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Mot-clé 'chômage'

Réduction du temps de travail : choisir ou subir ?

Par Nouvelle Gauche le 04/12/2009

3.888.300 chômeurs en France en juillet1, hors travailleurs précaires. Alors que les perfusions à l’économie, prime à la casse en tête, lui redonnent une stabilité de façade, le chômage explose. Et pour ceux qui gardent leur emploi, la pression s’accentue.

 

Quelles réponses à gauche ? Les socialistes organisent « une journée de l’emploi ». Leur meilleure proposition ? « 100.000 emplois aidés »… De façon évidente, nous pouvons faire mieux. N’ayons pas peur de faire le bilan. Mettons sur la table les nouvelles variables, les idées qui décoiffent. S’il est plus difficile de construire un projet de gauche, c’est parce que nos bonnes idées sont moins faciles à vendre que les slogans du sarkozysme ou le « bon sens » conservateur.

Quand on parle solution au chômage de masse, et qu’on est de gauche, la réduction du temps de travail nous vient naturellement à l’esprit. Les 35h ont été une étape, malheureusement mal ficelée et parfois, disons-le, contre-productive. Il était nécessaire de systématiser les embauches et conditionner strictement les aides, de rendre attractif plutôt qu’imposer, de protéger les bas salaires, d’articuler le dispositif avec les besoins de formation et l’épanouissement personnel. Pourquoi ne pas le reconnaître et accepter les progrès qui nous restent à faire ? Nous pensons que c’est non seulement possible, mais aussi indispensable.

 

400 entreprises sont déjà passées à 4 jours.

Et en réalité, ce chantier-là a déjà démarré. C’est la semaine de 4 jours à la carte, et 400 entreprises l’ont déjà mise en place avec succès. De l’usine de yaourts à l’auto-école, des entreprises qui n’avaient pas grand-chose en commun, pas les mêmes contraintes mais qui ont gagné en intelligence collective, en intérêt du travail, en temps libre et en productivité. S’appuyant notamment sur la valorisation du budget de l’UNEDIC, le bouclage macro-économique de la « formule Larrouturou » tient : maintien du potentiel de production, stabilité des coûts, stabilité (ou hausse) du revenu disponible des ménages, absence d’aggravation du déficit public.

Et 1.600.000 emplois en CDI à la clé2.

Face à la hausse phénoménale de la productivité au cours des dernières décennies, face aux perspectives de croissance tellement incertaines qu’il serait criminel (et idiot) d’y mettre tous nos espoirs, nous devons aujourd’hui faire un choix fondamental. Soit nous reprenons courageusement notre combat pour la RTT, avec la volonté d’édifier un nouveau pacte social, soit nous laissons faire les néo-libéraux qui eux, rappelons-le, n’ont pas besoin d’être courageux pour arriver à leurs fins.

 

Depuis plusieurs semaines, la durée hebdomadaire du travail dans les usines américaines est tombée à 33 heures, faute de demande. Un mouvement qui entretient la baisse des revenus salariaux et pourrait nourrir la faiblesse de la consommation dans les prochains mois3. 33 heures de durée réelle aux USA. 32 heures en Grande Bretagne… La question n’est donc pas « pour ou contre la RTT ? » mais « quelle RTT ? ». Une RTT faite de précarité et de violence sociale ou une RTT négociée collectivement, sans baisse de revenu pour le plus grand nombre et avec plus de 1.500.000 nouveaux emplois à la clef ?

 

Choisir ou subir la réduction du temps de travail, la question se pose plus que jamais.

 

Thomas MAZIERE

Secrétaire général de Nouvelle Gauche

www.nouvellegauche.fr



 

 

1. catégories A, B et C.

2. Pierre Larrouturou. Pour la semaine de quatre jours. La Découverte (1999)

3. Le Figaro – 3 octobre 2009


 

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Cynisme et cosmétique

Par Nouvelle Gauche le 26/11/2009

La fusion ANPE-Assedic se réalise dans un contexte très difficile, ce qui permet de prétexter « la crise » pour masquer les modalités catastrophiques : fermetures de 30% des sites ouverts aux chômeurs, formations bâclées des agents, informatique en travaux, conditions d’accueil dégradées, déshumanisation et facturation à travers le 3949.


image

Les « renforts temporaires d’effectifs, dans certaines régions » qu’a concédé M. Sarkozy le 23 novembre, n’est qu’une goutte d’eau pour éteindre l’incendie qui se propage à Pôle emploi : 180 demandeurs d’emploi par conseiller ; embauche uniquement de CDD à Pôle emploi ; 47.000 agents en France, contre 70.000 en Grande-Bretagne ou 80.000 en Allemagne


L’excuse de dire « le chômage a doublé aux USA ou en Suède, pas en France » est un artifice de communication : le taux états-unien par rapport à la population active est certes passé de 5% à 10%… mais en deux ans (septembre 2007 à octobre 2009) ! De plus, les chômeurs « découragés » y sont comptabilisés alors qu’ils sont radiés et hors-stats en France. Aux USA, les travailleurs à temps partiel sont pris en compte, alors qu’ils sont dans les catégories B et C dans l’Hexagone… (source :  www.marianne2.fr/Aux-USA,-le-Dow-Jones-monte,-le-chomage-encore-plus_a182727.html) Enfin, la France prend bien soin chaque mois d’écarter des statistiques les DOM (Guyane, Réunion, Martinique, Guadeloupe). Une pratique à abolir.

Concernant la Suède, le chômage a certes doublé… mais en passant de 2% à 4% de la population active, donc avec des conséquences sociales beaucoup moins dramatiques.


La fusion mise en œuvre depuis le vote de la loi du 13 février 2008 n’est pas seulement un bouleversement pour les chômeurs et les conseillers à l’emploi : c’est aussi un démantèlement complet du service public de l’emploi, et du principe de l’égalité de traitement. Alors que le rapport Seibel a démontré récemment, après une étude sur plusieurs années, que le secteur public avait de meilleurs résultats que le secteur privé, et qu’il ait été démontré que le coût était bien moindre, la cession de pans entiers de ce « marché public de l’emploi » (dixit les premières phrases du débat à l’Assemblée Nationale…) continue aux profit immédiat des opérateurs privés, sous le prétexte d’une « saine concurrence ».


Les syndicats de Pôle emploi, ainsi que les associations de chômeurs, dénoncent sans relâche et depuis des années, les mesures coercitives visant à n’améliorer que des tableaux statistiques dépourvus de toute humanité face à l’urgence sociale.

Tandis que les salariés des ex-ANPE et ex-Assedic multiplient les jours de grève pour alerter l’opinion et manifester leur désarroi, les associations de chômeurs travaillent d’arrache-pied pour les soutenir et, par la pédagogie, limiter la colère en direction des conseillers pour l’emploi.

Malgré cela, sur  les trois premiers trimestres de l’année 2009, la Direction de Pôle emploi a avoué 3162 agressions verbales et menaces, ainsi que 116 agressions physiques. La réalité est sans doute là aussi, bien au-delà de ces chiffres.

Quant aux suicides (plusieurs) ou tentatives de suicide (nombreuses), Pôle emploi a trouvé la solution : ne plus communiquer aucun chiffre et supprimer le Comité National Hygiène Sécurité et Conditions de Travail, qui existait conventionnellement.


Alors que la fusion était prétextée par une personnalisation plus grande de l’accompagnement des chômeurs (objectif 30 à 60 demandeurs par agent), le chiffre reconnu par la Direction est aujourd’hui de 94, et le chiffre réel, en moyenne, est entre 170 et 200.


Le nombre de demandeurs d’emploi réel est désormais de 4 millions de personnes. En effet, une personne qui travaille quelques heures par semaine est comptabilisée dans les catégories B ou C, alors que bien évidemment elle cherche un travail lui permettant de vivre décemment.


Ce 23 novembre, M. Sarkozy revendique avoir apporté « plus de simplicité » avec cette fusion, ce que démentent l’ensemble des usagers et salariés concernés.
Un lieu unique aurait pu être conçu avec intelligence ; malheureusement, le mélange des métiers a engendré un chaos amplifié par la crise : peut-on confondre le médecin et le pharmacien, l’assureur et le garagiste ? Le fantasme de l’agent omnipotent a vécu. « Grâce à la fusion, nous pourrons mettre en 2010 1.300 agents de plus en contact avec le public » se vante M. Sarkozy. Tout ce désordre pour un agent de plus par lieu d’accueil ?!


La Direction de Pôle emploi et le gouvernement admettent « qu’il y aura peut-être quelques retards, que la situation est insatisfaisante dans de trop nombreux sites mixtes » et reconnaissent que « certaines réalisations sont encore inachevées ». Au mieux, ils pratiquent la litote ; au pire, ils font preuve d’un cynisme meurtrier.


Quant aux mesurettes concédées pour la création d’emplois et une relance économique indispensable, elles ne sont définitivement que de la cosmétique.


Nino

>> 1 commentaire

L’Offre Raisonnable d’Emploi

Par Alain Monnin le 01/12/2008

L’Offre Raisonnable d’Emploi : nouvelle attaque de ce gouvernement contre les acquis salariaux

En développant la précarité et le chômage de masse depuis 5 ans les gouvernements de droite avaient déjà fortement écorné le niveau des salaires. Pour faire oublier cette vérité notre omniprésident nous a agité devant les yeux travailler plus pour gagner plus. Mais comment travailler plus quand il y a moins de travail, quand la croissance est négative, et que hors spéculation le PIB ne progresse quasiment plus en Europe ?


Toutes les personnes en recherche d’emploi savent qu’elles ont dû rabattre de 20 à 30% leurs légitimes prétentions salariales depuis ces 5 dernières années, même quand des conventions collectives étaient censées les protéger, tant la précarité voulue, et orchestrée par la droite, a défavorisé les salariés face aux employeurs.

Ce n’était pas assez, l’ordonnance du 13 octobre 2008, mettant en œuvre l’Offre Raisonnable d’Emploi (ORE) est un nouveau coup de couteau dans les revenus des salariés.

Non seulement elle impose aux demandeurs d’emploi au chômage depuis plus de 4 mois de s’engager par écrit à accepter une offre proposant 95% de leur ancien salaire, et 85% au 7e mois, tout cela à moins d’une heure de trajet du domicile du salarié. Et bien sur rien n’interdit de baisser encore plus…

Mais en plus, comme cette ordonnance est bien faite, elle crée une faute professionnelle pour les agents de l’ex-ANPE qui ne contractualiseraient pas systématiquement cette obligation avec le demandeur d’emploi.
Et comme Pôle Emploi (fusion des ASSEDIC et de l’ANPE) a désormais un statut privé, ses ex-agents de l’état, devenus salariés de droit commun, seront désormais beaucoup plus licenciables s’ils mettaient de la mauvaise volonté à appliquer ces règles.

Les conséquences en sont transparentes : les employeurs ont tout intérêt à proposer des salaires les plus bas possibles, foin des conventions collectives et des accords de branches, les chômeurs n’ont plus le droit de revendiquer un juste salaire pour leur travail.
Sinon, pas d’ambiguïté, les sanctions sont prévues : suppression temporaire au 1er refus puis définitive des allocations de chômage. Et comme ce sont les fainéants de chômeurs qui refusent de travailler, auront-ils droit aux aides sociales RMI, ASS ?
Personne ne peut le garantir à ce jour. Il s’agira de la bonne volonté, et des finances disponibles des décideurs politiques locaux.

Bien évidemment les employeurs deviennent les rois du marché, l’offre est pléthorique et la demande très bien contrôlée par le MEDEF et ses obligés politiques.
L’entretien d’embauche deviendra explicite : tu veux bosser ? OK tu baisses ton salaire de 20%, sinon je te dénonce (des employeurs le pratiquent déjà régulièrement), et en plus je prends un chômeur de longue durée qui lui n’a même plus le droit de discuter.

Encore quelques projets comme celui-là et le SMIC deviendra un idéal au lieu d’une exigence minimale.

Alain MONNIN