La diplomatie est une chose trop importante pour la laisser aux diplomates. Si l’on avait attendu un accord entre diplomates, le Mur de Berlin serait toujours debout. Ce sont des citoyens, des élus, des syndicats et des associations qui ont voulu et obtenu la chute du Mur et la réunification de l’Europe. C’est aux citoyens, aux élus, aux syndicats de dire aujourd’hui quelle Europe ils veulent construire.
Nous devons être le plus nombreux possible, élus et citoyens, à demander que s’ouvre une nouvelle négociation portant sur 4 éléments distincts :
- Pour répondre à l’urgence, créer un impôt européen (impôt sur les bénéfices, écotaxe ou taxe Tobin améliorée) pour sortir de la crise budgétaire et financer l’ensemble des politiques européennes ;.
- Négocier une vraie Constitution, un texte court qui ne traite pas du contenu des politiques mais seulement des valeurs, des droits fondamentaux et des règles du jeu démocratique. Un texte qui s’inspire fortement des propositions de Joschka Fischer, de celles de Jacques Delors et, si nécessaire, de Winston Churchill…
- Négocier un Traité social, qui fixe des critères de convergence sociaux ambitieux et change les règles du jeu en matière de monnaie, de fiscalité, d’agriculture et de relations Nord-Sud. Un Traité qui reconnaît la primauté du principe d’intérêt général sur le droit de la concurrence. Un Traité qui reconnaît vraiment en droit la notion de service public et donne contenu et force à la notion de développement durable. La négociation pourrait partir de la proposition de Traité de l’Europe sociale soutenue par Jacques Delors, Bronislaw Geremek, José Bové, Antonio Guterres, Elio di Rupo, Bruno Trentin, Enrique Baron Crespo, Jean-Jacques Viseur, Robert Goebbels, Susan George, Piero Fassino, Timothy Radcliffe, Mgr Ricard, Philippe Guglielmi et plus de 400 responsables issus de 9 pays de l’Union…
- Doter enfin l’Europe d’une vraie diplomatie et d’une armée capable d’agir pour la paix L’Europe doit avancer sur ses deux jambes, le Traité monétaire et un Traité social. C’est sur ces deux jambes que l’on pourra poser son corps et sa tête, l’Europe politique, l’Europe de la recherche et de la défense. Une Europe qui construit la paix par la coopération et le développement durable….
«Par notre inertie, nous enlevons au monde son visage humain » écrivait le philosophe Alain. En ne se donnant pas les moyens de devenir une force politique, diplomatique et militaire, l’Europe participe à la déshumanisation du monde. En 1993, les signataires des accords d’Oslo demandaient à l’Europe de les aider à construire la paix au Proche Orient. Treize ans plus tard, tous les matins, la radio nous apprend combien d’hommes, de femmes ou d’enfants sont morts sur les rives du Jourdain, du Tigre et de l’Euphrate… et nous nous sentons dramatiquement impuissants.
Face aux déséquilibres et aux drames que provoque l’impérialisme américain, face aux tensions et aux déséquilibres qui s’accumulent aux quatre coins du globe, il est temps de réagir et de faire naître une Europe politique, disposant d’une diplomatie et d’une armée.
Oui, il y a urgence à faire naître une Europe politique, capable de tirer richesse de sa diversité. Mais il n’y aura pas d’Europe forte sans soutien des opinions publiques : pas d’Europe efficace sans un fonctionnement réellement démocratique. Pas d’Europe politique sans Europe sociale.
I want my money back !
Etre 1981 et 1984, la construction européenne fut retardée par une dame, Margaret Thatcher, qui exprimait très clairement et très fortement ses priorités. « Je veux mon argent. Je veux mon argent ! » dit-elle jusqu’à obtenir gain de cause. Pourquoi les citoyens d’Europe ne diraient-ils pas avec autant de force quelles sont leurs priorités ?
We want democracy ! We want social progress back !
Nous voulons la démocratie. Nous voulons renouer avec le progrès social ! Arrêtons de finasser. Il faut nous exprimer clairement : Jean Monnet disait toujours que l’Europe n’avance qu’avec des idées simples. Mettre ensemble le charbon et l’acier, créer une monnaie unique, ce sont des chantiers énormes mais ce sont des idées qu’un enfant de 5 ans peut comprendre. L’Europe n’avance qu’avec des idées simples. Simples mais radicales.
Pendant des décennies, la gauche s’est battue pour la démocratie et pour le progrès social au niveau national. Il faut aujourd’hui, nous battre avec autant de force et autant de passion pour la démocratie et la justice sociale au niveau européen.
Cela fait 15 ans que les Allemands, droite et gauche confondues, nous proposent de construire ensemble une Europe politique, de mettre en place un régime parlementaire. Et cela fait quinze ans que les « élites » françaises, bien plus subtiles sans doute, bottent en touche… Il est temps de reprendre l’initiative. Très vite, la France doit inviter les Chefs d’Etat et de gouvernement de tous les autres pays de l’Union à se retrouver pour débattre.
Disons clairement aux Allemands que nous sommes d’accord avec leurs propositions de refondation démocratique. Présentons leurs nos excuses pour ces 15 années d’atermoiements. Exposons-leur nos idées sur l’Europe sociale. Parlons-en avec tous les Européens, avec nos amis espagnols, belges, tchèques et polonais… Mettons nous d’accord sur le contenu précis d’un Traité social. Et lançons une vraie négociation pour sortir l’Union de l’ornière.

