Newsletter

La crise

Crise financière ou crise sociale ?

fleche-qui-tombe2

« L’année 2009 sera cauchemardesque »

———————- selon l’OCDE 31/03/2009

« 800.000 chômeurs de plus d’ici la fin 2010 »

———————- ——————-selon l’OFCE

« 25 millions d’emplois perdus au sein des pays de l’OCDE d’ici à 2010 »

———————- ——————selon OCDE 16/09/09


Les économistes du club des pays riches annoncent un effondrement de la croissance et une explosion du chômage.


Lire aussi :
• Comme en 1930 une course de vitesse est engagée
• Ceci n’est pas une crise financière

• La financiarisation de l’économie


Depuis deux décennies, le cours de la finance mondiale n’est qu’une longue suite de crises :
1987 - krach boursier
1990 - crise immobilière aux États-Unis, en Europe et au Japon
1994 - krach obligataire américain
1997-1998 - crise financière internationale
2000-2002 - krach Internet
2007-2008 - crise immobilière et crise financière globale


Pour comprendre les raisons de la crise mondiale, il ne faut jamais perdre de vue que les spéculations les plus abstraites du capitalisme financier prennent leurs sources dans l’économie réelle. C’est en prenant soin de réinscrire dans une perspective historique la crise actuelle que nous pourront établir le diagnostic nécessaire à son dépassement.


Depuis 25 ans, le déséquilibre croissant entre l’offre et demande de travail à permis de mettre une pression considérable sur les salaires et d’extraire des profits exorbitants.


En France, entre 1995 et 2005, le revenu tiré des dividendes a crû de 52%, dans le même temps le salaire moyen a augmenté de 7,8%. Soit 7 fois moins. En 2008, c’est 200 milliards d’euros qui sont allés aux bénéfices alors qu’ils seraient allés aux salariés si nous avions conservé la répartition des richesses en vigueur au début des années 80. En 25 ans, quelques 2 500 milliards ont fuit les salaires pour aller au capital. En Europe comme au Japon la part des salaires dans le PIB a baissé de 11%.


Au Etats-Unis, depuis 2001, les bénéfices des entreprises ont augmenté de 40%, tandis que les salaires n’ont augmenté que de 0,3%, stagné ou franchement décliné.

“Les USA sont en train de devenir un pays riche
aux populations pauvres…
Le pouvoir d’achat du salaire minimum
est aujourd’hui inférieur de 35 %
à celui de ce qu’il était il y a 30 ans.”

Joseph E. Stiglitz
Prix Nobel d’économie


Partout des montagnes de cash s’accumulent pour les entreprises mais on ne peut pas en dire autant des investissements. Les 500 premières entreprises américaines ont consacré plus de 100 milliards de dollars au rachat de leurs propres actions pendant le seul premier trimestre 2006. Près de 100 milliards de bénéfices pour les entreprises du CAC 40 en 2006 qui devraient verser 32 milliards de dividendes à leurs actionnaires. Une hausse de 23% en 2007.


Les entreprises ont préféré s’endetter pour racheter leurs propres actions. Elles ont augmenté la dette en puisant dans les bénéfices au lieu d’augmenter leurs fonds propres et l’investissement dans la production. Au point où les actionnaires pompent — sous forme de dividendes et de rachat d’actions — plus de cash aux entreprises qu’ils ne leur en apportent.


Mais comment soutenir la croissance tout en maintenant la pression sur les salaires ?
Pour cela le capitalisme pousse la majorité des salariés et des chômeurs à s’endetter et à se surendetter. Il peut ainsi assurer des bénéfices colossaux à une infime minorité et une consommation élevée du plus grand nombre.


C’est là qu’interviennent les banques. Elles autorisent le financement des crédits sur lesquels elles vont pouvoir spéculer en les introduisant en bourse (regroupés sous forme de portefeuilles, les fameuses « titrisations ») et en extraire des profits faramineux.
Pour accroitre toujours plus leur chiffre d’affaires, les banques américaines sont allées jusqu’à développer des systèmes de crédit spécifiques pour des ménages qui n’avaient pas les moyens de rembourser : les calamiteux crédits subprimes.


États-Unis le crédit à la consommation à doublé en 10 ans et la dette totale américaine atteint 227% du PIB. En Australie, la dette des ménages vient de passer le cap des 180% de revenus disponibles. Dans la zone euro, sur les 10 dernières années, la dette privée est passée de 75% à 145%. Et l’économie de Chine est également concernée car ses exportations représentent 55% de son PIB. Et 61% de ses exportations vont vers les USA, l’Europe et le Japon. Que se passera t-il face à une récession généralisée ?


Comment peut-on croire que l’on peut éternellement compenser la baisse des salaires par l’augmentation de l’endettement privé ?


Quand une majorité de la population dont on a étranglé les salaires ne peut plus honorer ses traites et que le système économique tout entier vit à crédit alors c’est toutes la pyramide spéculative du capitalisme financier qui s’écroule. C’est toute l’économie mondiale qui est au bord du gouffre. Le libéralisme nous mène dans l’impasse. Ce n’est pas une crise financière mais bien une crise sociale :

• Chine : 20millions de travailleurs migrants ont déjà perdu leur travail.
AFP, 11 février 2009
• Russie : un million de chômeurs en plus en un mois.
AFP, 24janvier 2009
• Brésil : 630000 chômeurs de plus en un mois.
Reuters, 21 janvier 2009
• Espagne : 1,3million de chômeurs en plus en un an.
AFP, 22 janvier 2009
• États-Unis : 1200000 chômeurs supplémentaires en deux mois…
AFP, 5 janvier 2009
• Japon : L’économie s’effondre. Baisse de 13% du PIB en rythme annuel.
Le Figaro, 17 février 2009
• Turquie : Effondrement de la production industrielle.
Baisse de 21% de la production en janvier.
AFP, 19 mars 2009

Le hold-up du siècle


Aujourd’hui, ce sont 787 milliards de dollars du dernier plan de relance américain venant s’ajouter aux 700 milliards de dollars du premier plan Paulson qui ont été débloqués pour sauver les banques. La commission européenne prévoit de débloquer 200 milliards d’euros pour renflouer l’économie et soutenir la croissance sans aucune contrepartie quant à l’arrêt des pratiques libérales. C’est avec le budget des États que l’on va permettre aux banques de continuer à produire du crédit mais pour quels investissements ?
Cela s’appelle la privatisation des profits et la nationalisation des pertes. Et les États n’exigent actuellement aucune garantie sérieuse sur la régulation des flux financiers. Quand Didier Migaud, le directeur général de BNP Parisbas, est interrogé sur une éventuelle contrepartie, sa réponse est sans appel : « la question n’a même pas été abordée par les pouvoirs publics ».


Mais l’erreur principale serait de croire que la solution viendra de la croissance grâce à une « moralisation » du capitalisme pour relancer l’investissement dans la production.
C’est en s’attaquant radicalement au chômage et à la précarité que l’on pourra retrouver un certain équilibre économique. C’est quand chacun a un vrai emploi, un vrai salaire et une vraie protection sociale, que la croissance est la plus seine.