la question du financement des systèmes solidaires doit être examiné avec un regard extrêmement critique sans quoi la privatisation de tous ces services publics est devant nous.

La question des retraites est fondamentale pour l’avenir de nos sociétés et symptomatique de la régression sociale dont souffre notre époque. On tente de nous faire croire que la France n’aurait pas les moyens de son régime de retraites par répartition.

La question des retraites repose la question de la solidarité entre les générations et plus largement les logiques de solidarités au sein de la société française. Ainsi le système français repose sur un système où la collectivité finance la formation et la santé des jeunes qui à leur tour financent les retraités quand ils accèdent au marché de l’emploi. Cette belle mécanique est train de se briser sous les coups de boutoirs des réformes néolibérales : marchandisation de l’enseignement supérieur (dont la LRU est un prémisse), marchandisation de la santé (avec le développement d’une couverture assurancielle et non plus mutualisée), marchandisation de la retraite (avec le développement de la retraite par capitalisation).


Le débat médiatique actuel ne propose d’autres issues possibles au vieillissement de la population que l’allongement de la durée des cotisations ou la baisse des pensions. Nous devons sortir de cette pensée unique et remettre les faits économiques au coeur du débat.

En effet, le sens commun admet parfaitement qu’avec la baisse du nombre d’actifs cotisant alors que le nombre de retraité augmente, il faut faire évoluer le financement des retraites. Quand aujourd’hui il y a 1,8 cotisants par retraité et qu’on en annonce 1,2 en 2050, comment douter qu’il va falloir réduire les prestations ou l’âge auquel on peut y prétendre ? Et pourtant, c’est faux ! Ce qui compte ce n’est pas le nombre de cotisants mais ce qu’ils produisent.


Deux composantes majeures du financement doivent en effet être considérées : l’augmentation de la productivité du travail et la croissance attendue des richesses entre 2010 et 2050. L’hypothèse la plus pessimiste du rapport du conseil d’orientation des retraites (COR) publié le 14 avril 2010, table sur une croissance de la productivité annuelle du travail de 1,5% et d’une croissance molle du PIB de 1.7% par an. Dans l’hypothèse d’un allongement de la durée de la vie et de prévisions démographiques qui estiment que la proportion de retraités devrait augmenter de 23 % en 2005 à 33 % en 2050 pour une population totale en augmentation de 15% et une population active sensiblement constante, il faudra trouver 115 Milliards d’euros supplémentaires en 2050 pour payer les retraites d’après ce rapport.

Mais dans le même temps le PIB sera passé de 1950,1 Milliards d’euros en 2008 à 3830 Milliards d’euros en 2050, soit près de 2 fois plus de richesses produites. L’augmentation de la productivité horaire du travail sur la même période sera de 181%. Cela signifie qu’un actif en 2050 créera 1,8 fois plus de richesse qu’un actif actuel. En terme de cotisants actuels, le nombre de cotisants par retraité en 2050 sera donc de 1,2*1,81 = 2,17. Cela signifie qu’en maintenant les cotisations constantes par rapport à la richesse produite, les cotisations dégagées pour payer chaque retraité en 2050 seront 20% plus élevées qu’à l’heure actuelle où ce nombre de cotisants par retraité n’est que de 1,8. Ceci signifie qu’il y a une marge de manoeuvre pour augmenter les cotisations sans pénaliser le niveau de vie des actifs en redistribuant une partie des fruits des gains de productivité au service de la solidarité intergénérationnelle. D’ici 2050, les cotisations devront passer de 13 % du PIB à 16 %.


Notons que ce raisonnement est bien validé par le passé récent : Alors que la population n’a cessé d’augmenter et de globalement vieillir entre 1980 et 2000, l’augmentation du coût des retraites sur cette période a été de 2,3 points de PIB et cela sans poser de problème car dans le même temps la richesse produite a considérablement augmenté ce qui a permis d’en dédier une partie à cette question de solidarité envers nos anciens.


Pas de problème à long terme, mais il faut gérer le papy-boom


S’il y a problème, c’est l’augmentation soudaine de retraités avec le papy-boom qui va créer une montée en puissance sur 30 ans entre 2005 et 2035 environ. Le papy-boom crée une urgence de financement qui n’aurait pas lieu si nous ne vivions pas dans une intense période de chômage.

S’il y a un problème de finances, il est donc ponctuel et réside dans l’augmentation soudaine de retraités avec le papy-boom. Il s’agit d’une montée en puissance sur 30 ans entre 2005 et 2035 (environ). Ce coût supplémentaire perdurera jusque 2045 puis baissera pour disparaître vers 2060 selon les prévisions. Le Fond de Réserve des Retraites était la seule solution logique pour résoudre ce problème mais il n’a pas été financé par la droite au pouvoir. Au contraire, la droite « gestionnaire » a placé le fond existant sur les marchés et il a perdu près de 20% de sa valeur avec la crise en 2008 !


Le problème n’est donc pas comment créer des richesses (le ratio actifs/retraités est compensé largement par l’augmentation de la productivité) mais comment garantir le maintien des taux de cotisations actuels !

A système constant, le problème n’est pas l’espérance de vie ou la durée de cotisation mais bien le taux de prélèvements ! Ce n’est pas un hasard si les prévisions catastrophiques partent sur une base immuable de 13 points de PIB donnés aux retraités…


Le vrai problème, c’est donc la répartition et le chômage


Quand un salarié solde sa retraite aujourd’hui, il est au chômage depuis 3 ans en moyenne. Rendre obligatoire une année de cotisation supplémentaire sans avoir fait radicalement reculer le chômage ne sert à rien : cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu’ils manquent de travail.


Tant que le chômage et la précarité resteront à ce niveau, les ressources de l’État, des collectivités et de la Sécurité Sociale (fondées essentiellement sur les salaires et la consommation) stagneront et nous aurons les plus grandes difficultés à financer les retraites. Plus il y a du chômage et plus il est difficile d’augmenter les salaires et donc les cotisations retraites.


« Les inégalités entre générations ne viennent pas du problème des retraites mais de l’emploi. Le vrai problème c’est le chômage. »

Jean Paul Fitoussi, Président de l’OFCE, le Monde 2001

Aujourd’hui en moyenne, les salariés soldent leur retraite à 61 ans et moins de 30 % des salariés ont encore un emploi.


Cotiser plus longtemps = 10 % de moins sur les retraites


Cotiser plus longtemps, c’est gagner moins. Quand la droite, exige une année de cotisation supplémentaire sans avoir rien fait pour faire reculer le chômage, elle sait très bien que concrètement, pour 70 % des salariés, il manquera une année de cotisation, soit 4 trimestres, cela signifie une décote de 10 % sur leur pension de retraite.

L’âge moyen auquel on solde sa retraite est de plus de 61 ans, l’âge de fin d’activité est plutôt proche de 58,5 ans. On remarque de plus que la réforme Fillon de 2003, loin de provoquer un prolongement dans l’activité à produit l’effet inverse à celui recherché (raccourcissement de l’age moyen de la retraite de l’ordre d’une année). Elle contribue à creuser le déficit des retraites tout en ayant fait diminuer les pensions d’environ 20%.


Avec l’argument “l’espérance de vie a augmenté, donc il faut cotiser plus longtemps”, on prépare une baisse généralisée du niveau de vie des retraites de la sécurité sociale.


Ceux qui veulent développer les systèmes d’assurances privées sont évidemment très favorables à cette réforme (Guillaume Sarkozy, frère de Nicolas Sarkozy est le PDG du groupe d’assurance-santé, assurance-retraite Médéric), mais on comprend que les syndicats s’opposent à ce nivellement par le bas.


« D’autres réformes seront nécessaires. Elles donneront aux assureurs complémentaires un rôle de plus en plus important. » (Guillaume Sarkozy, La Tribune 2006)


« La bonne piste est de compléter le système actuel avec des dispositifs d’assurance privée. » (François Fillon, Les Échos 2006)


« Depuis 2003, la France a mis en place, avec du retard par rapport à ses principaux voisins européens, un cadre législatif permettant l’accès de tous les citoyens à un dispositif complet d’épargne retraite (…) Selon les hypothèses du COR, le taux de remplacement servi par les régimes obligatoires, de base et complémentaire, diminuerait de 83,6 % en 2003 à 75,6 % en 2020 et 64,4 % en 2050 pour un salarié non cadre. La baisse serait encore plus importante pour un cadre salarié : de 64,1 % en 2003 à 55,5 % en 2020 et 42,7 % en 2050. » (Rapport MARINI au Sénat, 30 avril 2008)


Voilà l’avenir que nous prépare la droite libérale : la retraite par capitalisation pour ceux qui en ont les moyens. Pour les autres la baisse des retraites et l’impact des politiques des fonds de pensions sur la gouvernance de nos entreprises qui se solde invariablement par une contraction des salaires, des délocalisations et du chômage de masse. Nous pensons qu’il ne faut pas sortir du système de solidarité nationale intergénérationnelle. Si la droite veut compléter le système actuel avec des dispositifs d’assurance privée, c’est qu’elle admet que l’on puisse aller chercher ailleurs que par des cotisations sur le travail le financement des retraites. Aussi, s’il faut garantir le maintien des taux de cotisations actuels, l’État trouvera les ressources nécessaires en mettant en oeuvre la redistribution des gains de productivité au service de la solidarité intergénérationnelle. Régler la question du chômage en organisant le travail au bénéfice de tous sera le plus sûr moyen d’augmenter le nombre et le montant des cotisations et de répondre au besoin de la société toute entière.







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Pierre Larrouturou et Eva Joly lance un “Appel pour des Etats Généraux de l’Emploi et de l’Ecologie”

Par Nouvelle Gauche le 03/04/2010

“Les élections régionales ont révélé Europe Ecologie comme la troisième force politique française. Nous pouvons être fiers du travail accompli mais, tous, nous avons conscience de la gravité de la crise dans laquelle s’enfonce notre pays : plus de 50 % des citoyens adultes de notre pays n’ont pas voté dimanche et le FN remonte !


Une des causes fondamentales de la crise politique est l’incapacité des partis qui se succèdent au pouvoir depuis 30 ans à sortir notre pays du chômage. La carte de l’abstention est semblable à la carte du chômage : on ne pourra pas sortir de la crise démocratique si on ne parvient pas à sortir du chômage. Le chômage est aujourd’hui le souci numéro 1 des Français. Le nombre total des chômeurs a augmenté de 900.000 depuis 18 mois et Nicolas Sarkozy ne fait rien ! Hélas, 69 % des Français pensent que « la gauche ne ferait pas mieux ».


Certes, tous ceux qui sont venus à nos meetings ont compris qu’Europe Ecologie avait de vraies réponses à la crise, mais quelques semaines de campagne ne suffisent pas à toucher l’ensemble des citoyens. Et -pourquoi ne pas le dire ?- nous n’avons pas la prétention de penser que notre projet est totalement parfait et qu’il ne peut pas être encore amélioré.


Seule la rencontre de toutes les parties prenantes peut permettre de dégager des solutions communes à la hauteur des enjeux et de faire partager notre vision de la conversion écologique de l’économie en matière de formation, d’innovation et de création d’emplois verts non délocalisables.


Voilà pourquoi nous lançons aujourd’hui cet Appel pour qu’Europe Ecologie organise des Etats-Généraux de l’emploi et de l’écologie.”


Signez cet appel et suivez la suite de cette initiative  sur :

http://www.etatsgenerauxemploiecologie.net/

 

 

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Pourquoi faut-il partager le travail ?

Par Fredback le 20/03/2010

La question prêterait à sourire si la période actuelle ne poussait pas à l’exclusion de millions de salariés et cela bien avant la crise économique. Toute l’histoire du capitalisme industriel ne repose t-elle pas sur l’efficacité de la division du travail ? Assigner des fonctions de plus en plus spécialisées à chaque employé a permis des gains de productivité considérables qui ont débouché sur la production de masse. Les nouvelles technologies n’ont fait qu’accélérer un processus qui traverse le développement des moyens de production. La technique n’a d’autre objet que d’économiser le travail de l’homme. Réduite à sa base primordiale, l’histoire n’est que la poursuite de l’économie du temps de travail. De 7 jours par semaine au début du XXe siècle, nous sommes passés à 5 jours alors que la productivité augmentait assez peu. Mais la durée légale du temps de travail n’est pas suffisante pour prendre toute la mesure du partage du travail. Il faut intégrer les congés payés, l’interdiction de travailler avant 16 ans, des cycles d’études de plus en plus long, le départ à la retraite à 60 ans, le travail des femmes, l’immigration et une démographie galopante. Aussi, depuis 40 ans, nos économies avancées ont quintuplé leur productivité et elles se dirigent vers des durées de temps de travail tous emplois confondus se rapprochant de 30h par semaine1 .


open-spacePourtant certains économistes soutiennent que « le travail ne se partage pas2 ». Leur principal argument retient l’idée qu’une « masse fixe d’heure de travail devant être partagée est fausse ». Ou bien que « le travail demandé par les entreprises n’est pas une donnée intangible qui peut se partager ». Effectivement, la masse d’heures travaillées n’est pas fixe et pour cause, elle diminue. En France, entre 1949 et 2007, le nombre d’heures travaillées a baissé exactement de 12,7 % et la population active est passée de 19,5 millions à près de 28 millions. Mais dire que la masse de travail ne se partage pas, c’est bien mal connaître son organisation. Loin d’être une donnée intangible, elle est le fruit d’une organisation collective complexe qui requière coordination et créativité dans la répartition des tâches. On est en droit de se demander si ces personnes ont pris la peine de s’informer des recherches menées sur la division du travail qui font le succès du capitalisme industriel3 ?

Les détracteurs opposent encore à la diminution du temps de travail que les entreprises qui possèdent la meilleure productivité embauche le plus. Personne ne conteste cet état de fait. Il est reconnu qu’une entreprise qui améliore son cycle de production gagne en compétitivité, baisse ses prix, élargie sa clientèle, doit produire plus donc embauche et dynamise son secteur d’activité. Mais la diminution de la masse totale d’heures travaillées conteste encore une fois la généralisation macroéconomique. L’entreprise qui embauche ne détruit t-elle pas de l’emploi chez la concurrence en gagnant des parts de marché quand celui-ci arrive à saturation ?

En dernier lieu, pour les tenants de l’économie de marché, « la destruction créatrice d’emplois serait le principal moteur de la croissance4 ». Par extension le marché du travail reste imprévisible et inquantifiable. Il n’est pas question, ici, de remettre en cause la destruction d’activités qu’entraîne le progrès technologique, pas plus qu’il ne fallait renoncer au moteur à explosion pour conserver le maréchal-ferrant, mais de contester le caractère automatique de la compensation d’emplois par la croissance.


Globalement le capitalisme industriel en développant ses outils de production a décimé la main d’œuvre agricole pour la « déverser » dans l’industrie lourde puis absorbé celle-ci dans l’économie du tertiaire suite à l’automatisation et la désindustrialisation des pays riches. L’histoire nous montre que les effets de percolation (la destruction créatrice) n’ont jamais pu compenser la destruction d’emplois. Seule l’économie de guerre de 1940 a sorti les Etats-Unis de la dépression liée à la première révolution industrielle et ceci malgré le New Deal. Quant au taux de chômage chez les noirs Américains descendants de la main d’œuvre agricole, il est toujours resté très élevé jusqu’à nos jours. Mais surtout, les grands chantiers de reconstruction d’après guerre en Europe sont aujourd’hui terminés. La troisième révolution industrielle détruit des emplois dans le tertiaire en reconfigurant entièrement les modèles de distribution (Internet) et l’organisation hiérarchique des entreprises (mise en réseau, concentration des tâches sur un poste informatique, intelligence artificielle, production à flux tendu…). Ce n’est pas la création de postes ultra-qualifiés dans les secteurs high-tech ni même de postes assez bassement qualifiés du service à la personne (qui ont contribué à un ralentissement de la diminution des emplois peu qualifiés depuis 1985 en France car dans ce secteur les gains de productivité sont plus faibles du fait d’une présence humaine forte difficilement remplaçable) qui absorbera le nombre de chômeurs laissés pour compte dans la destruction massive d’emplois tertiaires et l’hyper productivité dans tous les domaines de l’économie. Entre 1995 et 2002, la production industrielle globale a augmenté de 30 % et la productivité de 4,3 % par an, tandis que chaque année, l’emploi industriel a chuté dans toutes les régions du monde jusqu’à perdre 31 millions d’actifs5. Même si on retranche les emplois intérimaires, qui sont désormais comptabilisés dans les services aux entreprises, le compte n’y est pas. Si la productivité crée de nouveaux emplois, c’est en nombre insuffisant pour compenser les pertes. Que faire ?


Pendant les trente glorieuses (1949-1974), nous observons en France avec l’Insee, une décrue du nombre d’heures travaillées de 45,7 Mds à 42,3 Mds, soit une baisse de 6% dans une conjoncture où la croissance du PIB dépassait les 5% par an. Sur cette période, contrairement aux idées reçues, c’est la diminution du temps de travail qui a maintenu le quasi-plein-emploi malgré l’augmentation de la population active. Elle est passée d’environ 45,5h par semaine à un alignement sur la durée légale, soit 40h. Mais entre 1974 et 2007 le volume d’heures travaillées connaît une nouvelle décrue de 6 %. La croissance ralentie mais le PIB reste malgré tout en constante augmentation6. Entre temps, nous sommes passés à 39h puis officiellement à 35h. Mal déployées, les 35h n’ont diminué à l’époque que de 4 % la durée moyenne tous secteurs confondus7 et ont depuis largement été déconstruites par les aménagements successifs de la droite8. Sur cette période la diminution de la durée légale du temps de travail s’est révélée insuffisante pour compenser les destructions d’emplois et enrayer la monté du chômage. Ce dernier aurait pu être contenu par une réduction annuelle du travail de l’ordre de 16% au lieu des 10,5% constatés. La richesse créée ayant dans le même temps (1974-2007)  augmentée de plus que 240% en volume, nous aurions pu maintenir les salaires. En synergie avec nos partenaires économique, notamment en Europe, nous pouvions choisir d’équilibrer le coût du travail et aligner les prestations sociales par le haut, au lieu de recourir à la financiarisation de l’économie.


Il est important de noter que cette diminution du volume global d’heures travaillées s’accompagne de l’augmentation du nombre d’heures effectuées sous le statut de salarié. Le capitalisme en généralisant le salariat consacre la victoire de la productivité de l’entreprise par la division du travail sur les professions indépendantes. Mais le recours croissant au temps partiel creuse les inégalités. Si le temps de travail diminue, sa répartition est anarchique sous la pression du chômage. En 2007, déjà plus de 2 millions de chômeurs effectuaient 0 heure, 2 autres millions faisaient au mieux quelques heures par semaine de manière subie, 19 millions d’actifs travaillaient plein pot (parfois trop, en moyenne 41h par semaine pour les titulaires d’un CDI ) et 4 millions à temps partiel (CDD ou intérim). La question qui se pose à nous aujourd’hui serait plutôt « quelle réduction du temps de travail voulons-nous ? » ou « jusqu’où pouvons-nous descendre la durée légale du temps de travail ? ». Comme toujours, nous ne pouvons laisser seul le marché décider.


Des leçons instructives. Les 35h sont la cible de nombreuses critiques pour contester une nouvelle diminution du temps de travail. Son application autoritaire a en grande partie compromis son succès. L’expérience du passage à 32h pour plus de 400 entreprises avec la loi de Robien nous paraît un exemple beaucoup plus pertinent pour avoir fait ses preuves9. Ces entreprises ont toutes embauché et gagné en productivité. Comment faire bénéficier de cette expérience à l’ensemble du tissu économique sans que cela soit vécu comme une contrainte imposée de l’extérieure mais comme une chance unique d’améliorer la productivité ? Il faut se donner les moyens d’accompagner les entreprises suivant leur rythme et par branche pour optimiser la division du travail afin de permettre l’intégration de nouveaux travailleurs sans augmenter la masse salariale et sans baisser les salaires. Les grandes réformes nécessitent beaucoup de pédagogie, de diplomatie et l’ajustement d’un dispositif fiscal. Celui-ci a fait l’objet d’un bouclage macroéconomique très poussé réclamé par la Confédération européenne des syndicats. Entre indemniser des chômeurs ou permettre aux entreprises d’embaucher, notre choix est fait. Les énormes gains de productivité doivent êtres impérativement redistribués à travers un meilleur partage de la valeur ajoutée et du temps de travail. D’autre part, les services qualifiés autour du temps libre sont l’industrie de l’avenir tout comme la formation continue permise par le temps libéré répond à la montée en compétence que demandent nos changements de société. Comme le dit William Green10 : « Le temps libre est une certitude. À nous simplement de choisir entre loisir et chômage ». Même si la réduction du temps de travail n’est pas la seule solution au chômage, elle y contribue fortement.



1 France 36,3h ; Allemagne 35,8h ; Danemark 34,6h, Etats-Unis 33,7h ; Pays-Bas 31,4h ; Eurostat 2008.
2 P. Cahuc & A. Zylberberg, Le chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion 2004.
3 Voir les entreprises Kellog’s, Télérama, Monique Ranou, Brioche Pasquier, Danone, Volvo, etc…
4 Joseph Schumpeter, Théorie de l’évolution économique, 1934
5 New York Times, 4 juillet 2008.
6 De 1978 à 1994, le PIB va augmenter de 40 %, Insee. 7 Insee
8 En particulier les heures supplémentaires défiscalisées qui ont détruit environ 90 000 emplois, Insee, 2010
9 Les travaux de l’OFCE, le rapport du Sénat, Evaluation BIP, Pierre Larrouturou : la semaine de 4 jours.
10 William Green, ex-président de la Fédération américaine du travail.


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Le discrédit des experts

Par Fredback le 16/01/2010

expert1Relayer l’information erronée, serait devenue la norme chez nos experts ? Armés de leurs statistiques, les combats chiffrés se multiplient sur les plateaux de télévision ou dans les éditoriaux des magazines afin d’évangéliser les masses maintenues trop longtemps dans l’ignorance. Il faut convaincre des contraintes économiques d’une époque où le fatalisme se dispute à l’impuissance. Les contrevérités se succèdent avec outrance jusqu’au moment où le démenti cinglant de la crise sociale sanctionne le mépris des experts pour leur propre science.


L’Amérique au bord du gouffre. On nous a vendu les États-Unis pendant des décennies comme le modèle économique à suivre. Le chômage y était au plus bas et la consommation élevée avec un taux de croissance supérieure à celui de la France. Aujourd’hui nous constatons avec effarement que le taux de chômage officiel y atteint 10 %1 comme dans les autres pays industrialisés et encore celui-ci n’intègre pas les chiffres cachés. Déjà, dans les années 90, le chiffre officiel du chômage de 4% ne tenait pas compte des millions de travailleurs découragés et par conséquent sortis des statistiques du chômage auxquelles il fallait ajouter un taux d’incarcération le plus élevé au monde avec 0,7% de la population sous les verrous (mieux que la chine). Les 4 % affichés dissimulaient, en fait, un taux chômage équivalent à celui de l’Europe et ne disaient rien des 25 % de la population contraints d’accepter un emploi à temps partiel. Quant à la consommation, elle a été soutenue toutes ses années par des ménages écrasés par l’endettement. La croissance américaine n’a dû son salut qu’à une forte immigration et à la surconsommation des 20 % les plus riches. Le désastre social est total. En 1992, la pauvreté y était déjà plus élevée qu’a aucune autre époque depuis 1962, et depuis cela n’a fait qu’empirer. Les deux tiers de l’ensemble des augmentations de revenus entre 2002 et 2007 sont allés aux 1% des Américains les plus riches2. L’extrême pauvreté a augmenté de 26% entre 2000 et 2005 aux USA. Et comme si cela n’était pas suffisant, 64% d’américains sont obèses ou en surpoids (l’obésité provoque 400 000 morts par an aux Etats-Unis). Les Etats-Unis sont les plus gros pollueurs de la planète avec 25 % des émission de gaz à effet de serre et ils viennent de communiquer à l’économie mondiale une des pires crises financières de son histoire. Le dollar reste la principale monnaie de réserve mais « pour éviter un effondrement complet de leur économie, les Etats-Unis ont “brulé” en quinze mois l’équivalent de toutes les réserves accumulées par la Chine en vingt ans »3. Que se passera t-il si les État-Unis n’ont plus les moyens d’affronter une nouvelle crise ? Le rêve américain ne s’est pas brisé, il s’est muté en cauchemar victime de sa propre illusion.


Pas d’exception pour le Royaume-Unis. En Europe, ce fut l’Angleterre que l’on montra en exemple avant que la crise des subprimes n’éclate et révèle le taux d’endettement record de ses ménages. Son taux de chômage, selon la méthode de calcul anglaise, était sensé être aussi parmi les plus bas avec 4,7 % en 2005. Mais le chiffre se trouva invalidé par les méthodes de calcul du BIT qui ont relevé un taux de 9,6 %, juste en dessous de celui de la France (9,8 %)4. Le Royaume Unis avait sorti de ses statistiques 2,7 millions de malades inemployables victimes de la désindustrialisation brutale. Mais surtout, l’emploi à temps partiel était beaucoup plus développé en Angleterre (25,5 %), avec des salaires réduits en conséquence alors que la France restait à 17,2 % d’emplois partiels5. Bien avant la crise financière, le miracle néo-libéral n’a pas eu lieu.


Quand la France se fourvoie. De l’autre côté de la Manche, Nicolas Sarkozy, toujours prompt à enfourcher les choix politiques désastreux, affirme dès 2004 que la croissance des Français passe par l’endettement. Au menu de son programme présidentiel, il propose, ni plus ni moins, l’importation en France du crédit hypothécaire rechargeable responsable de la crise aux États-Unis.

Mais le sommet de l’ineptie économique est atteint avec son slogan « travailler plus pour gagner plus » et la mise en place d’exonération de charges et d’impôts sur les heures supplémentaires. Au moment même où les forces productives imposent leur révolution informationnelle et détruisent plus d’emplois qu’elles n’en créent, de telles mesures ne sont pas loin d’être qualifiées de socialement criminelles. Elles permettent à l’employeur d’augmenter la charge de travail des salariés sans avoir à embaucher quand pas moins de 21,526 millions de personnes en juin 2009 sont exclues du marché du travail en Europe6.


Une issue sans alternative. Aujourd’hui, la crise a fait voler en éclats le modèle anglo-saxon. L’écroulement des marchés financiers ne fut qu’un des symptômes révélateurs d’une économie qui ne subvient plus aux besoins des populations. Il manque, au bas mot, 4 millions d’emplois en France. Qui peut prétendre créer prochainement assez d’emplois sans répartir le travail existant ? Le chômage technologique détruit tous les jours de l’activité dans les pays développés et nous ne sommes qu’au début de la 3ème mutation industrielle. Entre 2002 et 2008, l’industrie française a perdu 476.000 emplois7 alors que celle-ci produit toujours plus. L’énorme disparité des salaires et la capture des bénéfices aux profits des actionnaires8 ne permet pas une redistribution des gains de productivité au bénéfice de tous. Alors allons-nous continuer à parquer les exclus du travail dans des ghettos urbains et remplir les prisons comme aux Etats-Unis ou bien renouer avec une justice fiscale créatrice d’emplois ? Car il n’y aura aucune relance économique durable sans un rééquilibrage des salaires, sans une révision de la durée légale du travail et sans une reprise en main par le secteur public du crédit bancaire à destination des besoins sociaux. Tout autre politique est une trahison envers les millions de citoyens dont l’espoir est suspendu au dépassement de la crise économique.

Qu’attendent nos experts pour prendre leurs responsabilités ?


Fredback, NG Ile de France









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6 Eurostat

7 Le Monde 23 février 2008

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Pierre Larrouturou le 8 décembre à l’IEP de Lille

Par Thomas MAZIERE le 02/12/2009

pierre larrouturou


Pierre Larrouturou sera à l’IEP de Lille (amphi A) le mardi 8 décembre à 18h.


Crise sociale, crise financière, crise écologique : comment gagner la course de vitesse ?



Pierre Larrouturou à l’IEP de Lille - Part 1-
par marcvasseur



La suite ici

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Intervention de P. Larrouturou
au meeting de EE du 14 novembre 2009

Par Nouvelle Gauche le 24/11/2009

pierre-europe-ecolo“Sortir de la crise : répondre à l’urgence sociale, transformer l’économie” avec Emmanuelle Cosse, Jean-Marc Brulé, Francine Bavay et Pierre Larrouturou, au Premier Forum Régional d’Île de France, à Issy-Les-Moulineaux, le Samedi 14 Novembre 2009.



3ème Table ronde - 2/2 - Premier Forum Régional
envoyé par Europe-Ecologie-IdF. - Regardez les dernières vidéos d’actu.

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Débat public Michel Sapin / Pierre Larrouturou
Le 14 octobre 2009 au Raincy

Par Nouvelle Gauche le 26/09/2009

flyerafficheraincy

A l’initiative des sections PS du Raincy et de Clichy/Bois, un débat public est organisé au Raincy (93) sur le sujet suivant :

 

“Les leçons d’une crise. Quel autre modèle économique pour empêcher de nouvelles crises financières et sociales, sans pour autant entraver la croissance mondiale ?”

 

Michel Sapin, ancien ministre de l’économie et des finances est secrétaire national du PS chargé de l’économie et député de l’Indre, il est l’auteur de “L’État en mouvement” (2002). Il débattra avec Pierre Larrouturou, économiste, membre du conseil national du PS et président de Nouvelle Gauche. Pierre Larrouturou est l’auteur de plusieurs ouvrages dont “Crise : la solution interdite” (2009), “Le livre noir du libéralisme” (2007), “Urgence Sociale” (2006), “Du temps pour vivre” (1999), “Pour la semaine de 4 jours” (1999) et “Les 35 heures, le double piège” (1998).

 

Ce débat aura lieu :

le 14 octobre 2009 à 20h,

AGORA salle Finchley

1 allée Nicolas Carnot,93340 Le Raincy

Accès par le RER E (Le Raincy - Villemomble)

ou par l’autoroute A3 (Le Raincy)





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La diversion de la Taxe carbone

Par Fredback le 25/09/2009

Sans vouloir entrer en opposition avec la motivation première de la taxe carbone qui reste une incitation louable à maîtriser sa consommation d’énergie, nous pouvons nous interroger sur le degré de pertinence d’un tel dispositif. Là où elle a été testée, la taxe carbone semble avoir eu un effet positif. En Suède, elle est en place depuis 1991. Son prix avoisine les 100 euros la tonne de CO2 et elle a contribué à faire baisser les émissions de CO2 de 9 %. Mais est-elle transposable dans le contexte économique Français et permettra-t-elle de relever le défi écologique qui nous attend ?


co2Le principe de la taxe en lui-même. Faire payer chaque citoyen pour les émissions de Co2 qu’il relâche dans l’atmosphère, c’est déjà considérer que chaque citoyen est responsable de son mode de vie et de sa consommation d’énergie. Est-ce vraiment le cas ? Les citoyens sont-ils libres où non de ne pas circuler en voiture, de chauffer leurs appartements ? Si leur isolation est défectueuse et leurs équipements énergivores ce serait le résultat de leur inconséquence ?

Dans ce cas, la taxe carbone serait la solution fiscale pour moraliser la consommation d’énergie et inciter à entreprendre des travaux de réhabilitation. Mais nous pouvons ici douter de la sanction qui consiste à faire payer les « irresponsables » 14 euros la tonne de carbone. Quand un jour dans une école primaire, le directeur a décidé de faire payer les parents d’élèves qui arrivaient en retard pour chercher leurs enfants, celui-ci a vu le nombre de retard exploser. Les parents en payant se sont sentis dédouanés de leurs obligations en vers l’établissement scolaire. Rien ne dit qu’avec une contribution aussi faible, la taxe carbone n’agira pas de la sorte sur les esprits. L’exemple suédois, avec ses 9% de baisse d’émission de Co2, serait tenté de nous rassurer. Mais la comparaison reste à relativiser. Le montant de la taxe carbone en Suède est de 100. Les consommateurs suédois disposent en moyenne de ressources et d’un pouvoir d’achat largement supérieurs à la majorité des autres consommateurs européens. Ils sont habitués à un niveau de vie plus élevé que dans la plupart des autres pays européens et ont des attentes élevées. Les consommateurs suédois, avant la crise, dépensaient de plus en plus et les 9% réduction d’émission de gaz à effet de serre se situaient aussi avant la crise.


La taxe n’est pas non plus un impôt progressif ou dégressif en fonction des revenus. Elle risque d’apparaître aussi inéquitable que la TVA. Tout le monde paie la même contribution, quelle que soit sa condition économique et financière. Elle « va alourdir la facture des plus modestes sans dissuader les comportements les plus énergivores de ceux qui ont les moyens » comme l’ont très bien expliqué Cécile Duflot et Jean-Paul Besset. Et même en reversant 150 € (le  fruit la taxe carbone sous forme de “prime climat énergie”), cela ne suffira pas, en pleine crise, pour les foyer les plus modestes, à engager des travaux d’isolation ou de réhabilitations de leur équipement de chauffage.


Il n’est donc pas certain que le faible taux de la taxe carbone incite ceux qui ont les moyens à changer leur mode de consommation et elle ne présente pas non plus l’avantage de soutenir l’investissement des plus pauvres.

Le principal intérêt de le taxe carbone consiste à inscrire durablement la prise de conscience collective du réchauffement climatique dans un impôt citoyen et sur son encouragement à rendre prévoyant les futurs investissements.


La question de la liberté du citoyen vis-à-vis de son mode de consommation reste entière. Renvoyer chacun d’entre nous à sa responsabilité individuelle n’est-il pas le meilleur moyen de détourner l’attention des enjeux collectifs qui nous permettraient de diviser efficacement par 4 les gaz à effet de serre ? La taxe carbone ne fait-elle pas diversion pour que les vrais coupables du réchauffement climatique ne soient pas inquiétés ? L’effort serait alors supporté par la population pendant que les pratiques néfastes d’une industrie consumériste se prolongeraient en toute impunité.


taxe-carboneLes entreprises sont responsables à 50% du réchauffement climatique. Le lien entre développement industriel et émissions de CO2 est manifeste. Les 50 % restants reviennent aux foyers mais ce sont les entreprises qui induisent nos comportements en faisant tout pour gagner des parts de marché sur lesquelles elles espèrent bâtir leur croissance. Le budget publicitaire mondial annuel atteint plusieurs centaines de milliards de dollars (de 230 milliards selon le AD Barometer à 1000 milliards selon Patrick Viveret de la Cour des comptes) et son impact marketing est décisif sur le consommateur.

Pourquoi ne pas commencer par taxer lourdement les entreprises à la hauteur de leurs préjudices ? Alors que les grandes industries polluantes (pétrole, sidérurgie…) ont le droit de dépasser les quotas qui leur ont été fixés en rachetant les quotas d’autres entreprises, qui n’atteignent pas le seuil d’émissions fixé et font du chantage à l’emploi quand on leur impose le respect des normes écologiques.

Depuis trente ans, 11 points du PIB ont fui les salaires vers le capital. Récupérer quelques points pour la lutte contre le réchauffement climatique ne serait que justice. Cela aurait des répercussions immédiates pour le consommateur qui trouverait à sa disposition, plus nombreux, des biens de consommation “responsables”. C’est d’ailleurs ce que l’on a pu constater avec l’impact de la taxe carbone sur les entreprises en Suède.


De vrais choix de politique industrielle. On peut aussi s’interroger sur le manque d’efficacité d’un gouvernement dont seules les banques ont visiblement les faveurs. Le remplacement de toutes les ampoules par des ampoules basse tension à des prix qui ne soient pas pénalisants pour les ménages les plus modestes devrait déjà être en place depuis longtemps. La substitution du chauffage au gaz et au fioul par des énergies renouvelables devrait faire l’objet d’un plan d’aménagement à l’échelle du territoire national. Et surtout arrêter l’équipement en chauffage électrique que continue de proposer EDF. 90% de l’électricité utilisée en Europe pour le chauffage l’est en France. C’est proprement scandaleux quand on sait que le rendement énergétique du chauffage électrique nécessite de faire tourner à plein régime toutes les centrales au gaz et au charbon pour fournir l’électricité nécessaire pendant l’hiver. Le bilan Co2 du chauffage électrique est tout simplement catastrophique comme le signale Pierre Larrouturou. Nous pourrions remplacer l’énergie électrique par des énergies renouvelables, mais cela nécessite un courage politique pour s’opposer au lobby du nucléaire français que n’a pas notre gouvernement.


Le fléau des industries de l’électronique, du téléphone portable, de la console vidéo « représentent actuellement un peu plus de 500 millions de tonnes d’émissions de CO2 et une facture électrique de 80 milliards de dollars chaque année ». A terme, le foisonnement des gadgets numériques pourrait compromettre les efforts des gouvernements pour assurer leur indépendance énergétique et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, prévient l’AIE. Si rien n’est fait pour améliorer l’efficacité énergétique de ces appareils, leur consommation va doubler d’ici à 2022 et tripler d’ici à 2030. C’est en légiférant sur la mise en circulation d’appareils électroniques à basse consommation que nous pourrions juger de la volonté politique d’un gouvernement en matière d’écologie. Car la consommation de ces appareils pourrait être réduite de moitié en utilisant les technologies existantes les plus performantes. Un ordinateur portable standard par exemple consomme ainsi en moyenne trois fois moins d’énergie qu’un ordinateur fixe car les fabricants de portables ont un intérêt commercial à concevoir les modèles les plus économes possibles. Pourquoi ne pas commencer par imposer les mêmes normes aux constructeurs pour leurs appareils de bureau ?


Le modèle alimentaire. Depuis les années 50, la consommation mondiale de viande a quintuplé. En 2030, le tiers-monde consommera près des deux tiers de la viande mondiale. Résultat, 29 % de la surface terrestre est défriché sous forme de pâturages et de cultures fourragères et représente actuellement 20% du réchauffement climatique. Depuis quelques années, c’est même la forêt amazonienne qui recule devant de nouvelles variétés de sojas appréciant le climat tropical. En mangeant donc de la viande bien française, nous participons indirectement à la perte de la biodiversité amazonienne. C’est aussi l’élevage qui explique le succès du maïs, ce boit-sans-soif qui vide les nappes phréatiques et rend exsangues les rivières. Gros consommateur d’engrais et de pesticides, il pollue l’air, le sol et l’eau. La Bretagne, qui élève un cheptel faramineux de porcs et de volailles, en sait quelque chose. « Il faudrait produire moins de viande, mieux entretenir le territoire et gérer les cycles biologiques », dit Christian Mouchet, professeur d’économie rurale à l’Agrocampus de Rennes. De plus les ruminants sont responsables de 16% des émissions de méthane en général et de 37% des émissions liées aux activités humaines.


La surconsommation de viande est nuisible à notre hygiène alimentaire et pourtant des campagnes publicitaires vantant les mérites de la viande et autres produits à forte valeur ajoutée en protéines animales ne cessent de voir le jour. Aucune mesure n’est prise pour éduquer les populations et interdire une propagande publicitaire dangereuse pour l’équilibre écologique et sanitaire. Nous avons fait reculer la consommation de tabac, il suffirait d’un gouvernement qui prenne ses responsabilités pour que nous fassions évoluer notre modèle alimentaire.


taxe_carbone_pot_ech_14021b2Circuler sans réchauffer. La plus scandaleuse des inerties politiques reste, me semble-t-il, encore celle concernant les transports. Les transports sont responsables de 30% de réchauffement climatique. Le chine consommera prochainement à elle seule toute la production annuelle de pétrole de l’Arabie saoudite. D’autre pays en développement vont suivre et la demande va rapidement dépasser l’offre mondiale. L’essor de l’industrie du transport routier et de l’automobile individuelle sont dès lors compromises. Et pas simplement parce que les réserves pétrolières s’épuisent mais aussi parce que d’un parc automobile par habitants équivalent au notre par les pays émergeants nécessiterait une quantité de ressources naturelles à laquelle notre écosystème ne saurait pourvoir. C’est donc dès maintenant qu’il faut engager les réformes qui nous permettrons d’effectuer la reconversion de la masse salariale de l’industrie automobile. La transition vers un modèle de transport collectif est impératif tout en réservant le développement de la voiture électrique aux zones rurales. La démarche hypocrite qui consiste à taxer et culpabiliser le citoyen qui doit prendre sa voiture quand on ne lui offre aucune alternative relève de l’escroquerie politique.

Nous pourrions dès maintenant déclarer la gratuité des transports comme c’est déjà le cas en France à Châteauroux, Gap, Vitré, Compiègne, et en Flandre à Hasselt. Il n’y a pas meilleure incitation à abandonner sa voiture. Déployer un réseau de voitures électriques en libre service dans les grandes villes sur le modèle du Vélib et reformer les compagnies taxis afin que leur tarifs soient revus à la baisse permettrait de répondre à différents types de besoins de locomotion dans les espaces urbains. Ces efforts devront s’accompagner d’un réaménagement du territoire qui met en place une mixité fonctionnelle entre locaux professionnels et locaux d’habitations. Ceci permettant de limiter la quantité de déplacements nécessaires. Cette tentative de limiter les transports doit aussi s’appliquer aux marchandises en relocalisant une partie de l’agriculture.


Un train de retard. La plus grande réforme à entreprendre reste encore celle des transports ferroviaires. La démission des pouvoirs publics concernant l’aménagement du territoire est édifiante. Dans le secteur des voyageurs comme celui du fret, la SNCF a laissé le soin à d’autre de remplir sa mission de proximité. Elle marque une orientation qui va sacrifier l’entretien des lignes régionales au seul profit des sillons les plus rapides. Une rapidité qui s’accompagne d’une flambé des prix qui fait du TGV, sur certaines correspondances, un produit de luxe réservé à une clientèle aisée. A contrario les trains qui circulent aujourd’hui entre Toulouse et Paris, via Brive et Limoge, sont moins rapides qu’il y a vingt-cinq ans. Tout est sacrifié à une logique de rentabilité irresponsable débouchant sur la discrimination des territoires.

La banlieue parisienne représente 60% des voyageurs transportés chaque jour par la SNCF. Le grenelle de l’environnement et le Groupement des autorités des transports publics (ART) estiment la totalité des travaux de rénovation à 27 milliards d’euros. Mais Sarkozy préfère soutenir la construction de nouvelle lignes par les grands groupes des travaux publics, plutôt que d’investir dans la rénovation du réseau francilien géré par un conseil régional socialiste.


Personne ne s’étonnera plus du manque d’ambition à changer les comportements liés aux déplacements motorisés. Après les primes à la casse accordées par le gouvernement pour soutenir l’industrie automobile et la dérégulation des prix contraignante (plus on réserve tard, plus c’est cher) mis en place par la SNCF, nous nous situons à l’opposé d’une politique d’incitation à la sobriété énergétique.


La taxe carbone n’en devient que plus suspecte de la part d’un gouvernement aussi irresponsable. La droite agite cette mesure comme un hochet qui jette la discorde dans les rangs de la gauche. Les querelles autour de la taxe carbone masquent les vrais enjeux. Les véritables solutions sont ailleurs, dans la réponse du politique qui implique une rupture avec le libéralisme, mais aussi un grand débat citoyen pour orienter notre économie vers une transformation sociale respectueuse de l’environnement.


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