Newsletter

La crise

La financiarisation de l'économie

« C’est une chance que les gens de la nation

ne comprennent pas notre système bancaire

car si tel était le cas il y aurait une révolution demain matin. »
Henry Ford, fondateur des usines Ford

La dérégulation des marchés

par Bertrand Laforge


Depuis que la déréglementation néolibérale a été lancée au début des années 80, il aura été impossible de passer en moyenne plus de 2 ans et demi sans secousse majeure du système financier :

1987 krach de Wall Street

1992 première crise du SME

1993 deuxième crise du SME

1994 krach obligataire aux USA

1997 crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hong Kong)

1998 crise financière internationale (Russie, Brésil)

2000-2002 éclatement de la bulle internet

2007-2008 crise des subprimes et crise systémique majeure.

La théorie économique prônant une dérégulation complète des marchés et une concurrence libre et non faussée est invalidée et ses prétentions (« les marchés réalisent l’allocation optimale du capital et la meilleure gestion du risque ») sont ruinées par les faits.


Les racines profondes du mal sont l’innovation financière (Credit Default Swap, RDO, subprimes,…), la faillite des sauvegardes (en particulier des sociétés de notations), la concurrence entre établissements financiers qui les poussent à suivre les plus « innovants » pour être aussi « performants » (sans évaluation des risques systémiques engagés par ces innovations) et la cupidité des acteurs économiques qui érigent les possibles sur-rendements en unique élément d’estimation pour forger leurs actions d’agent économique au mépris de toute autre considération d’ordre systémique.


Depuis la fin des années 70, la dérégulation financière n’a apportée qu’une croissance très médiocre, en tout cas bien plus faible que celle des années 1945-1975 réalisée dans une configuration du capitalisme qui avait eu la prudence de laisser la finance sous la coupe du pouvoir politique. Aujourd’hui, le système financier roule pour lui-même et non pas pour financer les activités économiques réelles (l’encours de produits dérivés est estimé à 676 trillions d’euros en 2008 à comparer au PIB Mondial évalué à 43 trillions la même année). Aux USA, la contribution nette des marchés boursiers au financement des entreprises est devenue négative !
Il est indispensable que la puissance publique, à une échelle européenne et internationale, reprenne la main pour empêcher toute nouvelle crise. Il faut lutter activement contre le dumping fiscal et social, contre la concentration capitalistique des grandes entreprises transnationales et contre les opérations financières mettant en coupe réglée nos structures de production et d’organisation sociale.


L’utilisation de l’effet de levier doit être interdite (LBO, vente à termes, …) car elle génère une explosion des risques systémiques. Le recours aux fonds de pensions doit également être combattu car ils engendrent des effets pervers graves qui ont été bien mis en évidence au cours des dernières années. Le système de retraite par répartition doit donc être relancé.


Un pôle bancaire public doit être constitué pour assurer les missions essentielles que le système bancaire privé n’assure plus ou mal. Son fonctionnement optimal ne sera obtenu qu’en remettant la BCE dans les mains du politique : la création monétaire, bien public par excellence (taux de refinancement du crédit), doit être mise au service du bien commun. En particulier, on peut envisager de créer plusieurs taux pour refinancer les emprunts liés aux activités économiques « réelles », les activités financières ou les politiques environnementales qui entrainent énormément de travaux d’infrastructure (HQE, transport en commun, réorganisation périurbaine, …) dont certains pourraient être financés à taux zéro sans que cela ne coûte rien à l’état.


Pour lutter contre les paradis fiscaux, il faut lutter contre le secret bancaire et la trop grande fluidité des liquidités qui facilite la fuite des capitaux (taxe Tobin entre états qui jouent le jeu, taxe beaucoup plus élevée pour les échanges vers ou en provenance des pays qui jouent le dumping social et/ou fiscal). De même, l’impôt doit être prélevé sur le lieu de production des richesses car cette disposition évite l’exportation « légale » des bénéfices locaux vers des holdings situées dans des pays off-shore. Un pôle public européen garant de la sincérité des transactions internationales doit être créé avec un président et un conseil d’administration élu démocratiquement.