Depuis combien d’années parle-t-on d’améliorer le statut de l’élu, sans agir vraiment ? Des inégalités de revenus injustifiables demeurent (au sein d’un même parti parfois) sans que l’on en parle.
C’est à nouveau Pierre Larrouturou qui raconte : « Il y a quelques temps, à deux jours d’intervalle, j’ai rencontré deux élus : l’un d’eux est Député européen, Vice-Président de sa région et conserve, dit-on, un emploi bien payé dans un « satellite » du Conseil général… Je ne sais pas comment ce sur-homme parvient à remplir correctement ses trois fonctions. Je ne sais pas non plus combien il gagne chaque mois (ni combien gagne sa femme, salariée elle aussi dans le para-politique…). Deux jours plus tard, j’ai rencontré une femme, maire d’une commune rurale des Pyrénées, venue à Paris pour le Congrès des Maires. Comme l’ancien maire du village n’avait pas voulu se représenter, elle avait accepté d’être élue. Au bout de quelques mois, n’arrivant plus à faire face à la charge de travail, elle était passée à mi-temps dans son travail salarié. Son salaire avait donc été divisé par deux. La mairie était trop pauvre pour lui payer intégralement l’indemnité à laquelle elle avait droit. Son mari n’avait qu’une petite retraite et visiblement, les soucis commençaient à s’accumuler… Elle n’était pas sûre que la mairie pourrait lui rembourser l’aller-retour SNCF qu’elle avait pris pour venir au Congrès des maires. Et pour le déjeuner, elle a accepté assez facilement que nous l’invitions pour ne pas rajouter des petits frais aux grands… »
« Peut-on dire pour autant que l’action de cette femme est moins utile à la République que celle du cumulard dont j’ai parlé plus haut ? J’ai tendance au contraire à penser que le premier « fait de la mousse» tandis que la deuxième essaye de construire du solide avec les autres élus de sa vallée. Il est indigne de laisser des milliers d’élus locaux sans indemnités correspondant à leur charge de travail et à leur responsabilité. Par pudeur, beaucoup se taisent sur ce sujet. Ils défendent leurs bureaux de poste, ils défendent leurs écoles primaires mais bien peu osent parler de leur charge de travail et de leurs difficultés financières. Pourtant, quand on parle avec eux, on sent bien qu’à force de tirer sur la ficelle, elle risque de casser. La décentralisation donne de plus en plus de responsabilités aux élus locaux. Il est temps de donner les moyens financiers correspondants aux collectivités mais aussi de donner de justes rémunérations à ceux qui s’engagent au service de leurs concitoyens. »
Les lois sur le financement de la vie politique ont permis d’avancer pour le financement des grands partis. Il faut aller plus loin et donner à tous les élus les moyens d’exercer normalement leurs responsabilités. La fin du cumul des mandats doit être l’occasion d’un débat de fond sur la charge de travail de tous les élus (qui est à plein temps ? qui est à ½ temps ?…) et sur leur juste rémunération. Quel droit à la formation ? Quels droits aux allocations de chômage en cas d’inactivité après la fin d’un mandat ?
Interdire très strictement le cumul des mandats et créer un vrai statut de l’élu sont un premier moyen d’ouvrir la politique a un plus grand nombre de citoyens, de favoriser une oxygénation permanente des allées du pouvoir et de renforcer le pouvoir du parlement. Mais cela ne suffit évidemment pas si une majorité de citoyens n’est pas représentée à l’Assemblée du fait du mode de scrutin.
1 • En finir vraiment avec le cumul des mandats
(cumul vertical et horizontal)
2 • Créer un vrai statut de l’élu
qui lui donne les moyens d’exercer normalement leurs responsabilités.
3 • Permettre à tous de s’exprimer au Parlement
en adoptant le scrutin proportionnel pour l’élection des députés (mais surtout pas la proportionnelle « à l’allemande »).
4 • Créer une Loi d’initiative citoyenne
pour partager l’initiative de la loi avec l’ensemble des citoyens et des corps intermédiaires.
5 • Inscrire dans la Constitution le principe «d’homogénéité des conditions de vie»
comme en Allemagne.
6 • Accorder le droit de vote aux personnes immigrées
résidantes en France depuis plus de cinq ans pour les élections locales.

