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Crise financière, crise économique : comprendre pour agir
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Archives 'Société'

35 heures : débat Larrouturou / Valls

Par Thomas MAZIERE le 28/01/2011

Faut-il enterrer les 35 heures ?

Débat sur France Culture le vendredi 28/01/2011 à 18:20


>> 23 commentaires

Lettre ouverte à R. Bachelot par H. Guillaumot

Par Nouvelle Gauche le 07/08/2010

Hervé Guillaumot, médecin et maire à Saint-Dizier Leyrenne, vient d’expédier une lettre ouverte à Roselyne Bachelot à propos de la fermeture du service de radiothérapie de l’hôpital de Guéret.


« Madame, J’ai bien reçu le courrier du directeur de l’Agence régionale de santé du Limousin rappelant, entre autre, que la décision de fermeture de la radiothérapie du Centre hospitalier (CH) de Guéret reposait sur “une volonté de proposer un niveau de sécurité optimale à tous les patients creusois”.


Le courrier évoque les “analyses des sociétés savantes reprises par la réglementation” comme motivation de cette décision, sans citer la moindre référence concernant ces analyses ou les travaux qui les soutiendraient.


« J’ai bien évidemment cherché sur Internet et en particulier sur le site de l’Institut Nationale du Cancer : j’ai pu retrouver les recommandations, mais nulle part je n’ai trouvé d’allusion à un travail de recherche qui aurait démontré que la sécurité des patients nécessitant une radiothérapie est moindre dans un CH comme Guéret, que dans les centres plus importants.


J’ai un moment espéré trouver une réponse dans le gros travail de recensement de l’Observatoire National de la Radiothérapie, mais celui-ci n’analyse pas les résultats des centres en termes d’efficacité thérapeutique et de sécurité des malades, et n’offre aucune possibilité de comparaison.


J’ai donc la désagréable impression qu’il n’existe aucun travail scientifique étayant les recommandations reprises dans les décrets. Celles-ci reposent donc uniquement sur des “accords professionnels”, considérés par la communauté scientifique, en termes de niveau de preuve (c’est-à-dire de degré de certitude) comme encore inférieur au niveau de preuve le plus bas.


En d’autres termes, alors que vous nous affirmez avoir pour unique souci la sécurité des malades, vous vous basez sur le niveau de certitude scientifique le plus bas qui existe pour prendre une décision qui va contre le sentiment unanime d’une population, de ses élus et des professionnels de santé concernés !


Quand je pense, en tant qu’élu municipal, aux études d’impact qu’on impose aux collectivités locales lorsqu’elles envisagent des travaux d’aménagement, je me dis qu’il y a vraiment deux poids deux mesures ! »


Plus concrètement, concernant la radiothérapie du CH de Guéret : soit vous nous montrez des travaux solides démontrant la réelle baisse de sécurité pour les patients y ayant recours (si nécessaire en faisant effectuer les recherches nécessaires, mais cela implique de rouvrir le centre avec un protocole d’études), soit vous persistez et nous serons en droit de penser que derrière le souci affiché de la sécurité se cachent d’autres motivations, moins avouables.


Mais alors, les Creusois auront la preuve que vous, Madame la Ministre, vous leur avez menti ».

 

Retraites : la durée de vie n’est pas le problème

Par Nouvelle Gauche le 26/05/2010


Nous vous livrons ici l’analyse sur la question des retraites élaborée au sein du collectif Grand Projet Socialiste auquel notre association s’est associé dans le cadre le convention nationale du PS sur un nouveau modèle sociale, économique et écologique.


La politique de suppression systématique des grands services publics touche principalement l’éducation, l’assurance-chômage, la santé et les systèmes de pensions. Nous voulons montrer dans cette partie que la question du financement des systèmes solidaires doit être examiné avec un regard extrêmement critique sans quoi la privatisation de tous ces services publics est devant nous.

La question des retraites est fondamentale pour l’avenir de nos sociétés et symptomatique de la régression sociale dont souffre notre époque. On tente de nous faire croire que la France n’aurait pas les moyens de son régime de retraites par répartition.

La question des retraites repose la question de la solidarité entre les générations et plus largement les logiques de solidarités au sein de la société française. Ainsi le système français repose sur un système où la collectivité finance la formation et la santé des jeunes qui à leur tour financent les retraités quand ils accèdent au marché de l’emploi. Cette belle mécanique est train de se briser sous les coups de boutoirs des réformes néolibérales : marchandisation de l’enseignement supérieur (dont la LRU est un prémisse), marchandisation de la santé (avec le développement d’une couverture assurancielle et non plus mutualisée), marchandisation de la retraite (avec le développement de la retraite par capitalisation).


Le débat médiatique actuel ne propose d’autres issues possibles au vieillissement de la population que l’allongement de la durée des cotisations ou la baisse des pensions. Nous devons sortir de cette pensée unique et remettre les faits économiques au coeur du débat.

En effet, le sens commun admet parfaitement qu’avec la baisse du nombre d’actifs cotisant alors que le nombre de retraité augmente, il faut faire évoluer le financement des retraites. Quand aujourd’hui il y a 1,8 cotisants par retraité et qu’on en annonce 1,2 en 2050, comment douter qu’il va falloir réduire les prestations ou l’âge auquel on peut y prétendre ? Et pourtant, c’est faux ! Ce qui compte ce n’est pas le nombre de cotisants mais ce qu’ils produisent.


Deux composantes majeures du financement doivent en effet être considérées : l’augmentation de la productivité du travail et la croissance attendue des richesses entre 2010 et 2050. L’hypothèse la plus pessimiste du rapport du conseil d’orientation des retraites (COR) publié le 14 avril 2010, table sur une croissance de la productivité annuelle du travail de 1,5% et d’une croissance molle du PIB de 1.7% par an. Dans l’hypothèse d’un allongement de la durée de la vie et de prévisions démographiques qui estiment que la proportion de retraités devrait augmenter de 23 % en 2005 à 33 % en 2050 pour une population totale en augmentation de 15% et une population active sensiblement constante, il faudra trouver 115 Milliards d’euros supplémentaires en 2050 pour payer les retraites d’après ce rapport.

Mais dans le même temps le PIB sera passé de 1950,1 Milliards d’euros en 2008 à 3830 Milliards d’euros en 2050, soit près de 2 fois plus de richesses produites. L’augmentation de la productivité horaire du travail sur la même période sera de 181%. Cela signifie qu’un actif en 2050 créera 1,8 fois plus de richesse qu’un actif actuel. En terme de cotisants actuels, le nombre de cotisants par retraité en 2050 sera donc de 1,2*1,81 = 2,17. Cela signifie qu’en maintenant les cotisations constantes par rapport à la richesse produite, les cotisations dégagées pour payer chaque retraité en 2050 seront 20% plus élevées qu’à l’heure actuelle où ce nombre de cotisants par retraité n’est que de 1,8. Ceci signifie qu’il y a une marge de manoeuvre pour augmenter les cotisations sans pénaliser le niveau de vie des actifs en redistribuant une partie des fruits des gains de productivité au service de la solidarité intergénérationnelle. D’ici 2050, les cotisations devront passer de 13 % du PIB à 16 %.


Notons que ce raisonnement est bien validé par le passé récent : Alors que la population n’a cessé d’augmenter et de globalement vieillir entre 1980 et 2000, l’augmentation du coût des retraites sur cette période a été de 2,3 points de PIB et cela sans poser de problème car dans le même temps la richesse produite a considérablement augmenté ce qui a permis d’en dédier une partie à cette question de solidarité envers nos anciens.


Pas de problème à long terme, mais il faut gérer le papy-boom


S’il y a problème, c’est l’augmentation soudaine de retraités avec le papy-boom qui va créer une montée en puissance sur 30 ans entre 2005 et 2035 environ. Le papy-boom crée une urgence de financement qui n’aurait pas lieu si nous ne vivions pas dans une intense période de chômage.

S’il y a un problème de finances, il est donc ponctuel et réside dans l’augmentation soudaine de retraités avec le papy-boom. Il s’agit d’une montée en puissance sur 30 ans entre 2005 et 2035 (environ). Ce coût supplémentaire perdurera jusque 2045 puis baissera pour disparaître vers 2060 selon les prévisions. Le Fond de Réserve des Retraites était la seule solution logique pour résoudre ce problème mais il n’a pas été financé par la droite au pouvoir. Au contraire, la droite « gestionnaire » a placé le fond existant sur les marchés et il a perdu près de 20% de sa valeur avec la crise en 2008 !


Le problème n’est donc pas comment créer des richesses (le ratio actifs/retraités est compensé largement par l’augmentation de la productivité) mais comment garantir le maintien des taux de cotisations actuels !

A système constant, le problème n’est pas l’espérance de vie ou la durée de cotisation mais bien le taux de prélèvements ! Ce n’est pas un hasard si les prévisions catastrophiques partent sur une base immuable de 13 points de PIB donnés aux retraités…


Le vrai problème, c’est donc la répartition et le chômage


Quand un salarié solde sa retraite aujourd’hui, il est au chômage depuis 3 ans en moyenne. Rendre obligatoire une année de cotisation supplémentaire sans avoir fait radicalement reculer le chômage ne sert à rien : cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu’ils manquent de travail.


Tant que le chômage et la précarité resteront à ce niveau, les ressources de l’État, des collectivités et de la Sécurité Sociale (fondées essentiellement sur les salaires et la consommation) stagneront et nous aurons les plus grandes difficultés à financer les retraites. Plus il y a du chômage et plus il est difficile d’augmenter les salaires et donc les cotisations retraites.


« Les inégalités entre générations ne viennent pas du problème des retraites mais de l’emploi. Le vrai problème c’est le chômage. »

Jean Paul Fitoussi, Président de l’OFCE, le Monde 2001

Aujourd’hui en moyenne, les salariés soldent leur retraite à 61 ans et moins de 30 % des salariés ont encore un emploi.


Cotiser plus longtemps = 10 % de moins sur les retraites


Cotiser plus longtemps, c’est gagner moins. Quand la droite, exige une année de cotisation supplémentaire sans avoir rien fait pour faire reculer le chômage, elle sait très bien que concrètement, pour 70 % des salariés, il manquera une année de cotisation, soit 4 trimestres, cela signifie une décote de 10 % sur leur pension de retraite.

L’âge moyen auquel on solde sa retraite est de plus de 61 ans, l’âge de fin d’activité est plutôt proche de 58,5 ans. On remarque de plus que la réforme Fillon de 2003, loin de provoquer un prolongement dans l’activité à produit l’effet inverse à celui recherché (raccourcissement de l’age moyen de la retraite de l’ordre d’une année). Elle contribue à creuser le déficit des retraites tout en ayant fait diminuer les pensions d’environ 20%.


Avec l’argument “l’espérance de vie a augmenté, donc il faut cotiser plus longtemps”, on prépare une baisse généralisée du niveau de vie des retraites de la sécurité sociale.


Ceux qui veulent développer les systèmes d’assurances privées sont évidemment très favorables à cette réforme (Guillaume Sarkozy, frère de Nicolas Sarkozy est le PDG du groupe d’assurance-santé, assurance-retraite Médéric), mais on comprend que les syndicats s’opposent à ce nivellement par le bas.


« D’autres réformes seront nécessaires. Elles donneront aux assureurs complémentaires un rôle de plus en plus important. » (Guillaume Sarkozy, La Tribune 2006)


« La bonne piste est de compléter le système actuel avec des dispositifs d’assurance privée. » (François Fillon, Les Échos 2006)


« Depuis 2003, la France a mis en place, avec du retard par rapport à ses principaux voisins européens, un cadre législatif permettant l’accès de tous les citoyens à un dispositif complet d’épargne retraite (…) Selon les hypothèses du COR, le taux de remplacement servi par les régimes obligatoires, de base et complémentaire, diminuerait de 83,6 % en 2003 à 75,6 % en 2020 et 64,4 % en 2050 pour un salarié non cadre. La baisse serait encore plus importante pour un cadre salarié : de 64,1 % en 2003 à 55,5 % en 2020 et 42,7 % en 2050. » (Rapport MARINI au Sénat, 30 avril 2008)


Voilà l’avenir que nous prépare la droite libérale : la retraite par capitalisation pour ceux qui en ont les moyens. Pour les autres la baisse des retraites et l’impact des politiques des fonds de pensions sur la gouvernance de nos entreprises qui se solde invariablement par une contraction des salaires, des délocalisations et du chômage de masse. Nous pensons qu’il ne faut pas sortir du système de solidarité nationale intergénérationnelle. Si la droite veut compléter le système actuel avec des dispositifs d’assurance privée, c’est qu’elle admet que l’on puisse aller chercher ailleurs que par des cotisations sur le travail le financement des retraites. Aussi, s’il faut garantir le maintien des taux de cotisations actuels, l’État trouvera les ressources nécessaires en mettant en oeuvre la redistribution des gains de productivité au service de la solidarité intergénérationnelle. Régler la question du chômage en organisant le travail au bénéfice de tous sera le plus sûr moyen d’augmenter le nombre et le montant des cotisations et de répondre au besoin de la société toute entière.







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Pierre Larrouturou et Eva Joly lance un “Appel pour des Etats Généraux de l’Emploi et de l’Ecologie”

Par Nouvelle Gauche le 03/04/2010

“Les élections régionales ont révélé Europe Ecologie comme la troisième force politique française. Nous pouvons être fiers du travail accompli mais, tous, nous avons conscience de la gravité de la crise dans laquelle s’enfonce notre pays : plus de 50 % des citoyens adultes de notre pays n’ont pas voté dimanche et le FN remonte !


Une des causes fondamentales de la crise politique est l’incapacité des partis qui se succèdent au pouvoir depuis 30 ans à sortir notre pays du chômage. La carte de l’abstention est semblable à la carte du chômage : on ne pourra pas sortir de la crise démocratique si on ne parvient pas à sortir du chômage. Le chômage est aujourd’hui le souci numéro 1 des Français. Le nombre total des chômeurs a augmenté de 900.000 depuis 18 mois et Nicolas Sarkozy ne fait rien ! Hélas, 69 % des Français pensent que « la gauche ne ferait pas mieux ».


Certes, tous ceux qui sont venus à nos meetings ont compris qu’Europe Ecologie avait de vraies réponses à la crise, mais quelques semaines de campagne ne suffisent pas à toucher l’ensemble des citoyens. Et -pourquoi ne pas le dire ?- nous n’avons pas la prétention de penser que notre projet est totalement parfait et qu’il ne peut pas être encore amélioré.


Seule la rencontre de toutes les parties prenantes peut permettre de dégager des solutions communes à la hauteur des enjeux et de faire partager notre vision de la conversion écologique de l’économie en matière de formation, d’innovation et de création d’emplois verts non délocalisables.


Voilà pourquoi nous lançons aujourd’hui cet Appel pour qu’Europe Ecologie organise des Etats-Généraux de l’emploi et de l’écologie.”


Signez cet appel et suivez la suite de cette initiative  sur :

http://www.etatsgenerauxemploiecologie.net/

 

 

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Pourquoi faut-il partager le travail ?

Par Fredback le 20/03/2010

La question prêterait à sourire si la période actuelle ne poussait pas à l’exclusion de millions de salariés et cela bien avant la crise économique. Toute l’histoire du capitalisme industriel ne repose t-elle pas sur l’efficacité de la division du travail ? Assigner des fonctions de plus en plus spécialisées à chaque employé a permis des gains de productivité considérables qui ont débouché sur la production de masse. Les nouvelles technologies n’ont fait qu’accélérer un processus qui traverse le développement des moyens de production. La technique n’a d’autre objet que d’économiser le travail de l’homme. Réduite à sa base primordiale, l’histoire n’est que la poursuite de l’économie du temps de travail. De 7 jours par semaine au début du XXe siècle, nous sommes passés à 5 jours alors que la productivité augmentait assez peu. Mais la durée légale du temps de travail n’est pas suffisante pour prendre toute la mesure du partage du travail. Il faut intégrer les congés payés, l’interdiction de travailler avant 16 ans, des cycles d’études de plus en plus long, le départ à la retraite à 60 ans, le travail des femmes, l’immigration et une démographie galopante. Aussi, depuis 40 ans, nos économies avancées ont quintuplé leur productivité et elles se dirigent vers des durées de temps de travail tous emplois confondus se rapprochant de 30h par semaine1 .


open-spacePourtant certains économistes soutiennent que « le travail ne se partage pas2 ». Leur principal argument retient l’idée qu’une « masse fixe d’heure de travail devant être partagée est fausse ». Ou bien que « le travail demandé par les entreprises n’est pas une donnée intangible qui peut se partager ». Effectivement, la masse d’heures travaillées n’est pas fixe et pour cause, elle diminue. En France, entre 1949 et 2007, le nombre d’heures travaillées a baissé exactement de 12,7 % et la population active est passée de 19,5 millions à près de 28 millions. Mais dire que la masse de travail ne se partage pas, c’est bien mal connaître son organisation. Loin d’être une donnée intangible, elle est le fruit d’une organisation collective complexe qui requière coordination et créativité dans la répartition des tâches. On est en droit de se demander si ces personnes ont pris la peine de s’informer des recherches menées sur la division du travail qui font le succès du capitalisme industriel3 ?

Les détracteurs opposent encore à la diminution du temps de travail que les entreprises qui possèdent la meilleure productivité embauche le plus. Personne ne conteste cet état de fait. Il est reconnu qu’une entreprise qui améliore son cycle de production gagne en compétitivité, baisse ses prix, élargie sa clientèle, doit produire plus donc embauche et dynamise son secteur d’activité. Mais la diminution de la masse totale d’heures travaillées conteste encore une fois la généralisation macroéconomique. L’entreprise qui embauche ne détruit t-elle pas de l’emploi chez la concurrence en gagnant des parts de marché quand celui-ci arrive à saturation ?

En dernier lieu, pour les tenants de l’économie de marché, « la destruction créatrice d’emplois serait le principal moteur de la croissance4 ». Par extension le marché du travail reste imprévisible et inquantifiable. Il n’est pas question, ici, de remettre en cause la destruction d’activités qu’entraîne le progrès technologique, pas plus qu’il ne fallait renoncer au moteur à explosion pour conserver le maréchal-ferrant, mais de contester le caractère automatique de la compensation d’emplois par la croissance.


Globalement le capitalisme industriel en développant ses outils de production a décimé la main d’œuvre agricole pour la « déverser » dans l’industrie lourde puis absorbé celle-ci dans l’économie du tertiaire suite à l’automatisation et la désindustrialisation des pays riches. L’histoire nous montre que les effets de percolation (la destruction créatrice) n’ont jamais pu compenser la destruction d’emplois. Seule l’économie de guerre de 1940 a sorti les Etats-Unis de la dépression liée à la première révolution industrielle et ceci malgré le New Deal. Quant au taux de chômage chez les noirs Américains descendants de la main d’œuvre agricole, il est toujours resté très élevé jusqu’à nos jours. Mais surtout, les grands chantiers de reconstruction d’après guerre en Europe sont aujourd’hui terminés. La troisième révolution industrielle détruit des emplois dans le tertiaire en reconfigurant entièrement les modèles de distribution (Internet) et l’organisation hiérarchique des entreprises (mise en réseau, concentration des tâches sur un poste informatique, intelligence artificielle, production à flux tendu…). Ce n’est pas la création de postes ultra-qualifiés dans les secteurs high-tech ni même de postes assez bassement qualifiés du service à la personne (qui ont contribué à un ralentissement de la diminution des emplois peu qualifiés depuis 1985 en France car dans ce secteur les gains de productivité sont plus faibles du fait d’une présence humaine forte difficilement remplaçable) qui absorbera le nombre de chômeurs laissés pour compte dans la destruction massive d’emplois tertiaires et l’hyper productivité dans tous les domaines de l’économie. Entre 1995 et 2002, la production industrielle globale a augmenté de 30 % et la productivité de 4,3 % par an, tandis que chaque année, l’emploi industriel a chuté dans toutes les régions du monde jusqu’à perdre 31 millions d’actifs5. Même si on retranche les emplois intérimaires, qui sont désormais comptabilisés dans les services aux entreprises, le compte n’y est pas. Si la productivité crée de nouveaux emplois, c’est en nombre insuffisant pour compenser les pertes. Que faire ?


Pendant les trente glorieuses (1949-1974), nous observons en France avec l’Insee, une décrue du nombre d’heures travaillées de 45,7 Mds à 42,3 Mds, soit une baisse de 6% dans une conjoncture où la croissance du PIB dépassait les 5% par an. Sur cette période, contrairement aux idées reçues, c’est la diminution du temps de travail qui a maintenu le quasi-plein-emploi malgré l’augmentation de la population active. Elle est passée d’environ 45,5h par semaine à un alignement sur la durée légale, soit 40h. Mais entre 1974 et 2007 le volume d’heures travaillées connaît une nouvelle décrue de 6 %. La croissance ralentie mais le PIB reste malgré tout en constante augmentation6. Entre temps, nous sommes passés à 39h puis officiellement à 35h. Mal déployées, les 35h n’ont diminué à l’époque que de 4 % la durée moyenne tous secteurs confondus7 et ont depuis largement été déconstruites par les aménagements successifs de la droite8. Sur cette période la diminution de la durée légale du temps de travail s’est révélée insuffisante pour compenser les destructions d’emplois et enrayer la monté du chômage. Ce dernier aurait pu être contenu par une réduction annuelle du travail de l’ordre de 16% au lieu des 10,5% constatés. La richesse créée ayant dans le même temps (1974-2007)  augmentée de plus que 240% en volume, nous aurions pu maintenir les salaires. En synergie avec nos partenaires économique, notamment en Europe, nous pouvions choisir d’équilibrer le coût du travail et aligner les prestations sociales par le haut, au lieu de recourir à la financiarisation de l’économie.


Il est important de noter que cette diminution du volume global d’heures travaillées s’accompagne de l’augmentation du nombre d’heures effectuées sous le statut de salarié. Le capitalisme en généralisant le salariat consacre la victoire de la productivité de l’entreprise par la division du travail sur les professions indépendantes. Mais le recours croissant au temps partiel creuse les inégalités. Si le temps de travail diminue, sa répartition est anarchique sous la pression du chômage. En 2007, déjà plus de 2 millions de chômeurs effectuaient 0 heure, 2 autres millions faisaient au mieux quelques heures par semaine de manière subie, 19 millions d’actifs travaillaient plein pot (parfois trop, en moyenne 41h par semaine pour les titulaires d’un CDI ) et 4 millions à temps partiel (CDD ou intérim). La question qui se pose à nous aujourd’hui serait plutôt « quelle réduction du temps de travail voulons-nous ? » ou « jusqu’où pouvons-nous descendre la durée légale du temps de travail ? ». Comme toujours, nous ne pouvons laisser seul le marché décider.


Des leçons instructives. Les 35h sont la cible de nombreuses critiques pour contester une nouvelle diminution du temps de travail. Son application autoritaire a en grande partie compromis son succès. L’expérience du passage à 32h pour plus de 400 entreprises avec la loi de Robien nous paraît un exemple beaucoup plus pertinent pour avoir fait ses preuves9. Ces entreprises ont toutes embauché et gagné en productivité. Comment faire bénéficier de cette expérience à l’ensemble du tissu économique sans que cela soit vécu comme une contrainte imposée de l’extérieure mais comme une chance unique d’améliorer la productivité ? Il faut se donner les moyens d’accompagner les entreprises suivant leur rythme et par branche pour optimiser la division du travail afin de permettre l’intégration de nouveaux travailleurs sans augmenter la masse salariale et sans baisser les salaires. Les grandes réformes nécessitent beaucoup de pédagogie, de diplomatie et l’ajustement d’un dispositif fiscal. Celui-ci a fait l’objet d’un bouclage macroéconomique très poussé réclamé par la Confédération européenne des syndicats. Entre indemniser des chômeurs ou permettre aux entreprises d’embaucher, notre choix est fait. Les énormes gains de productivité doivent êtres impérativement redistribués à travers un meilleur partage de la valeur ajoutée et du temps de travail. D’autre part, les services qualifiés autour du temps libre sont l’industrie de l’avenir tout comme la formation continue permise par le temps libéré répond à la montée en compétence que demandent nos changements de société. Comme le dit William Green10 : « Le temps libre est une certitude. À nous simplement de choisir entre loisir et chômage ». Même si la réduction du temps de travail n’est pas la seule solution au chômage, elle y contribue fortement.



1 France 36,3h ; Allemagne 35,8h ; Danemark 34,6h, Etats-Unis 33,7h ; Pays-Bas 31,4h ; Eurostat 2008.
2 P. Cahuc & A. Zylberberg, Le chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion 2004.
3 Voir les entreprises Kellog’s, Télérama, Monique Ranou, Brioche Pasquier, Danone, Volvo, etc…
4 Joseph Schumpeter, Théorie de l’évolution économique, 1934
5 New York Times, 4 juillet 2008.
6 De 1978 à 1994, le PIB va augmenter de 40 %, Insee. 7 Insee
8 En particulier les heures supplémentaires défiscalisées qui ont détruit environ 90 000 emplois, Insee, 2010
9 Les travaux de l’OFCE, le rapport du Sénat, Evaluation BIP, Pierre Larrouturou : la semaine de 4 jours.
10 William Green, ex-président de la Fédération américaine du travail.


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Sarkozy ne comprend vraiment rien…
et cela dure

Par Bertrand LAFORGE le 17/03/2010

Alors que nous connaissons une augmentation drastique du chômage, en France mais aussi partout dans le monde, Nicolas Sarkozy a réaffirmé ce 14 janvier son opposition frontale à la notion de partage du travail.  ”Nous avons mis fin au carcan des 35 heures” a-t-il affirmé,  mais où sont les résultats bénéfiques de cette “nouvelle” politique ?


Dans tous les pays du monde occidental (même là les 35 h n’ont jamais existé !), on observe le même phénomène : malgré le développement technologique et l’innovation censés d’après les libéraux créer de nouvelles activités et préparer les emplois de demain, le nombre d’heures travaillées diminuent régulièrement avec le temps. L’émergence de secteurs gigantesques comme l’informatique, l’électronique ou la robotique ont détruit au final beaucoup plus d’heures de travail qu’ils n’en n’ont créé. C’est un fait comme le montre la figure ci-dessous tirée d’un rapport de l’OCDE de 2001 :

Par ailleurs, la population mondiale a dans le même temps cru dans une proportion très importante (à un taux de croissance de 1.2% à 2.2% par an depuis 1950 comme le montre la figure suivante compilant les données du US Census Bureau).


Fichier:World population increase history.svg


Au cours du XXème siècle, l’augmentation de la productivité du fait des progrès technologiques et d’organisation des unités de production n’est jamais compensée par la croissance de l’activité. Il n’y a pas de changement qualitatif sur ce point avec le siècle que nous entamons.  Par ailleurs, ce problème est rendu d’autant plus aigu avec la croissance démographique que nous connaissons qui apporte un nombre d’actifs en nette augmentation alors que la consommation n’augmente pas dans les mêmes proportions.


Par ailleurs, l’augmentation continuelle de la consommation de biens matériels est elle-même un leurre dans un monde aux ressources naturelles finies.


Alors Monsieur Sarkozy, qu’avez-vous à répondre à ces arguments ? Quand sortirez-vous du credo  ”la croissance = solution au chômage de masse” et quand passera-t-on au crible d’une analyse solide les résultats de la politique que vous avez menée ?


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Eva Joly, Joseph Stiglitz, Edgar Morin et Pierre Larrouturou en direct samedi sur LeMonde.fr

Par Nouvelle Gauche le 10/02/2010

Samedi 13 février 2010 à 9h30, en direct sur LeMonde.fr :

debat 13fevrier2010 joly morin stiglitz larrouturou LeMonde.fr

Les réactions à chaud de Pierre Larrouturou et Eva Joly avant que l’on vous indique où voir ou revoir ce débat qui a été une très grande réussite. Espérons que les suivants (1 à Bruxelles dans quelques mois et le dernier dans un des pays de l’ex-bloc de l’est ) seront aussi passionnants :

 

Conference a La Defense, reaction d’Eva Joly
envoyé par Resistance2007. - L’actualité du moment en vidéo.


Conférence a La Defense, reaction de Pierre Larrouturou
envoyé par Resistance2007. - L’info video en direct.

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La recherche
n’est pas la priorité du gouvernement :
La preuve par 9

Par Bertrand LAFORGE le 21/10/2009

Henri Audier, directeur de Recherche au CNRS, ancien membre du conseil d’administration du CNRS, membre du bureau national du SNCS-FSU, analyse pour nous les données du livre “jaune” de la loi de finance 2010 qui vient d’être rendu public et qui produit les chiffres du financement de la recherche en 2007 et 2008 en France.


recherche par tkcdkr

Que sont devenues les deux promesses de Jacques Chirac qui affirmait en 2002,  «  En 2007, nous serons en tête de l’Europe pour l’effort de recherche » complétée par Nicolas Sarkozy en 2007 qui reprenait de plus belle, «  Il y aura 1,8 milliard de plus chaque année pour l’enseignement supérieur et la recherche » ?


Le résultat est sans appel, la part du PIB investit dans la recherche a baissé sensiblement depuis 2004. Notons qu’en  2008 les « financements budgétaires de la recherche » civile (incluant environ 10 % d’aide aux entreprises) ne représente plus que 0,53 % du PIB, la baisse de ce ratio étant de 31 % en cinq ans ! En euros constants, les budgets de la recherche ont même diminué.


Ainsi Henri Audier précise : “Nicolas Sarkozy affirmait « La France en seconde division de la science ne serait plus la France » . Or en deuxième division, nous y sommes : les dernières statistiques de l’OCDE donne comme chiffre provisoire (voir plus loin) pour l’effort de recherche de la France : 2,08 % du PIB, très loin de l’objectif des 3 % du PIB. Ce chiffre marque une nouvelle chute et confirme une décroissance constante depuis 2002 (2,24 % alors). La France est quatorzième mondialement et se situe significativement en dessous le la moyenne OCDE (2,29 %).”


Lisez la suite de l’analyse de Henri Audier ici.

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PS : une analyse de la consultation
militante du 1er octobre 2009

Par Bertrand LAFORGE le 29/09/2009

flyeraffichengpsJeudi soir, les militants socialistes sont invités à voter dans le cadre d’une grande consultation militante. On pourrait voir dans cette procédure un regain de démocratie interne, mais, malheureusement, il ne s’agit que d’un miroir aux alouettes destiné à masquer les problèmes démocratiques récurrents qui marquent la vie de notre parti depuis 10 ans.


Comment être d’accord avec une consultation militante fermée alors que la crise actuelle du parti socialiste appelle à des débats ouverts et profonds ? Comment être d’accord avec une telle procédure de consultation quand certaines questions traitent de problèmes vastes et complexes auxquels on demande de répondre par oui ou par non ? Comment être d’accord avec un calendrier express qui ne laisse aux militants aucune marge de manoeuvre  pour réfléchir sur ces questions, que ce soit individuellement ou au sein de leur section ou fédération ? Comment accepter un calendrier qui fait coïncider quasiment jour pour jour, ce vote et la mobilisation générale affichée des socialistes autour de la sauvegarde de la Poste et des services publics ?


Sur la forme, c’est donc un déni de démocratie et la confiscation d’un débat militant pourtant aujourd’hui indispensable.


Sur le fond, certaines questions sont importantes mais nécessitent un travail collectif conséquent avant de se matérialiser en propositions précises et comprises de tous les militants.


La question du non-cumul des mandats est un bon exemple de la confiscation du débat. Pourquoi par exemple interdire le cumul de plus de 3 mandats de chef d’un exécutif local mais pas celui de 3 mandats de parlementaires ?  Pourquoi ne pas limiter le nombre de mandats simultanés dans des collectivités territoriales et limiter la constitution de baronnies locales ? Pourquoi ne pas aborder la question d’un statut de l’élu permettant la constitution d’assemblées en phase avec la structure de la population française et qui permettrait aux ouvriers, aux employés et aux cadres des entreprises d’accéder aux fonctions de parlementaire en ayant une vision de leur retour à la vie civile à l’issue de leur mandat ?


La diversité contre l'égaliéLa question sur la constitution des listes électorales et de la représentation de la diversité est une question intéressante sur laquelle il est sain de travailler en profondeur et de développer un point de vue global. C’est d’autant plus important que le positionnement de la gauche nord-américaine donne  à réfléchir.  D’après certains intellectuels américains, la mise en avant d’un combat pour la reconnaissance de la diversité aux USA s’est accompagné de l’abandon du combat historique pour l’égalité sociale.

Par ailleurs, cette question de la sous-représentation chronique supposée de socialistes issus de la diversité ne serait-elle pas réglée naturellement par la mesure de déverrouillage des mandats rendu possible par le non-cumul ? Par ailleurs, est-ce bien raisonnable de laisser la question de ces désignations au seul bureau national en volant tout pouvoir décisionnel aux militants ?



La question centrale de l’organisation de primaires ouvertes à toute la Gauche est lancée sans qu’un débat de fond n’ait pu être organisé entre les militants du parti socialiste. Présentée comme une solution miracle au problème de leadership actuel du parti, elle interdit toute autre hypothèse de travail comme par exemple l’émergence de porteurs du projet socialiste issus d’un processus inédit de remise au travail du PS sur les questions économiques et sociales.


La discussion des conséquences d’une telle ouverture du Parti Socialiste sur l’extérieur est complètement escamotée. Le gagnant du processus des primaires risque de devenir celui qui aura été le mieux en mesure de lever des fonds de campagne ou le mieux en capacité d’activer efficacement ses réseaux médiatiques.  Alors que nous dénoncions la personnalisation à outrance de la 5ème République, nous jouerons le même jeu au sein de notre parti. Ceci se fera au détriment du travail collectif normalement basé sur de profonds échanges internes entre militants fortement impliqués. Le remplacement de cette culture du travail de fond par une culture de clubs de supporters ouvrant les portes à la démagogie et au populisme est un écueil que nous devons éviter. Que les français dont le coeur est à gauche veuillent peser sur le choix du projet socialiste et de son porteur, c’est, somme toute, naturel mais qu’est-ce qui les empêche de le faire en rejoignant les rangs des partis de gauche et du PS en particulier ? De ce point de vue la question de la simplification des procédures d’adhésion au PS va dans le bon sens…


Certaines autres questions sont par contre totalement déroutantes. En particulier, la question  ”Approuvez-vous la mise en œuvre dans les scrutins internes de notre parti, de nouveaux mécanismes, inspirés des règles et des moyens de la République, garantissant la sincérité et la fiabilité de nos votes ? ” possède une dimension comique aboutie.

Est-ce une vraie question de savoir si nous voulons que les instances du Parti Socialiste, garantes de son fonctionnement démocratique prennent toutes les mesures adéquates pour aboutir à l’organisation d’élections non truquée ?


Las de ces fausses questions, nous aurions aimé avoir la possibilité de nous exprimer sur des questions qui sont à nos yeux centrales comme :


Souhaitez-vous que le Parti Socialiste affiche comme première priorité la lutte contre le chômage et l’exclusion et qu’il entame un travail profond de rénovation de sa doctrine socio-économique permettant de proposer en France et à nos partenaires étrangers des mesures crédibles pour sortir de la crise et du chômage de masse ?


ou encore :


Souhaitez-vous que le Parti Socialiste relance le processus de construction européenne avec ses partenaires de la gauche européenne en organisant un cycle de travail dont le premier atelier aurait lieu à Paris en janvier prochain et dont l’objectif serait de rédiger les nouvelles bases d’un traité social européen ?


Colette Gros

Membre du Conseil National du Parti Socialiste


Bertrand Laforge

Membre du Conseil Fédéral  PS de Seine Saint-Denis


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Comment sortir du piège ?

Par Pierre LARROUTUROU le 29/09/2009


C’est un chiffre inquiétant que vient de publier la Banque centrale américaine : en trois mois, la dette publique des Etats-Unis a augmenté de 520 milliards. En un an, elle a bondi de 2.000 Mds, soit 14 % du PIB. 2.000 milliards, c’est la totalité des réserves de change de la Chine. En un an, les Etats-Unis ont “brulé” l’équivalent de toutes les réserves accumulées par la Chine en vingt ans…


Quant à la Chine elle-même, c’est peu dire que son économie est instable : “88 % de la croissance vient de l’investissement. Jamais, dans aucun pays, on n’a vu une croissance aussi déséquilibrée” explique Stephen Roach, Chef-économiste de Morgan Stanley. La consommation stagne. Les exportations ne redécollent pas. 37 millions d’emplois ont été détruits en six mois… Pour éviter un effondrement de la croissance, le gouvernement chinois a ouvert tout grand les vannes du budget et du crédit. A court terme, cette politique a permis d’éviter un effondrement de l’économie et une explosion sociale mais personne ne pense que cette relance peut être durable.


Le rétablissement chinois n’est ni stable, ni solide, ni équilibré” admettait le 10 septembre le Premier Ministre, Wen Jiabao. Le même jour, Xu Xionian, Professeur à la China Europe International Business School, affirmait : “Pour apaiser sa soif, la Chine a bu du poison.”


Quoiqu’en disent les adeptes de la méthode Coué, la crise n’est pas finie. Loin de là !


En 1929, la Banque centrale américaine avait aggravé la crise en fermant tous les robinets du crédit. Depuis deux ans, au contraire, gouvernements et banques centrales ont ouvert tout grand les vannes. Cette politique était nécessaire mais elle est totalement insuffisante.


“Le plan Paulson est une transfusion sanguine à un malade souffrant d’une hémorragie interne” affirmait Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, en octobre 2008. Un an plus tard, rien n’a changé : on transfuse le malade à coup de trilliards de dollars sans soigner “l’hémorragie interne”. Soigner l’hémorragie devient pourtant une priorité absolue car nous ne pourrons pas continuer longtemps à accumuler des déficits publics pharaoniques.


Depuis qu’a commencé la crise, c’est uniquement grâce à la confiance de tous les acteurs dans la solidité financière des Etats, qu’on a évité l’effondrement du système : il y a un an, quand Paulson annonce qu’il met 700 milliards sur la table, quand Merkel, Brown et Sarkozy en annoncent 400, nul ne doute que les Etats-Unis, l’Allemagne ou la France sont effectivement capables de trouver ces sommes considérables. En quelques jours, la confiance revient sur les marchés.


Mais depuis quelques semaines, à mesure que sont rendu publics de gigantesques déficits publics aux quatre coins de la planète, le doute s’installe sur la capacité qu’auront les Etats-Unis, le Japon ou la France à honorer leurs dettes dans dix ou vingt ans. Il y a quelques semaines, l’Allemagne voulait placer sur les marchés financiers quelques 6 milliards de bons du trésor. Elle n’est pas parvenu à placer l’intégralité de la somme. Que se passera-t-il si la confiance dans la solidité financière des états diminue ou disparaît ? Que se passera-t-il si, dans quelques années, nos gouvernements sont étranglés par le poids des intérêts de la dette et ne peuvent plus financer certaines dépenses courantes ? Nous subirons une crise qui échappera à notre contrôle et dont nul ne peut prévoir l’extrême gravité.


Peut-on soigner une gueule de bois avec un double whisky ? Peut-on sortir de la crise de la dette en accumulant plus de dette encore ? Dans tous les pays occidentaux, beaucoup s’alarment aujourd’hui de la fuite en avant des finances publiques mais tous ont conscience que, dans l’état actuel de nos économies, stopper les déficits amènerait à replonger dans une récession profonde… Alors que choisir ? La peste ou le choléra ? Sombrer dans le gouffre de la récession ou foncer dans le mur de la dette ? Telle est la question que les dirigeants du G20 n’ont pas voulu débattre en public mais c’est bien le dilemme qui les empêche de dormir.


Pour sortir du piège avant qu’il ne se referme sur nous, il est fondamental de comprendre où est “l’hémorragie interne” dont parle Stiglitz : pourquoi, dans tous nos pays, l’économie tombe-t-elle en récession si on cesse d’augmenter la dette ? Pourquoi nos économies sont-elles “accros” à la dette ? Comment les sevrer ?


C’est en observant l’évolution de la dette aux Etats-Unis sur les 50 dernières années qu’on comprend les causes profondes de cette addiction. Jusqu’en 1981, jusqu’à la victoire de Ronald Reagan, le ratio dette/PIB était parfaitement stable.

Dette totale des USA ©Nouvelle Gauche


L’économie n’avait pas besoin de dette pour croître régulièrement. Des règles collectives assuraient une progression régulière des salaires et un partage équitable de la productivité entre salariés et actionnaires. Ces règles collectives (ce « compromis fordiste ») ont permis aux Etats-Unis et à l’ensemble des pays occidentaux de connaître 30 ans de stabilité. Sans dette.


Mais, en 1981, Ronald Reagan arrive à la Maison blanche. Les libéraux baissent les impôts sur les plus riches, ce qui favorise la dette publique. La dette augmente surtout parce que les politiques de dérégulation amènent à la baisse de la part des salaires dans le PIB. C’est à partir de là que des millions d’Américains commencent à s’endetter pour maintenir leur niveau de vie.


Les Etats-Unis ne sont pas une exception : dans l’ensemble des 15 pays les plus riches de l’OCDE, la part des salaires représentait 67 % du PIB en 1982. Elle ne représentait plus que 57 % en 2007.


Sans doute la part des salaires était-elle un peu trop élevée, à la fin des années 70 dans certains secteurs, mais 10 points de chute, c’est colossal. Ce déséquilibre du partage entre salaires et bénéfices a provoqué une euphorie croissante des marchés financiers : en 25 ans, pour ces 15 pays de l’OCDE, ce sont plus de 35.000 milliards de dollars qui sont allés aux actionnaires alors qu’ils seraient allés aux salariés si on avait gardé le partage salaires/bénéfices de la fin des années 1970. Plus de 35.000 milliards ! On comprend que certains aient perdu tout sens de la mesure…

Part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises - © Nouvelle Gauche


Mais cette baisse de la part des salaires a évidemment un effet négatif sur la consommation des ménages.

En juillet 2003 déjà, dans son rapport annuel, la Banque des Règlements Internationaux, la “Banque Centrale des Banques Centrales”, soulignait le risque d’une récession mondiale par manque de consommateurs : de même qu’un avion doit aller assez vite pour que la portance de ses ailes lui permette de rester en altitude, de même une “société de consommation” doit donner suffisamment de revenus aux consommateurs pour qu’ils puissent consommer. Quand la part des salaires diminue trop fortement, c’est l’ensemble de l’économie qui risque de s’effondrer comme un avion dont la portance n’est plus suffisante.


Pourquoi ?

Comment expliquer la baisse historique de la part des salaires ? Est-ce la faute des “actionnaires qui sont trop gourmands” ? Depuis qu’existe le capitalisme, les actionnaires ont toujours été gourmands : un actionnaire prend un risque quand il apporte du capital à une entreprise et, si l’entreprise prospère, il préfèrera toujours avoir le taux de retour le plus important possible. La nouveauté de ces vingt dernières années, ce n’est pas que les actionnaires soient gourmands, c’est qu’ils aient pu obtenir ce qu’ils voulaient car la négociation avec les salariés était de plus en plus déséquilibrée.


Dans tous nos pays, la peur du chômage a fortement déséquilibré la négociation sur les salaires : “Si tu n’es pas content, tu peux aller voir ailleurs.” Avant même qu’éclate la crise des subprimes, il y avait au Japon 32 % d’emplois précaires. Avant même qu’éclate la crise, il y avait en Allemagne 4 millions de chômeurs et 6 millions de petits boulots. Il y avait aux Etats-Unis tellement de bad jobs à 10 ou 15 heures par semaine que la durée moyenne du travail était tombée à 33,7 heures (Source Economic Report of the President 2006).


Dans ce contexte de chômage de masse, puisque l’on a supprimé ou diminué les régulations collectives mises en place après la crise de 1929, quel(le) salarié(e) peut négocier une augmentation de salaire ? Qui peut refuser un surcroit de travail ? Qui peut “donner sa démission” en espérant trouver assez vite un autre emploi ? “Si tu n’es pas content, tu peux aller voir ailleurs.” Dans tous nos pays, la peur d’être bientôt au chômage est dans toutes les têtes. Cette peur a profondément déséquilibré la négociation sur les salaires et la part des salaires est tombée à un plus bas historique. Pendant des années, le système n’a fonctionné que parce qu’on distribuait par la dette le pouvoir d’achat qu’on ne donnait pas en salaire…


“Les Français sont prêts à entendre la vérité” aime à dire Nicolas Sarkozy. Eh bien chiche ! Voilà la vérité : la crise de la dette n’est pas un incident de parcours dû à l’inconscience de quelques traders isolés. Pour garantir aux actionnaires des bénéfices colossaux tout en assurant un haut niveau de consommation de l’ensemble de la population, le néo-libéralisme a structurellement besoin chaque année d’un endettement plus élevé ! Pendant 25 ans, cette fuite en avant a été très rentable pour les actionnaires et les banquiers mais aujourd’hui, cette fuite en avant nous amène dans le mur !


Les racines de la crise financière, c’est 30 ans de crise sociale ! C’est à cause du chômage que la part des salaires a tant diminué. C’est à cause du chômage que nos économies ont tant besoin de dette. C’est seulement en donnant au plus grand nombre un vrai emploi et une vraie capacité de négocier des augmentations de salaire que l’on sortira de la crise. Le chômage n’est pas seulement une des conséquences de la crise. Il en est l’une des causes premières. Pour “sortir du piège”, pour stopper “l’hémorragie”, il faut s’attaquer frontalement au chômage.


Hélas, deux ans et demi après son arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy n’a toujours rien fait d’utile dans ce domaine. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il annonce un Grenelle, un Grand Plan ou une Grande Mobilisation… mais contre le chômage, il n’a encore rien fait ! Le nombre de chômeurs a augmenté de 500.000 en un an (C’est du jamais vu depuis la deuxième guerre mondiale !) mais l’hyper-Président continue de regarder ailleurs…


Pourtant, dans ce domaine, pas besoin de réunir un consensus au G20 pour agir : le Danemark et les Pays-Bas ont montré avec les accords de Wassenaar qu’on pouvait, au niveau d’un pays, construire un nouveau contrat social et diviser par deux le chômage. Pourquoi Nicolas Sarkozy qui passe son temps à « exiger des résultats concrets» au niveau international, ne se fixe-t-il à lui-même aucun objectif concret dans ce domaine ?



Pierre LARROUTUROU est membre du Conseil National du PS et président de Nouvelle gauche.



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